Un entretien Boum! Bang!

Né et vivant à Mulhouse, Nicolas Blind est un jeune trentenaire qui joue des pinceaux et des couleurs spontanément. Issu de longues réflexions et paradoxes, son art aux traits pop-surréalistes est hyper esthétique et gracieux.

Nicolas Blind,  portraitNicolas Blind,  portrait © photo: Dom Poirier

B!B!: Quel est ton parcours artistique?

Nicolas Blind: J’ai un crayon entre les doigts depuis que je suis tout petit. Je voulais être meilleur qu’un copain de primaire qui dessinait bien. Puis des profs m’ont poussé à faire l’option arts plastiques. Post bac j’ai fait une prépa’ à Belfort et je suis rentré aux Beaux-Arts de Mulhouse en 2004. J’en suis parti sans diplôme en 2008. Je voulais faire de la peinture tandis que la mode était au conceptuel: installations, vidéos, etc, ça ne me correspondait pas. J’ai fait des petits boulots, puis j’ai ouvert une galerie « Le Truc » qui a tenu jusqu’en 2011. J’ai exposé des collectifs mais aussi Marie Meier, Sixo, Chifumi, Pierre Fraenkel… La dominante artistique se tournait vers le Pop et le Street art, on avait nos propres ateliers…

B!B!: Parle-nous de ta technique.

Nicolas Blind: J’aime un peu tout. Faire des mélanges, expérimenter, mais j’ai une pratique assez traditionnelle: huile et acrylique. Quand je travaille sur ordinateur je fais toute mes textures, brush et autres outils. J’ai fait beaucoup de graphisme aux Beaux-Arts. Le digital m’éclate, les possibilités sont infinies. Je fais aussi du collage, du pochoir. Je n’ai pas envie de me limiter. Je ne pense pas avoir trop de style, même si apparemment j’ai une « patte » bien reconnaissable.

Nicolas Blind, Blow up head 1Nicolas Blind, Blow up head 1, encre de chine et aquarelle sur papier, 21×30 cm, 2014 ©
Nicolas Blind, Blow up head 2Nicolas Blind, Blow up head 2, encre de chine et aquarelle sur papier, 30×42 cm, 2014 ©

B!B!: Quelles sont les thématiques et influences que tu privilégies?

Nicolas Blind: Je fonctionne à l’envie, ça dépend des expos : portraits, nus… Je fais poser les ami(e)s. Le corps me plait. Les oiseaux aussi car ils sont graphiquement beaux et puissants: courbes, lignes droites, c’est dynamique. Désormais j’aimerais partir sur des choses plus narratives, sur de plus grands formats mais toujours dans une veine surréaliste pour laisser libre cours à l’imagination. Les autre thèmes qui m’intéressent sont la solitude, le doute, les gens un peu paumés, un peu comme moi, je suis un punk assagi. (Rires). Et ne soyons pas dupes: l’avenir des artistes et de notre génération semble bien incertain. Les références qui m’ont amenées à l’art restent essentiellement les grands de la bande-dessinée (Jeff Pourquié, Jacques Tardi…), j’ai longtemps voulu en faire mon métier. Autrement, une de mes plus grosses claques artistique, restera Klimt et ses mélanges de figuration et de graphisme. Au sein de la scène contemporaine, je me tourne et admire la vague Low Brow, le pop surréalisme: Jeff SotoSauerkidsJim HouserMark RydenSergio MoraBlex Bolex, Olaf HajekJames Jean, Lou RosPascal VilcolletNicolas Verlato, Conor Harrington…

B!B!: Que penses-tu des qualificatifs « kitsch » et « déco » que l’on pourrait attribuer à ton travail?

Nicolas Blind: Dire que mon travail est « kitsch » ne me plaît pas trop mais il a une dimension décorative indéniable. J’aime les paradoxes, que ce soit beau. J’aime énormément les jeux de couleurs mais il faut aussi que j’intègre un aspect « dégueu’ », un je-ne-sais-quoi de « grunge »: coulures, papiers déchirés, usés…

Nicolas Blind, Bird 1Nicolas Blind, Bird 1, Bic et huile sur papier, 50×50 cm, 2011 ©
Nicolas Blind, Bird 2Nicolas Blind, Bird 2, Bic et huile sur papier, 50×50 cm, 2011 ©
Nicolas Blind, Oiseau pour GuillaumeNicolas Blind, Oiseau pour Guillaume, Crayon et numérique, 21×30 cm, 2012 ©
Nicolas Blind, Filles aux rosesNicolas Blind, Filles aux roses, acrylique et huile sur bois ©
Nicolas Blind, Cécile & ScotchNicolas Blind, Cécile & Scotch, Acrylique sur bois, 60×80 cm, 2013 ©
Nicolas Blind, TalianaNicolas Blind, Taliana, acrylique et huile sur bois ©
Nicolas Blind, LorineNicolas Blind, Lorine, Acrylique et huile sur bois, 60×120 cm, 2013 ©
Nicolas Blind, LorineNicolas Blind, Lorine, Acrylique et huile sur bois, 60×120 cm, 2013 ©
Nicolas Blind, L'instantNicolas Blind, L’instant, Acrylique sur bois, 120×80 cm, 2013 ©

B!B!: C’est quoi être artiste aujourd’hui?

Nicolas Blind: C’est être en galère mais être libre avant tout, avoir du temps, faire mûrir les choses. Echanger, se mélanger, se nourrir des autres, découvrir. Je dévore en permanence toutes sortes d’images, je passe beaucoup de temps sur des sites comme Hi-Fructose, Juxtapoz… et Boum! Bang!. Ça motive, ça lance de vrais challenges.

B! B!: Quels sont tes projets à venir?

Nicolas Blind: J’aimerais pouvoir développer l’illustration, la production de fanzines, d’affiches… continuer à peindre et à multiplier les opportunités d’expo. Je me mets au tatouage aussi cette année, pour voyager et parce que j’adore ça, c’est magique de dessiner sur la peau. Niveau Street Art je prends toujours part au projet le M.U.R., venu de Paris et lancé depuis un an à Mulhouse. Je continue aussi à faire partie des artistes de l’Eyefood Factory, projet axé sur la décoration d’intérieur où je travaille plus avec le numérique. Enfin, je suis sur le point d’intégrer la coopérative Artenréel.

B!B!: Décris-nous une  journée type.

Nicolas Blind: Je ne peins pas tous les jours alors ça varie. Je me lève tôt le matin pour prendre le temps, café obligatoire! Mais je préfère travailler de nuit. Ma journée type c’est la nuit.

Nicolas Blind, Cross the lineNicolas Blind, Cross the line, Photo et numérique, 30×42 cm, 2013 ©
Nicolas Blind, Inner warNicolas Blind, Inner war, Photo et numérique,  30×42 cm, 2013 ©
Nicolas Blind, Love like bloodNicolas Blind, Love like blood, Photo et numérique, 40×60 cm, 2013 ©
Nicolas Blind, MelNicolas Blind, Mel, Bic et collage sur photo, 30×42 cm, 2013 ©
Nicolas Blind, RaulNicolas Blind, Raul, Bic et collage sur photo, 30×42 cm, 2013 ©

B!B!: Ton caractère en fonction des 7 pêchés capitaux: es-tu colérique?

Nicolas Blind: Oui, assez impulsif, j’ai vite fait de passer un coup de blanc sur un tableau qui n’évolue pas comme je veux. Je suis impatient, j’aime ce qui va vite.

B!B!: Gourmand?

Nicolas Blind: Assez, j’aime faire à manger.

B!B!: Avare?

Nicolas Blind: Non. J’aimerais bien gagner un peu plus mais je ne demande pas la lune et ne compte vraiment pas être le plus riche du cimetière.

B!B!: Paresseux?

Nicolas Blind: Il est vrai que je dors beaucoup mais je préfère mûrir mes projets artistiques. Il faut du temps pour que ça sorte de moi, que ça se dépose sur le papier ou la toile; encore un autre paradoxe vis-à-vis de mon impatience. Je laisse les choses se faire mais quand je m’y mets, généralement ça dépote. Je doute énormément, c’est bien mais parfois c’est un peu trop.

B!B!: Enclin à la luxure?

Nicolas Blind: Oui. L’érotisme est une thématique récurrente. Comment ne pas aimer le corps féminin!

B!B!: Envieux?

Nicolas Blind: Parfois je me sens envieux du parcours de certains artistes, j’envie les gens qui ont des facilités à faire tourner leur travail. Envieux des belles carrières artistiques, ceux chez qui ça semble naturel.

B!B!: Orgueilleux?

Nicolas Blind: Non!

B!B!: Si tu pouvais inviter 10 personnes, mortes ou vivantes, à dîner, qui seraient-elles?

Nicolas Blind: Jean-Michel Basquiat, Charles Bukowski pour une cuite, Anna Karina quand elle était jeune, Thom Yorke, Daniel Pennac, Lucian Freud, Mano Solo, Renaud (quand il était jeune), James Jean et Jeff Sotto.

B!B!: Si je te dis Boum! Bang!?

Nicolas Blind: Gang Bang!

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