Ancien élève de l’ECAL, Emile Barret flirte avec les formes mais ne les épouse jamais. Il propose une œuvre protéiforme aussi macabre que drôle. Le kitsch y fait merveille: parfois il est poétique et enfantin. Parfois radicalement gore. C’est un ravissement pour l’esprit et pour l’œil pour peu que le premier ne soit pas bégueule et  le second coincé. Emile Barret nous amuse mais il va bien au-delà et laisse derrière lui la trop simple et franche rigolade. Certes difficile de ne pas voir en ces repas de famille (sous couvert de Sagrada Familia) des territoires de bandes dessinées plus ou moins apocalyptiques où il n’est pas question d’effeuiller la Marguerite (Duras ou Yourcenar). L’artiste préfère sécher un assassin en herbe pour en faire un chat foin.

© Emile Barret, Série « Sagrada Familia »© Emile Barret, Série « Sagrada Familia »
© Emile Barret, Série « Sagrada Familia »© Emile Barret, Série « Sagrada Familia »

Ce Tintin devient un tonton flingueur. Il se plait à tisser du mauvais coton de toutes les couleurs. Il rive le clou au bon goût et propose un érotisme partouzard. Néanmoins nulle mousson ne peut l’arrêter. Entre flaque et ciel de bonzes il peaufine la saucée de klaxons optiques et des canards laquées toxiques d’étranges factures. Chez lui mains et jambes ne sont jamais cadenassées. Pire même: elles tombent d’elles-mêmes et ressemblent à des nouilles géantes.

L’œuvre avance entre les bras du Rhône et ceux de Morphée pour fomenter rêves et cauchemars dans des mises en scènes minimalistes ou rococos. Des pétroleuses fonctionnent à l’huile de ricains. Pour les rejoindre chacun joue des coudes avec calme dans la cohue de divers codes mixés de bric et de broc en psycho pâte au las teint d’une cuisine ou en lard rond en foire aux lapins d’épices. Déambuler en un tel melting-pot est un délice. Les cygnes qui font signes ont perdus leurs plumages: ils sont transformés en pédalos. Les nappes de verdure sortent non de la nature mais d’un magasin « Quatre murs » pour former des chromos pour  touristes égarés. Mais qu’importe grâce à l’artiste le juste ment et le roman tique.

Emile Barret, le marché© Emile Barret, Série « Le marché »
Emile Barret, le marché© Emile Barret, Série « Le marché »
Emile Barret, le marché© Emile Barret, Série « Le marché »
Emile Barret, le marché© Emile Barret, Série « Le marché »
Emile Barret, le marché© Emile Barret, Série « Le marché »
Emile Barret, le marché© Emile Barret, Série « Le marché »

Loin des vernis sages Emile Barret propose donc cours de mirages, courses aux miracles et sornettes d’alarme. Tintin n’est plus ici mais il reste avec d’autres « holly » brius. Ces sombres et saint héros troquent leurs ailes pour des zèles de désir, des zestes déplacés en des boîtes à clans ou des folies bergères sauce piquante. Voire au bar d’une maison glose, d’un Ritz amère ou sur des tombes à retardement. Des femmes grouillent sur des gradins zoologiques sans être dégradées ni dégrafées pour autant. Ce qui ne les empêche pas de tendre leurs lèvres pour des bises cornues à des messieurs chauves à l’intérieur de la tête en pleine apnée juvénile qui en attendant une occase boivent des sodas inconnus (au goût roux).

Joue contre jour l’aventure de Emile Barret suit son cours. C’est un pur délice. L’émotion s’organise selon divers « process » en des séries jamais closes. Emile Barret sait jouer de l’écart qui existe toujours entre ce que les images feignent de montrer et ce qu’elles disent vraiment. C’est là en effet que se situe l’impondérable qui donne à l’art son nécessaire et jouissif bon non-sens. Au réel l’artiste accorde non du surréel mais une fantasmagorie aux lumières fluorescentes de bordels (du moins tel qu’ils existaient dans un monde qu’on disait meilleur). Le tout sous exaltation farcesque mais grandiose. La lune absorbe ce que le soleil émet au sein d’étranges scènes fœtales où se livre l’affrontement de Venus et d’Uranus.

Emile Barret, Urna© Emile Barret, Série « Urna »
Emile Barret, Urna© Emile Barret, Série « Urna »
Emile Barret, Urna© Emile Barret, Série « Urna »
Emile Barret, en attendant la pluie© Emile Barret, Série « En attendant la pluie »
Emile Barret, en attendant la pluie© Emile Barret, Série « En attendant la pluie »
Emile Barret, en attendant la pluie© Emile Barret, Série « En attendant la pluie »
Emile Barret, en attendant la pluie© Emile Barret, Série « En attendant la pluie »
Emile Barret, en attendant la pluie© Emile Barret, Série « En attendant la pluie »
Emile Barret, en attendant la pluie© Emile Barret, Série « En attendant la pluie »
Emile Barret, en attendant la pluie© Emile Barret, Série « En attendant la pluie »

Dans chaque quadrature de l’artiste et en ses cercles viciés l’univers est construit de manière superbement irrationnelle en des suites de mutations. À la spiritualité est préférée une présence du corps dont l’élan dépasse le vécu quotidien. L’art devient celui de la divergence. Il rappelle que tout se tient en tout ce qui se délite et dérape. L’imaginaire devient la mécanique infernale pour que le réel éclate de rire ou d’horreur en des suites d’éléments perturbateurs. La moitié nocturne des images est mise en évidence au milieu du scintillement de « ruines » ou de décors qui singent d’extraordinaires cérémoniaux burlesques ou Grand-Guignol. Des astres bizarres planent, tout se fait à contretemps. Et si la vie se défait au dehors de l’art, en lui (du moins tel que Emile Barret le crée) elle reste irréversible.

Emile Barret, the mountain and the shell© Emile Barret, Série « The mountain and the shell »
Emile Barret, the mountain and the shell© Emile Barret, Série « The mountain and the shell »
Emile Barret, the mountain and the shell© Emile Barret, Série « The mountain and the shell »
Emile Barret, the mountain and the shell© Emile Barret, Série « The mountain and the shell »
Emile Barret, the mountain and the shell© Emile Barret, Série « The mountain and the shell »

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