Justin Weiler regarde avec attention l’espace urbain, ses éléments architecturaux et les vitrines des magasins l’inspirent. Celles-ci constituent à la fois des frontières et des ouvertures entre l’intérieur et l’extérieur et l’amènent vers le travail du passage de la lumière. Au départ, son médium fut la peinture à l’huile, puis il s’est mis à découvrir les potentialités de l’encre de chine, notamment pour créer une distance, une profondeur et penser d’autant plus le support pour interroger le médium pictural. Il accorde une grande importance à la gestuelle, se confronte à l’espace de son support, dans un désir d’étendre le champ de la peinture et créer l’ambiguïté entre la profondeur et la surface plane. Chaque voyage, durant lequel il prête attention aux éléments de l’architecture, l’incite à découvrir de nouveaux outils pour développer des manières de peindre.

Lors de son voyage à Beyrouth, Justin Weiler fut saisi par les rideaux de fer marqués par des impacts de balles. Les lignes horizontales de ces rideaux sont alors marquées par une constellation de trous noirs. Réalisées sur papier Arches, marouflées sur bois, ces œuvres intitulées « Beyrouth », témoignent de l’histoire de ce pays.

Justin Weiler, Beyrouth, 2017

© Justin Weiler, Beyrouth, 2017, Encre de Chine papier Arches, encollé sur CP peuplier

Puis, dans sa série « Operire », il a laissé la place à la lumière. Le titre fait écho aux termes « couvrir, recouvrir, cacher, dissimuler ». Justin Weiler cherche à rendre visible ce qui est caché. Cette œuvre est en fait un protocole pictural dans lequel il choisit un même format, avec le même motif et la même source de lumière qui change du halo au faisceau jusqu’à interagir avec l’éclat lumineux du noir. Par l’accumulation des couches d’encre noir, il fait surgir les traces du temps.

Justin Weiler, Operire, 2017

© Justin Weiler, Operire, 2017, Encre de Chine sur papier Arches encollé sur CP peuplier, 217×90 cm x 20 panneaux

Justin Weiler, Operire, 2017

© Justin Weiler, Operire, 2017, Encre de Chine sur papier Arches encollé sur CP peuplier, 217×90 cm, 20 panneaux

Son voyage à Chypre l’a alors entraîné à observer les stores de commerces vides. De là est née la série « Screen », des œuvres réalisées à l’encre de chine sur verre. Ces peintures convoquent un espace entre-deux, « troisième espace », qui se révèle par couches de peintures, strates de recouvrement. Celles-ci conduisent à percevoir ce qu’il y a derrière la vitre.

Justin Weiler, Screen, 2017

© Justin Weiler, Screen, 2018, Encre de Chine sur verre, cadre aluminium 300×400 cm, vue de l’exposition Décade, commissariat: Clara Pagnussatt et Guido Romero Pierini, crédit photo: Julien Maisonnier

Chaque œuvre de cet artiste joue sur des cadres, entre en résonance avec le lieu qui l’accueille et redessine des lignes dans l’espace. La lumière et les reflets amènent une complexité à sa peinture et invitent à un déplacement ainsi qu’à une concentration du regard.

De plus, Justin Weiler utilise la plante, tel un alibi lui permettant de provoquer l’impression d’un espace clôt. La « Grande Serre », constituée de plusieurs cadres de différents formats, à l’encre de chine sur papier, nous place face à une vitre où les plantes sont enfermées et ne peuvent alors que faner.

Justin Weiler, La grande Serre, 2015

© Justin Weiler, La Grande Serre, 2015, Encre de chine sur papier Arches, cadre chêne brut teinté, 272×411 cm, crédit photo: Julien Maisonnier

Son intérêt pour les serres a donné naissance à « Ad Retro ». Avec cette œuvre-architecture, l’artiste va encore plus loin dans le développement de son travail sur les vitres comme espace entre, qui n‘ « abrite rien ». Il a recouvert les vitres d’un Blanc de Meudon, matière qui ne se fixe pas. Au fur et à mesure des gestes de recouvrement, se révèlent les strates de niveaux de blancs. Rétro-éclairée, cette installation joue sur une tension entre une technique qui à la fois masque, cache et révèle.

Justin Weiler, Ad retro, 2017

© Justin Weiler, Ad retro, 2017, Blanc de Meudon, verre, aluminium et néon, 215x257x193 cm

Justin Weiler, Ad retro, 2017

© Justin Weiler, Ad retro, 2017, Blanc de Meudon, verre, aluminium et néon, 215x257x193 cm

Avec le « Bouquet pour Annie », une œuvre composée d’un ensemble de 81 panneaux à l’encre de chine représentant une plante, Justin Weiler revisite la culture du bouquet de fleur, vanité, et exprime le rapport au temps qui passe. Cette œuvre incarne une tension entre une structure des lignes des différents cadres qui la composent et l’organicité du végétal. En fonction des espaces où elle est exposée, celle peinture-installation prolonge et répond à l’architecture.

Justin Weiler, Bouquet pour Annie, 2017

© Justin Weiler, Bouquet pour Annie, 2017, Encre de Chine sur papier Arches encollé sur CP peuplier, 395×295 cm, commissariat: Clara Pagnussatt et Guido Romero Pierini, crédit photo: Julien Maisonnier

Par ailleurs, Justin Weiler étend les relations entre la peinture et la sculpture dans la série « Mapp ». D’un geste franc, il creuse la matière et révèle des textures et une volumétrie en fixant du mortier adhésif et des pigments noirs. L’épaisseur du rideau de fer trouve ici une nouvelle forme, plus organique, avec une impression de mouvement. Cette œuvre incarne une multitude de strates de matières, qui débordent. Cette pièce évoque également un relief de paysage et suggère l’empreinte d’un sol.

Pour l’artiste, le support est important pour penser l’œuvre. Il déploie différents gestes et relations au corps vis-à-vis de sa peinture: le geste franc avec un outil dans la matière, la répétition de recouvrements jusqu’à la minutie d’une peinture détaillée. La matière picturale, de plus en plus fine et par succession d’une multitude de couches, amène la lumière.

Justin Weiler, Mapp, 2017

© Justin Weiler, Mapp, 2017, Mortier adhésif et pigment, 41×31 cm, commissariat: Clara Pagnussatt et Guido Romero Pierini, crédit photo: Julien Maisonnier

Justin Weiler, Mapp, 2017

© Justin Weiler, Mapp, 2017, Mortier adhésif et pigment, 41×31 cm, commissariat: Clara Pagnussatt et Guido Romero Pierini, crédit photo: Julien Maisonnier


Prochaines expositions de l’artiste:
One view
du 11- 18 mars 2019
Commissariat Henri Guette
Galerie Vitrine 65
65 rue Notre Dame de Nazareth – Paris 3e

Drawing Now Art Fair 2019
du 28 mars – 31 mars
Galerie Provost-Hacker

MAES Architecte (dates à confirmer)
Commissariat Host invitation d’artiste
inauguration de « La Grande Serre »
Sur invitation contacter host.invitationsdartistes@gmail.com

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