Avec Jo Schwab l’érotisme est sensé perdre de sa solidité, le dehors et le dedans deviennent des notions qui ne fonctionnent plus tant il y aurait des altérations moins de surface que d’intentions. Le corps perd de sa substance, de sa solidité, l’idéalisme y gagne même si la force d’apparat du corps reste patente. Bref la photo de nu prend chez Jo Schwab un caractère métaphysique revendiqué par l’artiste puisque le corps de la femme devient la preuve de l’existence de Dieu. Réaliste, la photographie se revendique comme métaphore de la perfection. D’où la force de ce face à face qui « rejoue » le corps moins pour le figurer que le « trans-figurer » en un effet de sidération et un « mixage » d’envoûtement, d’attraction, de désir et d’interdit (puisque la femme devient une sorte de sainte).

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La création se veut la creux-ation du sentiment amoureux déliquescent pour le remplacer par un ordre de la grandeur divine. Il n’est pas une simple image mais icône. Chaque modèle devient ainsi présence de l’absence, présence in absentia où se manifeste une autre présence mais sans qu’aucune clé ne soit jamais donnée. L’aspect soigneusement marmoréen des portraits évacue (du moins théoriquement) la brutalité des sensations. Et par l’habileté de sa technique, Jo Schwab crée un art de la séduction paradoxale en un besoin de totaliser des spéculations conscientes et inconscientes. Néanmoins  la femme nue demeure une sainte des plus paradoxales. L’artiste entend y  totaliser toute la douceur et la beauté du monde au sein d’une pluralité de modèles. Mais dans cet engloutissement d’états les plus intimes (qui appartiennent autant au monde des faits qu’à celui des rêves), les photographies peuvent  s’ouvrir autant à une contemplation purement esthétique et idéale qu’à une vision où le grain de peau ramène à des considérations plus « pratiques ». Les dégradés du noir au blanc laissent surgir une prise exponentielle dont il ne sort pas indemne.

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La chair serait donc âme de l’âme. Mais cela demeure néanmoins difficile à démontrer. La débandade des horizons érotiques veulent suggérer les confins où s’amorce la promesse d’une odeur de sainteté. Ce qui n’empêche pas le regardeur de se retrouver le cul entre deux chaises. Comment faire autrement d’ailleurs face à des images où surgit des rappels forcément stéréotypés? Difficile de saisir le nu sans se nouer à ses entrelacs, ses enchâssements qui font enfler l’ombre. Chaque pan d’ombre vit là où les formes croisent leurs langues fragiles et drues sur le fusain frais des lisières de la nudité qui témoigne autant d’une chute, que d’une remontée. Quelque chose contraint la pensée à plier. Les formes et les ombres contredisent le temps en embrassant tout l’espace. Nous voici dans le moins du monde ou plutôt dans son intégralité.

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