Né en 1962, Stefan Sagmeister, Autrichien installé à New York depuis dix-sept ans, est l’un des graphistes les plus originaux de sa génération. Il s’est fait connaître dans le milieu des années 1990 par ses collaborations avec plusieurs grands noms de la musique (Talking Heads, Lou Reed, Rolling Stones, David Byrne et Brian Eno…) pour lesquels il réalise affiches et couvertures de CDs. Aujourd’hui, c’est lui que l’on peut qualifier de « pop star », hyper médiatique, qui se photographie pour de nombreux projets et n’hésite pas à se mettre en scène dans de véritables one man shows télévisés.

L’exposition que présente jusqu’au 19 février 2012 le Musée des Arts Décoratifs réunit sous le titre « Another Show About Promotion and Advertising Material » plusieurs de ses projets, et donne une idée de la variété de ses pratiques : affiches, vidéos, installations, édition, packaging, logos et identités visuelles…

Affiche pour accompagner la sortie de l’album Set the Twilight Reeling de Lou Reed, 1996 © Stefan Sagmeister
Boîte de l’album Everything that Happens de David Byrne et Brian Eno, 2009 © Stefan Sagmeister

Le parti pris de l’exposition est de ne présenter que des travaux de commande, répartis en quatre sections : « Selling Culture » (campagnes et objets pour la promotion de produits ou événements culturels : musique, livres d’art, expositions…), « Selling corporations » (campagnes pour des entreprises, parmi lesquelles Levi’s, BMW…), « Selling Friends » (campagnes et objets pour la promotion de ses propres amis, notamment invitations et catalogue pour les défilés de la créatrice de mode Anni Kuan), « Selling Myself » (affiches pour ses propres expositions, cartes de visites…). Une manière de démontrer que ces différents contextes de création (culturel, commercial ou personnel) sont assez équivalents : il s’agit partout pour le graphiste de trouver, avec sa sensibilité individuelle, une solution « heureuse ». Et le mot prend chez Sagmeister, gourou du « happy design », tout son sens.

We Are All Worker, Panneau publicitaire animé pour Levi’s, 2010 © Stefan Sagmeister

Catalogue Anni Kuan, New York, 2005 © Stefan Sagmeister

L’intérêt majeur des expositions monographiques de graphisme est de permettre, au travers d’une sélection de travaux, de déceler quelques constantes, thématiques ou formelles, dans le travail d’un designer. Les traits caractéristiques du travail de Stefan Sagmeister sont assez faciles à percevoir : le goût de l’objet matériel, de l’écriture manuscrite et des messages à décoder (choses assez rares en graphisme). Chaque projet  raconte une histoire : celle de sa fabrication, et celle de son auteur. Le parcours de l’exposition est ainsi jalonné d’anecdotes à la première personne se rapportant aux réalisations : d’où est venue l’idée, quels ont été les obstacles, les solutions…

Les travaux de Sagmeister combinent souvent « fait main » et nouvelles technologies. Démarche fréquente : disposer des objets réels sous forme de slogan ou d’image, les photographier et, après des retouches informatiques plus ou moins importantes, en tirer des affiches. C’est le cas de l’affiche pour l’Adobe Design Achievement Awards, où des gobelets de café (accessoire indispensable du jeune candidat au prix Adobe) photographiés en plongée composent l’image d’un trophée. Sur le même principe, un entrelacs de fil de coton dessine un jean Levi’s pour une affiche de 2009, et les poils de l’artiste les lettres de l’affiche pour  l’exposition « Another Show ».

Affiche pour l’Adobe Design Achievement Awards, 2003 @ Stefan Sagmeister et Matthias Ernstberger
The strongest Thread, Affiche pour Levi’s, 2009 © Stefan Sagmeister
Affiche de l’exposition Another Show About Promotion and Advertising Material au MUDAC, Lausanne et au Musée des Arts Décoratifs, Paris, 2011 © Stefan Sagmeister
Trying to Look Good Limits My Life, Affiche pour Art Grandeur Nature, 2004 © Stefan Sagmeister

Mention spéciale au spectaculaire « My obsessions make my life worse but my work better », réalisé pour Droog (une marque de design hollandaise), slogan constitué de 300 000 pièces d’un centime d’euro, disposées par 150 volontaires sur une place d’Amsterdam, puis abandonnée à la volonté des passants. Après quelques jours de survie, protégée par les riverains, le message fut entièrement évacué par la police.

My Obsessions Make My Life Worse But My Work Better, 2008 © Sagmeister Inc.

Faisant la part belle à l’humour, voire à la provocation, la démarche interactive des projets de Sagmeister peut sans peine être rapprochée de l’art des années 1970 : performance, happening, land-art, installation et autres formes d’art inscrit dans la temporalité.

C’est par exemple explicitement au body-art (notamment à une célèbre performance de Gina Pane) que fait référence l’affiche réalisée pour une conférence de l’AIGA (American Institute of Graphic Art) : une photo de son torse nu où le texte est inscrit à la lame de rasoir, manière de symboliser les souffrances que requiert la création. Pour l’exposition « Sagmeister Inc. On a Binge », présentée successivement à la galerie DDD d’Osaka et la galerie GGG à Tokyo en 2003, il prendra 11 kilos afin de réaliser, pour l’affiche, une parodie du classique avant/après. Entre les deux photos, il a consommé tous les produits présents sur l’image.

Affiche pour la conférence annuelle de l’AIGA. Detroit, 1999 © Stefan Sagmeister
Affiche pour l’exposition Sagmeister Inc. On a Binge à DDD, Osaka et à GGG, Tokyo, 2003 © Sagmeister Inc.
Affiche pour l’exposition Sagmeister Handarbeit, Museum für Gestaltung, Zürich, 2003 © Stefan Sagmeister et Matthias Ernstberger

Le mur de bananes composant le slogan « Self Confidence Produces Fine Results » pour la galerie Deitch Project peut faire, lui, écho aux recherches de l’auto-destructive art de Gustav Metzger. Les bananes, jaunes et vertes le jour du vernissage, ont lentement pourri, faisant progressivement disparaître le message.

Self Confidence Produces Fine Results, 2008 © Stefan Sagmeister

On doit à Stefan Sagmeister d’avoir ouvert de nouveaux horizons au design graphique, de l’avoir sorti des quatre murs du studio, des quatre bords de la page. Chez lui, faire du graphisme ce n’est pas simplement chercher l’harmonie entre typographie et photo, c’est s’emparer des vrais objets, de l’espace urbain, aller à la rencontre du spectateur : une démarche qui ne s’embarrasse pas de la traditionnelle distinction beaux-arts / arts appliqués.

Vous pouvez voir en direct et 24h sur 24 ce qui se passe dans le studio de Sagmeister Inc. sur la page d’accueil de son site. Et regarder les hilarants « one man shows » de Stefan Sagmeister, dans le programme américain TED : ici.

Stefan Sagmeister, Another Show About Promotion and Advertising Material.
Du 13 octobre 2010 au 19 février 2012

Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 PARIS

Du mardi au dimanche, de 11h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

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