Souvent la photographie est devenue une vieille dame outrageusement maquillée, au sourire un peu trop victorieux, figé et vaniteux. Rien de tout cela chez le photographe autrichien Philippe Gerlach: il délaisse le plus souvent les atours chatoyants pour cajoler les corps usés au sein d’un chaos et d’un bruit insupportable qu’il organise à coups de mises en scènes et de bande-son heavy-metal. Son œil oblique et aux croyances troublées est chasseur, il bouge pour capturer le regard pénétrant qui lui fait face: amant, amante, père privé de repère qu’importe. Sous fond de noir luisant (souvent) Philippe Gerlach décorsète la notion de portrait pour le porter au pied de sa potence. Marchand d’os, l’artiste par interventions attentives désoriente bon nombre d’idées reçues sur la photographie, sa technique, comme ses expositions.

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Il ne pare jamais le réel de plumes ou de bandages herniaires. Pour lui la beauté n’a pas de forme même si les formes la font naître. Toutefois il arrache ses œuvres au règne du spectacle et de la culture séduction même si au besoin il peut jouer avec. Inactualisant l’actuel (à l’inverse de ce que bien des artistes proposent) il porte attention aux loosers, à leurs grosses veines au front et leurs doigts gelés. Mais il sait aussi faire voyager en beauté, brisant des cercles, trouant des murailles sans pour autant jouer les trapézistes esthètes. Il s’agit plutôt de mettre le feu au regard, de discréditer tout didactisme avec cet instrument d’imprécision, de torture et de musique qu’est la photographie. Par la magie-Gerlach, des nettoyeurs matinaux époussètent au milieu des nuages des déshabillés compliqués de femmes filiformes ou de batteurs hard-rock qui droguent à la baguette les sirops de rose des valses de Vienne.

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Surgit un nouveau réalisme mâtiné de constructivisme. Basée sur le portrait l’œuvre sort de l’anecdote psychologique pour donner à voir une beauté qui sort des masques. Toutefois pour le créateur autrichien ils font partie de l’être dans un accouplement avec ce qu’ils cachent dans un jeu de miroir que la photographie dédouble. L’artiste se retrouve ainsi singulier dans son déchiffrement des apparences collectives underground ou non. Son travail garde une rigueur et une précision rares: il s’agit là de la meilleure utilisation des forces du moindre déchet du réel pour le porter à une paradoxale pureté: de la confusion et de l’obscurité, il aborde un rigoureux danger de ce que Georges Bataille nomme « dépense » dans un conflit entre la croyance à un réel et la photographie qui vient le tordre et le faire exploser au besoin.

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