Pauline Bazignan condense dans ses peintures et ses sculptures l’expression du temps. Elle mène des expériences picturales à travers lesquelles elle se laisse guider par la couleur qu’elle pose et enlève. Si on peut voir un vocabulaire floral dans sa pratique artistique, pour elle, il ne s’agit pas tant de peindre des fleurs que de faire surgir des formes et d’exprimer l’idée du temps, une certaine évanescence. Ses peintures renvoient à la fois à l’éclosion et à la finitude de la nature.

Elle développe un processus qui l’amène à faire apparaître par l’effacement. En arrosant ses peintures, elle les fait éclore tout en les faisant disparaître. Dès ses premières œuvres, des lignes et des formes filaires surgissent. La forme ronde est née d’une recherche sur le monochrome. C’est par accident qu’est apparue une coulure, devenue alors une tige à partir de laquelle elle tourne, ce qui fait écho à un cycle temporel. Le papier de soie froissé l’a incitée à tester d’autres transformations de sa peinture. Ce support souple et fragile ajoute un sens supplémentaire à son travail sur l’impermanence.

Pauline Bazignan, 8.05.2018, 2018, acrylique sur toile, 130 x 97 cm © Centre des monuments nationaux - Photo de presse.

Pauline Bazignan, 8.05.2018, 2018, acrylique sur toile, 130 x 97 cm © Centre des monuments nationaux – Photo de presse.

Pauline Bazignan, sculptures, 2019 © Centre des monuments nationaux - Photo de presse.

Pauline Bazignan, sculptures, 2019 © Centre des monuments nationaux – Photo de presse.

Ses sculptures, d’abord en plâtre puis en céramique, sont nées de la volonté de voir ce qu’il y a derrière l’écorce d’une orange. Ces pièces ont un caractère à la fois masculin et féminin. Leur forme organique appelle à nous interroger sur ce contenant. En même temps, elles évoquent une graine qui donnerait la vie.

Les lieux où elle est invitée à exposer l’incitent parfois à voir des images qui lui donnent envie d’explorer de nouveaux supports. A l’occasion de son exposition à l’église des Trinitaires à Metz, Pauline Bazignan a découvert de nouvelles possibilités picturales en utilisant une toile de lin recouverte d’une feuille d’argent. Ces peintures renvoient la lumière et nous interrogent sur notre capacité à percevoir. En fonction des conditions de luminosité, elles invitent le spectateur à se déplacer.

De plus, ses volumes en céramique blanche peuvent fonctionner ensemble et donner naissance à des installations où le support a également son importance. Au cœur de cette même église, elle les avait disposées sur une plaque en inox pour composer le dessin de la constellation de Persée. Cet assemblage est né d’une exposition précédente où elle affirme avoir « voulu enregistrer sur la plaque en cuivre le temps de l’exposition ». Ces œuvres acquièrent un nouveau sens et font alors référence au cosmos. La forme ronde chez Pauline Bazignan renvoie aussi bien à l’infiniment petit qu’à l’infiniment grand. Elle est la métaphore du temps et exprime à la fois l’idée de croissance et la planète.

Elle aime expérimenter des techniques pour repenser la relation de son œuvre et sa mise en espace. Sa série Persée fut initiée à l’occasion d’une exposition où les œuvres devaient être percées par l’artiste. Cette contrainte l’a conduite à faire un trou dans ses peintures et à remplacer le point initial par un clou. Ses peintures convoquent ainsi l’idée de pesanteur et de gravité. Cette expérience l’amène à poursuivre une nouvelle manière de travailler son support.

Récemment, invitée à exposer dans le fort Saint-André de Villeneuve-lez-Avignon, ses œuvres trouvent une résonance et un lien avec la mémoire qu’incarne ce lieu historique. Pauline Bazignan a imaginé des histoires dès sa première visite, qui l’ont guidé dans le choix de ses peintures. Le parcours commence avec une toile dans la chapelle Belvezet. Celle-ci incarne le travail du temps : en suspens durant sa création, une coulure a fait naître une seconde, plus douce. L’artiste a choisi d’investir l’ensemble du fort jusque dans les salles les plus petites, comme pour nous inciter à y entrer. Dans les salles de la tour des masques, on découvre des toiles inspirées par les histoires supposées de ce lieu. Ces toiles, comme si elles étaient suspendues, suggèrent le mouvement d’une envolée vers le bas et les formes circulaires font apparaître une constellation ou bien une nuée de météorites.

Vue de l'exposition De Mémoire à Fort Saint-André, Villeneuve-lez-Avignon © Centre des monuments nationaux - Photo de presse.

Vue de l’exposition De Mémoire à Fort Saint-André, Villeneuve-lez-Avignon © Centre des monuments nationaux – Photo de presse.

Vue de l’exposition De Mémoire à Fort Saint-André, Villeneuve-lez-Avignon © Centre des monuments nationaux – Photo de presse.

Vue de l’exposition De Mémoire à Fort Saint-André, Villeneuve-lez-Avignon © Centre des monuments nationaux – Photo de presse.

 

Dans la salle du four à pain, un triptyque évoque l’idée d’emprisonnement et d’évasion, et un diptyque annonce une autre toile, écho à une peinture de l’histoire de l’art… Les couleurs répondent à celles des murs et celles-ci nous invitent à prendre le temps d’observer pour tenter de percer le mystère de son processus pictural. En fin de parcours, une peinture noire renvoie à sa recherche sur la vision et sur la sensation d’une difficulté de percevoir. Celle-ci fait référence à La Bataille de San Romano du peintre Paolo Uccello, dont elle s’est inspirée pour faire surgir ses coulures colorées. Possibles lances, ces tracés, coulures éclatantes évoquent également la joie d’un feu d’artifice. En vis-à-vis, une toile au fond blanc présente des effacements successifs, des teintes plus ténues, tel un souvenir que l’artiste avait du même tableau.

Un lien subtil s’établit entre les couleurs et coulures de ses peintures et les traces qui fondent la mémoire de ce fort. De mémoire, le titre de cette exposition fait écho aux diverses relations que l’artiste a fait surgir entre son travail et l’esprit de ce lieu patrimonial. Ses œuvres répondent aux atmosphères des différents espaces, aux sensations qu’elle a reçues ainsi qu’aux divers récits qu’elle a écoutés et qu’elle s’est raconté.

Au fil de ses procédés picturaux, des liens se lisent entre ses œuvres récentes et celles plus anciennes. Des récits et son intérêt pour des œuvres de l’histoires de l’art se révèlent. Ses gestes de recouvrement, d’effacement l’amènent à redécouvrir de nouvelles formes. Chez Pauline Bazignan, la peinture est affaire de temps, d’une mémoire de ses expériences de transformation, qui nous invitent à une réflexion sur l’éphémère, la nature, la fragilité de la vie.

Exposition personnelle, De mémoire, Centre des Monuments Nationaux, fort Saint-André de Villeneuve-lez-Avignon, jusqu’au 22 septembre 2019.

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