Le corps, ce point d’ancrage auquel on se réfère pour s’appréhender comme soi, se transformer, se gérer, se dépasser aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Ce point d’ancrage aussi qui permet de constater et de mesurer les changements et les tensions qu’induisent le temps et nos sociétés. Noueux, jeunes, opulents, graves, marqués par les années, les corps d’Hervé Szydlowski vivent et respirent. « L’éthique du corps et le côté plasticien pur me permettent de parler du corps comme quelque chose qui se suffit à lui même, » nous explique le photographe mais aussi dessinateur et sculpteur, bientôt âgé de cinquante ans. Une démarche à rebours du matérialisme glacé, sur lequel viennent buter ces corps malmenés, idéalisés et retouchés que les médias ont réussi à faire accepter comme « norme. » L’âme a quitté ces corps. Des corps qui nous mettent face à une réalité nue, brutale que nous ne parvenons plus à nous approprier, car la dimensions symbolique et métaphorique qui permettait la représentation n’est plus. A travers ses clichés, Hervé Szydlowski réhabilite une réalité qu’on croyait perdue, celle du corps des origines, sans artifice.

Et tout commence par une rencontre. Lorsque le photographe arrive dans un village naturiste pour donner des cours de dessins, il découvre et « accède à tous ces corps », matière et socle de son travail. « Je ne suis pas enfant de naturistes. Je suis arrivé à trente-cinq ans dans un village naturiste pour donner des cours de dessin.  C’est pour cette raison que j’ai pu me permettre de faire ça, que je l’ai abordé avec une sorte de fraicheur. Je n’étais pas lié  au naturisme. » Puis, vient la naissance. « Soi. » Des triptyques qui sont autant de témoignages de tranches de vie, d’une condition humaine universelle. Les trois âges de la vie, toujours en trois temps. Il y a d’abord le temps des présentations. Tout en délicatesse, Hervé Szydlowski travaille les volumes et les ombres et inscrit ainsi ces corps dans une histoire, dans leur histoire. Puis, les yeux fermés, dans une profonde inspiration, le sujet s’affirme comme « être au monde ». Enfin, dans la lumière, il vous invite à discuter avec lui. Une invitation qui ne se décline pas parce que salvatrice. Elle nous révèle tout ce qui est en nous et que nous ne voulons pas voir: des êtres de chairs, d’une intolérable banalité, qui vivent et qui meurent. C’est ainsi que nous faisons l’expérience de la solitude. Une solitude que le photographe a dépassée et qu’il nous propose d’appréhender, en communiquant autour de nos propres craintes. Lui-même parle « d’antidote puissant ». « J’ai trouvé quelque chose qui me va assez bien avec la figuration. Je fais de  l’art et je ne suis jamais seul ». L’artiste se fait le porte-parole d’une humanité dans le déni malgré elle, en lui donnant accès à une vérité qui lui est refusée. Défi d’un « non-aligné ».

Soi n°11, 2007, Hervé SzydlowskiSoi n°11, 2007, Hervé Szydlowski ©
Soi n°1, 2006, Hervé SzydlowskiSoi n°1, 2006, Hervé Szydlowski ©
Soi n°6, Hervé SzydlowskiSoi n°6, Hervé Szydlowski ©
Deux n°2, 2009, Hervé Szydlowski Deux n°2, 2009, Hervé Szydlowski ©
Un n°8, 2011, Hervé SzydlowskiUn n°8, 2011, Hervé Szydlowski ©
Hervé SzydlowskiHervé Szydlowski ©
Trois n°1, 2008, Hervé SzydlowskiTrois n°1, 2008, Hervé Szydlowski ©
Un n°1, 2007, Hervé SzydlowskiUn n°1, 2007, Hervé Szydlowski ©
Un n°2, 2007, Hervé SzydlowskiUn n°2, 2007, Hervé Szydlowski ©
Soi n°6, 2006, Hervé Szydlowski Soi n°6, 2006, Hervé Szydlowski ©
Soi n°30, 2010, Hervé SzydlowskiSoi n°30, 2010, Hervé Szydlowski ©

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