Un entretien Boum! Bang!

À la fois gracile et poignante à l’image de sa peinture, cette rencontre avec Maude Maris à la Galerie Isabelle Gounod ne laisse pas de glace. Il y a une grande profondeur de réflexion dans ce travail aussi diaphane que puissant.

Mikio Watanabé, portrait

Maude Maris, portrait © photo: Enguerran Ouvray

B!B!: Quelle est ta formation?

Maude Maris: J’ai passé un DNSEP à l’école des Beaux-Arts de Caen en 2003 et ai ensuite étudié à la Kunstakademie de Düsseldorf grâce à une bourse universitaire.

B!B!: Quelles sont les origines de ta démarche artistique?

Maude Maris: D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours dessiné et peint. Plus tard j’ai été très intéressée par l’architecture et les questions d’espace dans l’art, notamment chez les primitifs italiens et la façon qu’ils avaient de représenter les scènes intérieures ou, au contraire, les paysages. Ce à quoi je m’attache aujourd’hui dans mon travail sont essentiellement des questions d’échelles et comment l’ambiguïté de celles-ci change nos perceptions. Mes tableaux sont comme des installations peintes qui reflètent une prise de recul, une mise à distance des choses et du monde.

B!B!: Peux-tu nous parler un peu de ta technique?

Maude Maris: Jusqu’en 2009 je tirais des visuels d’internet, des moules industriels, de piscines par exemple, et je les représentais sur la toile en changeant leur échelle. Par la suite j’ai commencé à faire des moulages d’objets, de bibelots que je chine de-ci de-là, je les recoupe, les façonne et les transforme. Une fois ces petits moules effectués, je les insère dans une « boite », je les agence et les prends en photo. C’est à partir de cette photo que je peins. Ces moulages font respectivement partie de « familles », je les classe; il y a les « naturels », rochers et autres minéraux, les « faux-naturels » comme les faux rochers de zoo, « les ruines », les empreintes de corps, etc. On pourrait presque dire que chaque forme a son caractère, son identité propre.

Ce sont ces « caractères » qui jouent et se répondent entre eux une fois insérés dans l’espace. C’est une sorte de sociologie des formes et de l’espace, tantôt surpeuplée, tantôt chaotique ou au contraire hyper organisée. Le moment de la photo est enfin le dernier filtre avant la mise en peinture de ces formes et donc de leur changement d’échelle.

A cause du temps de séchage qu’exige la peinture à l’huile, je travaille toujours sur plusieurs grands formats à la fois et je dessine à la mine de plomb et au crayon de couleur sur papier de soie, (recto-verso pour donner des transparences et de fines matières), pendant que les grandes peintures sèchent.

Maude Maris, À deux

Maude Maris, À deux, 54×73 cm ,huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, À l'appui

Maude Maris, À l’appui, 185×250 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Agarde

Maude Maris, Agarde, 54×73 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Antre

Maude Maris, Antre, 54×73 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Clivages

Maude Maris, Clivages, 54×73 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Dans l'ombre

Maude Maris, Dans l’ombre, 52×72 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Diffusion

Maude Maris, Diffusion, 54×73 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Douceurs

Maude Maris, Douceurs, 52×72 cm, huile sur toile, 2013 ©

B!B!: Quel symbolisme se dégage de ton œuvre?

Maude Maris: Il n’y a pas de symbolisme, si ce n’est cette « sociologie de l’espace » et cette tension toujours présente entre abstraction et figuration qui est due aux changements d’échelle des objets représentés. Ma peinture a ce caractère photographique qui permet de penser que l’on reconnait les éléments tandis qu’ils nous échappent, ils ne sont pas précisément identifiables. C’est le rapport de l’homme à son espace et la perception de celui-ci qui est questionné. On peut voir dans mes peintures une obsession du rangement et de l’équilibre mais elles laissent aussi libre cours à l’imagination du regardeur qui peut déambuler mentalement entre toutes ces formes.

B!B!: Les couleurs que tu utilises sont fines et singulières, que peux-tu en dire?

Maude Maris: Parfois je bombes mes moulages mais pour ce qui est de la peinture je n’utilise pas de couleurs chaudes. Mes couleurs ont quelque-chose d’artificiel, je ne dirais pas qu’elles sont pastels ou acidulées mais plutôt « acides ». Elles sont en étroite relation avec la lumière. En particulier depuis cette année, j’utilise une lumière naturelle lorsque je photographie les éléments dans leur « boîte ».

B!B!: Quelles sont tes inspirations et références dans l’histoire de l’art?

Maude Maris: Les primitifs italiens et notamment Giotto pour la douceur et l’intensité de ses couleurs, les minimalistes, les photographes de la nouvelle objectivité allemande, et aussi Thomas Demand ou encore des artistes tels que Eberhard Havekost, Thomas Huber, Thomas Scheibitz, Luigi Ghirri qui a d’ailleurs photographié l’atelier d’un peintre dont les natures-mortes m’ont beaucoup inspirée: Giorgio Morandi.

B!B!: Donc si on te parle de paysages Daliniens, ou du moins surréalistes, tu te mets à hurler?

Maude Maris: Daliniens, en tous cas, oui!

Maude Maris, Fragment jaune

Maude Maris, Fragment jaune, 50×65 cm, crayon de couleur et mine de plomb sur papier de soie, 2013 ©

Maude Maris, Gemme

Maude Maris, Gemme, 54×73 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Inventaire

Maude Maris, Inventaire, 130×195 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, L'exploratrice

Maude Maris, L’exploratrice, 130×195 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Le Domaine

Maude Maris, Le Domaine, 130×192 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Liaison

Maude Maris, Liaison, 54×73 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Podium

Maude Maris, Podium, 130×195 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Premier plan

Maude Maris, Premier plan, 52×72 cm, huile sur toile, 2013 ©

Maude Maris, Profils

Maude Maris, Profils, 52×72 cm, huile sur toile, 2013 ©

B!B!: Et pour finir, nous avons l’habitude chez Boum! Bang! de terminer une entrevue par une sélection de questions, librement inspirées du questionnaire de Proust.

B!B!: En quoi voudrais-tu te réincarner?

Maude Maris: En poisson des abysses.

B!B!: Crois-tu en un au-delà?

Maude Maris: Au-delà des mots.

B!B!: Si tu étais un élément naturel?

Maude Maris: Le phosphore.

B!B!: Une œuvre d’art?

Maude Maris: Un fauteuil d’Eileen Gray.

B!B!: Un pays?

Maude Maris: La Micronésie.

B!B!: Une plante?

Maude Maris: Une cactée.

B!B!: Une femme célèbre?

Maude Maris: Une peintre, Georgia O’Keeffe.

B!B!: Un personnage de l’histoire?

Maude Maris: Champollion.

B!B!: Un sentiment?

Maude Maris: Un sentiment distingué!

B!B!: Une partie du corps humain?

Maude Maris: L’œil.

B!B!: Si tu pouvais inviter 10 personnes (mortes ou vivantes) à un diner, qui seraient-elles?

Maude Maris: Krishnamurti, Stefan Zweig, Rupert Sheldrake, Edward T. Hall, Georges Henri Pingusson, je m’arrête à cinq car je préfère les petits comités!

B!B!: Si je te dis Boum! Bang!?

Maude Maris: Bang! Bang! Comme la chanson de Nancy Sinatra.


Maude Maris, exposition « Réserve lapidaire », jusqu’au 21 décembre 2013 à la Galerie Isabelle Gounod, 13 rue Chapon, Paris 3°.

Maude Maris, vue de l'exposition « Réserve lapidaire »

Maude Maris, vue de l’exposition « Réserve lapidaire » © Galerie Isabelle Gounod

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