On ne sait s’il s’agit d’un particularisme français ou d’un trait d’humeur général mais les gens râlent. Ils râlent parce que le monde ne leur offre pas ce qu’ils veulent, parce que le vêtement ou le geste qui leur irait le mieux n’existe pas. Il y a pourtant une solution: il suffit de faire les choses pour qu’elles soient. C’est de ce constat qu’est né Boum! Bang! et c’est le parti qu’ont pris Michaël Möhr et David Barthelemy. Photographes et amis de (très) longue date, les deux comparses ont lancé NEST il y a maintenant plus d’un an. Dans un contexte où la presse papier est en crise et où il est de plus en plus difficile pour les photographes professionnels de vivre de leur métier (qu’ils soient photojournalistes, artistes ou photographes de mode), NEST est une réponse à contre-courant, une proposition faisant fi des inquiétudes stériles.

NEST, Couverture numéro 1 NEST, Couverture numéro 1 ©

L’objet, que l’on pourrait qualifier de « mook ¹» si l’on avait envie de le rapprocher à un air du temps, a la forme d’un beau magazine. Le premier numéro présentait des images tirées des travaux personnels et collectifs des deux artistes. Tiré à 600 exemplaires, il a été diffusé dans des lieux tels que la librairie de Beaubourg ou la MEP (Maison Européenne de la Photographie) mais on le trouve aussi dans un lieu aussi commun que la Fnac. NEST n’a en effet rien d’un phénomène élitiste. On est plutôt du côté de la proposition. Michaël Möhr et David Barthelemy ne trouvaient pas de case dans laquelle s’installer, pas de genre, pas de lieu – rien qui ne leur corresponde vraiment. Pourtant, il leur semblait évident que leurs propos et leurs images avaient une place quelque part. NEST est donc avant tout né de cette envie d’avoir un lieu à soi d’où partager avec le monde. Derrière l’idée de publier un ouvrage se cache la volonté de créer une base, un creuset de création, un lieu d’échange possible avec un lectorat qui serait là quelque part, prêt à recevoir ce genre de formule. Et l’expérience du #1 l’a prouvé avec, par exemple, la vente de tous les exemplaires dont la MEP disposait: le public est là, intéressé. Prêt à voir des images qui sont le fruit du travail de deux individus dont l’obsession est de mettre une technique parfaitement maîtrisée au service d’une sensibilité qui ne serait pas normée.

Nest, visuel 1NEST 1, visuel 1 ©
Nest, visuel 2NEST 1, visuel 2 ©
NEST 1, Partie de jardinNEST 1, Partie de jardin © David Barthelemy
NEST 1, Le faire ailleurs NEST 1, Le faire ailleurs © Michael Mohr

Ce qu’est NEST et pourquoi NEST existe est probablement à lier historiquement à l’histoire du phénomène de la photographie ainsi qu’à celle de la presse écrite. Sensationnelle, la presse se nourrit d’images toujours plus fortes, toujours plus esthétiques et toujours plus creuses dont les formes sont dictées par des chefs à l’œil mou. En ce sens, NEST est à la fois le produit de deux individualités aux caractères singuliers, bien trempés et le résultat bien plus global d’une époque où la photographie, pourtant cadette de tous les arts, arrive à une certaine forme de saturation. En effet, les photographes amateurs pullulent produisant des clichés vieillis aux lumières clonées, réactualisant un passé fantasmé – comme si leur regard sur le monde passait nécessairement par un filtre ou, pour dire les choses plus clairement, comme si la photographie cherchait avant tout à ne pas voir les choses. Le propos chez NEST n’est pourtant pas journalistique, on est plus du côté du poétique avec un numéro #1 aux séries fantasmatiques: Un temps pour elle, Entre deux ponts, Orage d’été, Si j’étais…, Trans-lucide ou Partie de Jardin, les chapitres de l’ouvrage invitent plus à la rêverie qu’à la révolte. Mais l’ensemble est réfléchi, du prix de l’objet (20 euros, comme le billet), au volume de publication en passant par la texture du papier, une impression volontairement française et le choix des photos qui se fait à deux en fonction de critères subjectifs. Il n’y a pas de thème, le propos est secondaire, ce qui compte, c’est la photographie. L’art et la manière, la passion des deux fondateurs. Et c’est en ce sens probablement que l’initiative est la plus noble.

NEST, numéro 2, Thomas Jorion NEST 2, Thomas Jorion ©
NEST, numéro 2, Michael Mohr NEST 2, Michael Mohr ©
NEST, numéro 2, David Barthelemy NEST 2, David Barthelemy ©
NEST 2, Si j'étaisNEST 2, Si j’étais, Michael Mohr ©
NEST 2, RenaissanceNEST 2, Renaissance, David Barthelemy ©
NEST 2, NympheNEST 2, Nymphe, Alexandre Maupied ©
NEST 2, Nb2NEST 2, Nb2 ©

Le numéro #2 a été lancé mercredi dernier, le 10 octobre. A son bord, les intervenants sont plus nombreux mais pour le savoir il faut aller le voir, parce qu’il parle aussi d’une époque où le plaisir de la trouvaille est lié à la notion de déplacement. Il se trouve en librairie et vaut le détour.

NEST, couverture numéro 2, Yann Black, 2012 NEST, couverture numéro 2, Yann Black, 2012 ©

¹À mi-chemin entre revue et livre, le « mook » est un objet créé en réaction à l’évolution de la presse écrite traditionnelle. Privilégiant l’investigation approfondie et l’esthétisme de la maquette ce nouveau format de magazine est un objet qui se veut durable, beau et qui souvent est le résultat d’un parti pris bien tranché.

NEST numéro 2 en vente chez:

OFR – 20 rue Dupetit-Thouars, Paris 3
Librairie 7L – 7 rue de Lille, Paris 7
Librairie du Palais de Tokyo – 13 avenue du Président Wilson, Paris 16

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