Harold Guérin s’intéresse à nos façons de représenter le territoire, de le saisir et de se l’approprier. Il interroge les relations des individus au paysage, en vue d’un voyage et d’y projeter son imagination. Par le biais du dessin, de la sculpture, de la vidéo et de l’installation, il s’attache à jouer sur des troubles de la perception. Dans ses œuvres, cartes, niveaux à bulle, appareils photo, instruments de mesure et de représentation, sont alors détournés de leur fonction première. Les écarts se réduisent entre l’outil de mesure, l’image d’un territoire et l’expérience physique d’un lieu. Différentes temporalités sont au cœur de son travail, d’une action d’un objet à la lenteur d’un processus de prélèvement de matière issues de divers contextes, milieux en transition, paysages parcourus; l’artiste cherche à faire surgir une certaine mémoire des paysages.

Déplacements et voyages sont pour lui les points de départ d’inventions de protocoles. Il crée ses outils de prélèvement de traces, de matières, tels des fragments, témoignages d’un trajet. L’œuvre restitue la mémoire d’un passage sur le terrain. Harold Guérin affirme, dans ce sens, « dessiner avec le parcours ». Ainsi, « Summer trip » se présente comme une série de dessins qui nécessitent un travail du regard. Si à première vue, on n’y voit que du vide, s’approchant, on découvre une série d’éléments microscopiques. Ceux-ci sont en réalité les fines particules captées lors d’un voyage en voiture. Les éléments naturels endémiques se révèlent en se percutant sur le papier. Ils composent une sorte de paysage cosmique. Harold Guérin se mesure aussi à l’architecture des lieux où il intervient pour exposer. Réalisée à l’occasion de son exposition « Tropismes », à l’Angle Espace d’art contemporain « Evolvo mensurae », se fondait dans l’espace et le découpait: des mètres rubans insérés dans des volutes, éléments structurels et de décoration, descendaient le long d’un mur jusqu’au sol. Cette œuvre, redessinait le lieu par la mesure, créait des passages, des sortes d’obstacles pour le visiteur.

Harold Guerin, Summer trip

Harold Guerin, Summer trip, papier à gravure, particules présentes dans l’air, cadres et passe-partout, 50×70 cm, 2011-2014 ©

Harold Guerio, Evolvo mensurae

Harold Guerio, Evolvo mensurae, plâtre résiné, mètres rubans, dimensions variables, 2016 ©

Harold Guerio, Evolvo mensurae

Harold Guerio, Evolvo mensurae, plâtre résiné, mètres rubans, dimensions variables, 2016 ©

Harold Guerio, Evolvo mensurae

Harold Guerio, Evolvo mensurae, plâtre résiné, mètres rubans, dimensions variables, 2016 ©

De plus, dans ses œuvres, l’outil de mesure ou de captation du paysage est mis à l’épreuve, modifié, son aspect conceptuel disparaît. Dans la sculpture « Focus », l’objet devient fragment d’un lieu exploré. L’artiste opère un va et vient entre les différentes façons de chercher à nous repérer, à nous situer et à comprendre un lieu. L’appareil photo se retrouve dans plusieurs de ses œuvres. Objet de captation du réel, il véhicule nos envies constantes de vouloir conserver, ramener un fragment d’un lieu exploré. Dans sa pièce « Landslide », celui-ci apparaît par des trépieds, devenus éléments de composition d’une modélisation d’un éboulement de terrain.

Harold Guerin, Focus

Harold Guerin, Focus, multiple de 6 exemplaires numérotés et signés, prélèvements de terre, résine époxy, dimensions un exemplaire: 17x36x13 cm, 2015 ©

Harold Guerin, Landslide

Harold Guerin, Landslide, trépieds d’appareils photos, fragments de roche, 4mx2mx2m, 2012-2013 ©

Harold Guerin, Landslide

Harold Guerin, Landslide, détail, trépieds d’appareils photos, fragments de roche, 4mx2mx2m, 2012-2013 ©

De même, le choix du matériau l’amène à suggérer l’instabilité de nos villes. Il exploite les caractéristiques du papier de verre pour proposer de nouvelles manières de voir les transformations, la construction. Au salon Ddessin, la série « Abrasives », donne à voir à la fois comme des nuages ou d’autres phénomènes naturels. Retirant progressivement la matière, l’artiste fait naître une image troublante, un potentiel paysage où des formes évidées suggèrent du bâti… Cette œuvre est née d’une attention portée à la destruction de bâtiments modernes. Par sa technique de sculpture dans la matière du papier, Harold Guérin met en évidence un certain échec de l’architecture, celle-ci devient poussière. Ses œuvres laissent un champ libre d’interprétation et réagissent au contact de la lumière, incitant le spectateur à se déplacer pour y voir d’autres choses.

Harold Guerin, Abrasives, feuille de papier de verre contre-collée sur mdf, 30×40 cm, 2015 ©

Dans son œuvre « Magnitude », le papier de verre était ôté de son support pour produire un effet de perturbation de l’image. Sur des ponceuses électriques, des vues de chantier de construction se révèlent au grès de l’attention du spectateur. L’objet s’active en sa présence, le surprend, l’arrête et l’incite à prendre le temps d’essayer de saisir ce qui se présente à sa vue. Mis en mouvement, il est ainsi moteur de brouillement de la photographie.

Ainsi, les œuvres d’Harold Guérin sont dans une sorte d’entre-deux, dans une forme d’instabilité. Au fond, celles-ci révèlent un certain état de notre société actuelle, des territoires qui se modifient en permanence, en proie au renouvellement trop rapide, à une construction qui devient de plus en plus précaire. par ses interventions sur l’image, l’artiste met en évidence nos façons de nous approprier le territoire.


L’artiste est actuellement en résidence artistique de médiation du 13 mars au 1er juin 2017
Le partage des eaux | Parcours artistique dans les Monts d’Ardèche
Parc naturel régional des Monts d’Ardèche

Ses œuvres sont également présentées lors de l’exposition collective « Les horizons alternatifs » à Strasbourg, commissariat Vincent Verlé
Exposition du 6 au 31 mars 2017