Basée à Montreuil, Magdalena Lamri est une jeune femme, une jeune mère et une jeune peintre. Née en 1985, elle a étudié les techniques de la fresque et du décor à l’École Nationale Supérieure d’Arts appliqués Olivier de Serres (Paris). Après l’obtention d’un diplôme de Décor architectural, Magdalena Lamri n’a pas eu le choix. Peindre c’était obligatoire. Elle a donc quitté tous les sentiers battus pour plonger dans les méandres de ses tripes. Travaillant d’arrache pied avec l’honnêteté d’une femme sans peur (regard franc, droit, planté dans celui de l’observateur), l’artiste exhibe les plis de son âme sous le couvert de sa chair.

Magdalena Lamri, You will have to abandon what is the dearest to you

© Magdalena Lamri, You will have to abandon what is the dearest to you, huile sur toile 80×80 cm, 2017

Magdalena Lamri, Under the giant trees

© Magdalena Lamri, Under the giant trees, huile sur toile 65×50 cm, 2015

Magdalena Lamri, The River

© Magdalena Lamri, The River, huile sur toile 120×100 cm, 2015

Une des premières choses qu’on se dit en voyant Magdalena Lamri en chair et en os c’est qu’elle est bien plus en os qu’en chair. Qu’on connaisse déjà ses peintures ou qu’on les découvre ensuite, le choc esthétique est tel qu’on sursaute. En effet, les corps de ses tableaux ont quelque chose de disproportionné, un traitement qui n’est pas sans rappeler celui des maîtres Lucian Freud et Jenny Saville. Certaines peintures, saisissantes de réalisme, déstabilisent l’observateur. Le trait fin de l’artiste que l’on voit particulièrement dans ses dessins, un sens du détail exacerbé sont la source de ce rendu. Mais si elle doit sa technique à sa formation, sa posture, elle, est propre à son genre: féminin. Un genre dont le corps est si souvent représenté par des photographies d’égéries squelettiques que la femme du quotidien se voit et se sent énorme, dégoulinant de chair et d’entrailles là où on lui demande d’être belle et – surtout – de se taire. C’est pourquoi il faudrait revenir à un autre « maître » de la peinture pour saisir l’étendue du propos. Si le rapprochement n’est pas évident au niveau chromatique, la posture du sujet et son traitement est parfois comme un écho lointain des travaux d’une Frida Khalo dont le peintre Diego Rivera, son mari, disait que ses « toiles révélaient une extraordinaire force d’expression, une description précise des caractères et un réel sérieux. Elles possédaient une sincérité plastique fondamentale et une personnalité artistique propre. Elles véhiculaient une sensualité vitale encore enrichie par une faculté d’observation impitoyable, quoique sensible ». Propos que l’on pourrait littéralement transposer aux travaux de Magdalena Lamri. Faculté d’observation impitoyable jusque dans les détails d’expressions rendues au plus proche du sentiment originel: crainte, peur, dédain, offrande…

Magdalena Lamri, The man who waited for dawn

© Magdalena Lamri, The man who waited for dawn, huile sur bois, 50×50 cm, 2016

Magdalena Lamri, The Chair IV

© Magdalena Lamri, The Chair IV, huile sur toile 50×61 cm, 2017

Magdalena Lamri, The Chair III

© Magdalena Lamri, The Chair III, huile sur bois 50×50 cm, 2016

Magdalena Lamri, The Chair II

© Magdalena Lamri, The Chair II, huile sur bois 30×50 cm, 2016

Magdalena Lamri, The Chair I

© Magdalena Lamri, The Chair I, huile sur bois 30×50 cm, 2016

Magdalena Lamri, The Box

© Magdalena Lamri, The Box, huile sur bois 40×40 cm, 2016

Magdalena Lamri, Sorry, I can't hear you

© Magdalena Lamri, Sorry, I can’t hear you, Graphite sur papier, 40×30 cm, 2016

Magdalena Lamri, Sometimes we walk into ghost

© Magdalena Lamri, Sometimes we walk into ghost, huile sur toile, 30×40 cm, 2016

Le bestiaire qui envahit les toiles de l’artiste: faons, oiseaux, lapins, papillons… semble d’abord renvoyer à la maternité, expérience que Magdalena Lamri vit depuis maintenant plus d’un an et qui envahit toutes les couches de son travail. Il y a en effet quelque chose de doux et de rassurant dans l’univers qui nous est présenté, une impression onirique appuyée par le choix d’une palette chromatique pastel. L’enfant de l’artiste est représenté dans de nombreuses toiles de la série Contes Curieux et son regard s’offre comme celui de sa mère, franc. Direct. On pense aux multiples représentations de la maternité dans l’iconographie religieuse. La mère à l’enfant. Le sacré. La magie de la vie. Reste que les animaux perturbent: quand ils ne sont pas tronqués par l’artiste ou mêlés au corps de l’humain, on remarque leurs os émergeant du dessin et révélant une emprise de la carcasse sur la vie. Comme une espèce de vanité camouflée, les animaux sont Fragiles (autre série poignante) – ils ont par exemple pour caractéristique commune d’appartenir à la grande catégorie des proies, à l’échelle du règne animal. Ils sont ex(l)posés sur la toile comme l’est l’intime du peintre: à la merci de notre regard, offerts à toutes nos interprétations.

Magdalena Lamri, Scent of Silence

© Magdalena Lamri, Scent of Silence, huile sur bois, 30×50 cm, 2016

Magdalena Lamri, Roses in may

© Magdalena Lamri, Roses in may, huile sur toile 100×120 cm, 2016

Magdalena Lamri, Le haut promontoire ne bougera pas

© Magdalena Lamri, Le haut promontoire ne bougera pas, huile sur toile 116×89 cm, 2017

Magdalena Lamri, L'étreinte

© Magdalena Lamri, L’étreinte, graphite sur papier 76×56 cm, 2017

Magdalena Lamri, Insomnia

© Magdalena Lamri, Insomnia, huile sur toile 80×80 cm, 2016

Magdalena Lamri, Frontière 5

© Magdalena Lamri, Frontière 5, graphite sur papier 70×100 cm, 2014

Magdalena Lamri, Forestation

© Magdalena Lamri, Forestation, huile sur toile 80×80 cm, 2016

Magdalena Lamri, Echouer

© Magdalena Lamri, Echouer, graphite sur papier 76×65 cm, 2017

Magdalena Lamri, Changement de propriétaire

© Magdalena Lamri, Changement de propriétaire, graphite sur papier 70×50 cm, 2016

Magdalena Lamri, Behind the curtain

© Magdalena Lamri, Behind the curtain, huile sur bois 60×50 cm, 2017

Magdalena Lamri, And the third horse

© Magdalena Lamri, And the third horse, huile sur toile 60×50 cm, 2017

Magdalena Lamri, Alice

© Magdalena Lamri, Alice, huile sur bois 50×50 cm, 2016

Magdalena Lamri, We are only prey

© Magdalena Lamri, We are only prey, huile sur toile, 150×100 cm, 2015

Magdalena Lamri, The Hunters

© Magdalena Lamri, The Hunters, huile sur toile, 150×100 cm, 2014

Magdalena Lamri, Children's dance

© Magdalena Lamri, Children’s dance, huile sur toile, 162×114 cm, 2016

Magdalena Lamri, Butterflache

© Magdalena Lamri, Butterflache, graphite sur papier, 50×110 cm, 2013