Faire la nique aux conventions. Poursuivre sa mission coûte que coûte. Ne pas se retourner pour regarder les explosions. Parfois, on sent qu’on tient quelque chose. Un peu comme le hit de toute notre vie. Notre combat d’or et de lumière, le pays du lait et du miel, notre raison d’être. Une seule oeuvre pour donner un sens général à l’Oeuvre dans sa globalité.

Si Scot Sothern a attendu 20 ans pour que son travail réalisé dans la série « Low Life » soit reconnu à sa juste valeur, il n’a pas pour autant lâché l’affaire. Et ce n’est pas l’âge et les affres du temps qui le stoppent dans la poursuite de son oeuvre: la recherche d’une réaction. Réaction chez le sujet photographié, provoquant un cliché fort et bien souvent une montée d’adrénaline. Mais réaction du spectateur de l’oeuvre aussi, spectateur rejetant ce type de travail dans les années 90 et qui en ce moment-même à Londres,  prend un malin plaisir à être délicieusement outré par les portraits de femmes de la rue accrochés au Great Eastern Bear.

Low Life Low Life © Scot Sothern
Low Life Low Life © Scot Sothern
Low Life Low Life © Scot Sothern
Low Life Low Life © Scot Sothern
Low Life Low life © Scot Sothern
Low Life Low Life © Scot Sothern
Low Life Low Life © Scot Sothern
Low Life Low Life © Scot Sothern

Beaucoup d’encre a déjà été versée à son propos. Nous avons pourtant choisi de nous arrêter sur son oeuvre car, comme nous l’a confié notre ami Daniel Funaki: « Scot has a lot of guts ». Et c’est ce point que nous chercherons à étudier ici. Car s’il a été taxé de voyeurisme ou de phallocratie, il n’en demeure pas moins l’un des seuls photographes osant encore documenter l’underground, ce côté obscur de nos sociétés que l’on ne voit jamais au journal de 20 heures. Il confesse à présent vieillir, et se déplacer moins vite qu’auparavant, à l’aide d’une canne. Plutôt gênant, quand on cherche à retranscrire le désespoir annonciateur de folie d’une certaine tranche de la société, ce cri émergeant des entrailles de notre monde, ce de profundis clamavi diraient certains en murmurant.

Son but? Il ne l’a jamais caché: « I’d like to trigger an arroy of reactions ». Et en y réflechissant bien, la méthode du « Drive-by Shooting » permet vraiment d’obtenir une grande diversité de sujets photographiés en un court laps de temps. Mais pour bien témoigner de la population visée, il faut avoir confiance en son chauffeur, car les dangers d’une telle pratique peuvent très vite s’avérer nombreux.

Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by ShootingDrive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern

C’est en voyant les photographies de Daniel Funaki que Scot Sothern a pris contact avec lui, en demandant s’il était possible d’aller circuler en voiture dans des quartiers chauds pour prendre des photographies. Et c’est sans aucune hésitation que Daniel a répondu de manière positive et qu’ils ont passé trois nuits complètes entre 21 heures et 4 heures du matin à conduire et shooter dans les rues les plus chaudes de L.A. Vous auriez accepté vous, de vous faire poursuivre ou caillasser votre bagnole en échange de quelques précieux moments d’observation d’un maître à l’oeuvre? Daniel Funaki nous confie: « Je ne prends jamais de drogues, mais faire ces shootings avec Scot, je pense que c’était comme en prendre. C’était à la fois très effrayant et très amusant. Il est impossible de savoir comment les gens vont réagir face au fait d’être photographiés, s’ils vont se mettre à rire, être en colère ou à tenter de vous tabasser. On a vraiment eu droit à tous les types de réactions ».

Et le résultat en est touchant de vérité. Une série de tableaux urbains sincères, spontanés, où le photographe n’a pas eu le temps d’étudier sa composition ou son approche mais simplement celui de presser sur le déclencheur. L’artiste confie sa méthode : « Avoir un plan, s’essayer de jour. S’arrêter pour shooter proprement et décamper au plus vite ». Il en résulte des clichés comparables à des témoignages éphémères, à des morceaux d’histoires tragiques dont nous ne connaîtrons jamais la fin. Scot Sothern nous plonge dans la contemplation du passager qui se laisse aller à céder une place à l’extraordinaire, aux décors qu’il voit défiler. Attention, à regarder trop longtemps ces images, vous risquez de sentir le contact de la vitre froide sur votre front.

Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by ShootingDrive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern
Drive-by Shooting Drive-by Shooting © Scot Sothern

La série « Drive-by Shooting » allant faire l’objet d’une publication prochaine, nous avons pu seulement collecter de rares images la composant. Ne soyez pas triste, en cadeau et en anglais dans le texte, un court extrait autobiographique de Scot Sothern, qui saura certainement vous faire plonger dans l’ambiance de l’oeuvre:

« When I pulled off the freeway into San Diego, I had a single twenty dollar bill in my wallet. My car, a 1973 Toyota station wagon, rattled my teeth and died in idle. At stops I had to divide my right foot: heel on the brake, toes revving the accelerator. I had barely enough gas to get back to Los Angeles. On El Cajon Boulevard I drove slowly and studied the street walkers. In their eyes I could see desperation-induced madness, premature death. In my eyes they could see my craving for the nasty little secret I kept from friends and family. I could give my twenty dollars to any one of these women. I could buy a quick sex fix and she could buy enough crack to put a smile on her face for an hour or so. In the passenger seat, belted and buckled, frail and beautiful, my four-year-old son, Dashiell, slept curled around his best friend, a pillow-sized stuffed facsimile of Hulk Hogan. It was Sunday night and my weekend with my little boy was over. When we arrived at his mother’s house, Dash awoke. He cried and clung tightly, arms around my neck. He didn’t want me to go. His mother Sylvia, my ex-wife, was happy to see me go, but first she wanted money. I made lame excuses. She called me a jerk and pried our son from my embrace. I took my twenty dollars and drove back to El Cajon Boulevard. »

Ce qui dans la langue de Molière nous donnerait quelque chose comme ce qui suit, même si l’ambiance de son texte n’est pas transcriptible:

« Lorsque je suis sorti de l’autoroute à San Diego, j’avais un seul billet de 20 Dollars dans mon portefeuille. Ma voiture, une Toyota Station Wagon de 1973, me faisait grincer des dents et mourrait à petit feu. Lorsque je m’arrêtais, je devais diviser mon pied droit: le talon sur le frein et les orteils qui faisaient ronfler l’accélérateur. J’avais à peine assez de carburant pour rentrer à Los Angeles. Sur le Boulevard El Cajon, j’ai conduit tout doucement en étudiant les promeneuses du soir. Je pouvais voir dans leurs yeux le désespoir induit par la folie, la mort prématurée. Dans les miens ils pouvaient voir mon envie pour le vilain petit secret que je tenais à l’écart de mes amis et de ma famille. Je pouvais donner mon billet de 20 dollars à n’importe laquelle de ces femmes. Je pouvais obtenir du sexe rapide et elle pouvait s’acheter assez de crack pour accrocher un sourire à sa face pendant une heure et des poussières. Sur le siège passager, ceinturé et harnaché, frêle et magnifique, mon fils de 4 ans, Dashiell, dormait lové contre son meilleur ami, un imprimé d’Hulk Hogan sur un oreiller rembourré. C’était dimanche soir et mon week-end avec mon petit garçon était terminé. Lorsque je suis arrivé à la maison de sa mère, Dash s’est reveillé. Il a pleuré en s’accrochant étroitement, les bras autour de mon cou. Il ne voulait pas que je m’en aille. Sa mère Sylvia, mon ex-femme, était contente de me voir partir, mais elle voulait avant tout de l’argent. J’ai sorti des excuses bidons et elle m’a traité de salaud et a arraché notre fils de mon étreinte. J’ai pris mes 20 dollars et je suis retourné sur le Boulevard El Cajon. »

Traduction: Joemi Mousseigt et Hannah Sorensen.

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