Un entretien Boum! Bang!

Du corps humain, Lionel Arnaudie saisit l’aspect malléable et plastique. Ses photographies de mode et artistiques rendent compte d’une esthétique aboutie, quasi-sculpturale, venant modeler chaque détail. La matière des vêtements est sublimée, les visages épurés et la luminosité affirme avec fermeté l’aspect architectural des corps. Dans ses séries « Heroes » et « Bronze », l’artiste fige ses modèles dans un espace confiné au portrait.

B!B!: Comment es-tu parvenu à faire de la photographie et quel est ton parcours? 

Lionel Arnaudie: Il a toujours été évident que je fasse quelque chose d’artistique. Depuis tout petit, je suis intéressé par les arts graphiques et picturaux, je peins et je fais beaucoup de dessins. J’aime quand il y a quelque chose de visuel, de plastique… Il m’a donc paru intéressant d’aborder la photographie et je me suis dirigé vers l’ETPA à Toulouse, pour suivre une formation de praticien-photographe. En troisième année, plusieurs projets m’ont permis de les présenter devant un jury professionnel et d’obtenir une mention. C’est là que j’ai commencé ma série « Heroes », un projet libre de huit images.

Lionel Arnaudie, Heroes

Lionel Arnaudie, Heroes n°2 ©

Lionel Arnaudie, Heroes

Lionel Arnaudie, Heroes n°3 ©

Lionel Arnaudie, Heroes

Lionel Arnaudie, Heroes n°8 ©

Lionel Arnaudie, Heroes

Lionel Arnaudie, Heroes n°11 ©

Lionel Arnaudie, Heroes

Lionel Arnaudie, Heroes n°12 ©

B!B!: Après tes études, tu es venu t’installer à Paris. Pourquoi Paris et pas ailleurs?

Lionel Arnaudie: Parce que c’est à Paris que tout se passe, qu’il y a le plus de galeries et d’expositions. C’est aussi après mon déménagement, que j’ai continué « Heroes ». J’ai voulu densifier la série pour qu’elle ait plus de force, plus de corps. En parallèle, j’ai toujours été intéressé par le monde de la mode, et j’ai donc choisi Paris.

B!B!: Justement, tu as fait de la photo de mode notamment pour des agences de mannequins, et tu as été publié sur The Fashionisto. Quelle relation entretiens-tu avec la photo de mode?

Lionel Arnaudie: La mode est pour moi très graphique, très esthétique et correspond exactement à mon regard sur la photographie. En arrivant sur Paris, j’ai collaboré avec plusieurs agences de modèles. Je me rends compte au fur et à mesure que c’est vraiment le côté visuel qui me plait, davantage que le côté commercial.

B!B!: Aujourd’hui, tu sembles évoluer vers quelque chose de plus artistique, mais en conservant la notion de portrait. Que signifie-t-elle pour toi?

Lionel Arnaudie: Pendant mes études, je ne me suis pas du tout intéressé à l’être humain. Je faisais des paysages, des natures mortes. En vérité, j’avais une peur bleue du sujet en face de moi, d’être confronté au regard d’un être pensant. J’étais paralysé avant même de demander à quelqu’un de le photographier. Puis j’avais toujours ce souci d’esthétique, de couleur, qui pouvait rapidement me déstabiliser si le résultat obtenu n’était pas à la hauteur. Avant le portrait, j’ai donc commencé par l’autoportrait. Je me suis vu comme un terrain de travail pour chercher cette esthétique, ce style. J’ai commencé ensuite à demander dans mon entourage pour poser, tout en cherchant des profils particuliers, plutôt de mannequins.

Lionel Arnaudie, Roberto

Lionel Arnaudie, Roberto 1/3 ©

Lionel Arnaudie, Roberto

Lionel Arnaudie, Roberto 3/3 ©

Lionel Arnaudie, Anja

Lionel Arnaudie, Anja 1/3 ©

Lionel Arnaudie, Anja 2/3

Lionel Arnaudie, Anja 2/3 ©

Lionel Arnaudie, Anya

Lionel Arnaudie, Anya 2/2 ©

B!B!: Le corps – et surtout celui de l’homme – restera d’ailleurs ton sujet de prédilection. Pourquoi?

Lionel Arnaudie: Quand je me suis intéressé au sujet masculin, c’est à ce moment que j’ai réellement pris confiance en moi. Il me semble plus facile d’abattre les barrières avec les hommes qu’avec les femmes, pour obtenir quelque chose de sincère et de brut. L’homme est un peu moins complexe à photographier que le sujet féminin. Je trouve qu’il est plus posé, un peu moins soucieux de ce qu’il paraît. Il y a plus de facilité pour obtenir quelque chose de sincère au niveau de l’expression… Le sujet masculin est plus malléable.

B!B!: Parle-moi de ta dernière série, « Bronze ».

Lionel Arnaudie: À l’origine, cette série est née d’une fascination pour les bustes de bronze, et plus précisément de leur matière. C’est ce grain qu’ont ces statues et cette tonalité proche du sépia, légèrement chaude, qui m’intéressaient beaucoup. Avec ces portraits cadrés en buste, très figés dans l’espace et le temps, j’avais envie d’animer ces corps inertes. Leurs yeux captent et hypnotisent le regard dans l’obscurité, grâce à un rééclairage du modèle en post-production, pour rendre cet aspect de bronze.

B!B!: « Bronze » conserve encore un rapport aux vêtements et à la mode…

Lionel Arnaudie: Dans la mode ce qui m’intéresse, ce sont les matières, les différents tissus qui peuvent exister. Et je pense que ça se ressent à travers mes portraits: la façon dont je traite chaque vêtement pour en faire ressortir sa matière. Pour « Bronze », j’ai moi-même dessiné et fabriqué les cols. Les cols ne sont pas là pour déguiser, ils habillent et soutiennent le modèle et c’est ce qui leur donne cette attitude raide et figée, proche de la sculpture.

Lionel Arnaudie, Bronze

Lionel Arnaudie, Bronze n°2 ©

Lionel Arnaudie, Bronze

Lionel Arnaudie, Bronze n°3 ©

Lionel Arnaudie, Bronze

Lionel Arnaudie, Bronze n°4 ©

Lionel Arnaudie, Bronze

Lionel Arnaudie, Bronze n°6 ©

Lionel Arnaudie, Bronze

Lionel Arnaudie, Bronze n°8 ©

B!B!: Tu joues avec les matières, mais aussi avec les lumières grâce à un travail de retouche qui est aussi très important.

Lionel Arnaudie: J’entretiens un rapport très étroit avec la retouche photo que je réalise après avoir shooté le modèle. La photographie, je la vois comme un art et une matière malléable, qui peut être transformée justement grâce à l’outil numérique. Ce travail de post-production est moins ancré dans le réel, mais permet des travaux beaucoup plus léchés, avec une esthétique propre et aboutie.

B!B!: Y a-t-il des artistes, contemporains ou plus anciens, qui t’inspirent ou que tu admires?

Lionel Arnaudie: J’admire le photographe Edward Steichen pour ses portraits de mode. Ses jeux de lumières et de contrastes subliment des modèles aux attitudes très graphiques. J’aime aussi beaucoup Erwin Olaf et Oleg Dou pour leur rigueur dans l’esthétique; le français Thomas Devaux pour qui « chaque portrait est une foule ». Et je suis aussi un grand fan de Tim Burton, et plus particulièrement de son univers sombre et décalé. Son film « Batman: Le Défi » (1989) laisse une forte place à l’imaginaire, où chaque personnage est très incarné et caractérisé.

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