On remarque les particularismes d’une époque à sa façon de se représenter. Pour la fin du 19e siècle, on pourrait nommer Sarah Bernhardt et Oscar Wilde. Dire que ces deux personnages ont chacun à leur façon incarné l’esprit de leur temps est une chose qui peut se faire et qui se fait assez facilement aujourd’hui. Dire que ces deux personnages ont chacun à leur façon incarné l’esprit de leur temps est même devenu un lieu commun. C’est qu’on oublie assez vite le scandale et la rupture qu’ils incarnaient, leur façon réellement non conforme de vivre en société. C’est qu’on se souvient surtout de ce qui nous reste, de l’emprunte visuelle qu’ils ont laissé grâce à des artistes comme Alfons Mucha ou Aubrey Beardsley.

Alfons Mucha, Portrait de Sarah BernhardtAlfons Mucha, Portrait de Sarah Bernhardt ©
Aubrey Beardsley, The platonic lament, illustration de Salome, Oscar Wilde, 1894 ©

Difficile aujourd’hui de savoir ce qui peut encore choquer, la sortie du 19e siècle semblant s’être faite dans une montée crescendo vers les années 70-80 avec les caves de jazz à Saint Germain, les abus des beatniks, le psyché des hippies et le garage rock des punks à crête. Comment en effet aller plus loin que le collier à pics et la batte de baseball ensanglantée? Cette question, un peu absurde, semble pourtant être un passage nécessaire pour qui veut encore exprimer la substantifique moëlle de son temps. Et si Elzo Durt, illustrateur et graphiste d’origine belge, a sa place dans cette réflexion, c’est que son travail a tout d’une réappropriation des travaux de ses ancêtres, sauce scandale.

Sans jamais céder à la tentation de la redite, Elzo Durt semble s’inspirer d’illustrations vintages d’époques poussiéreuses pour mettre en exergue ce qui caractérise la notre. Travaillant au service d’une culture underground, bruyante et exigeante, Elzo Durt produit affiches, flyers et autres pochettes de disques pour les protégés des très bons Born Bad Records. Quand il ne met pas son talent au service de ses équivalents musicaux (parmi lesquels: Frustration, Yussuf Jerusalem, Cheveu ou encore Jack Of Heart), Elzo Durt nous rappelle par exemple que la Belgique n’est pas que le pays des frites (voir ci-dessous Elzo Durt, Drapeau pour exposition, 2011).

Elzo Durt, Drapeau pour exposition, 2011Elzo Durt, Drapeau pour exposition, 2011 © Elzo Durt
Elzo Durt, Frustration, 45t, Midlife Crisis, 2010 Elzo Durt, Frustration, 45t, Midlife Crisis, 2010 © Elzo Durt
Elzo Durt Born Bad Night, Rockerill, Charleroi 2011Elzo Durt, Born Bad Night, Rockerill, Charleroi, 2011 © Elzo Durt

Onirique, urbain, esthétique, Elzo Durt s’inscrit en plein dans son temps et met en images les univers de ses contemporains. Et lorsqu’on pense avoir fait le tour avec ses images percutantes, on découvre avec joie la beauté pure et sensuelle des fresques qu’il a créé pour la session 2010-2011 des Sessions On Ice  la Patinoire Pailleron – là où on passe de la « musique pointue pour patinage cossu« .

Son rapport avec l’exigence d’une culture underground défrise jusqu’à Paris où certaines de ses œuvres sont visibles jusqu’au 4 Mars 2012. Il fait en effet partie de la sélection d’artistes présentés à la Halle Saint Pierre dans le cadre de l’exposition Hey! Modern Art & Pop Culture, organisée par le magazine éponyme.

Elzo Durt, Fresque, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010Elzo Durt, Fresque, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010 © Elzo Durt
Elzo Durt, Fresque 1, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010Elzo Durt, Fresque 1, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010 © Elzo Durt
Elzo Durt, Fresque 2, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010 Elzo Durt, Fresque 2, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010 © Elzo Durt
Elzo Durt, Fresque 3, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010 Elzo Durt, Fresque 3, On Ice 2010-2011, Patinoire Pailleron, 2010 © Elzo Durt

Si, de notre époque, il doit rester une trace illustrée, Elzo Durt semble l’avoir incarnée. Visiteur des mythologies contemporaines et passées, connaisseur de nos cauchemars comme de nos fantasmes, Durt (qui sonne comme « dirt », « sale » en langue anglaise) nous traine dans la boue de notre temps et en tire un portrait splendide et sensible comme un rasoir.

Elzo Durt, AMMOK, Green Mamba, Spank Me Records, 2011 Elzo Durt, AMMOK, Green Mamba, Spank Me Records, 2011 © Elzo Durt
Elzo Durt, Untitled, 2011Elzo Durt, Jack Of Heart, In Yer Mouth, Born Bad Records, 2011 © Elzo Durt
Elzo Durt, F.K.L. WE EAT CANNIBALS, Boumcrash Records © Elzo Durt
Elzo Durt, Hellvis, 2010Elzo Durt, Hellvis, 2010, © Elzo Durt

Pour voir quelques unes des oeuvres d’Elzo Durt:

Hey! Modern Art & Pop Culture

Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard – 75018 Paris
M° : Anvers, Abbesses

Du 15 septembre 2011 au 4 mars 2012

Cette pochette de l’album Only seven inches for your girlfriend? du groupe rock Jack of Hearts n’est pas d’Elzo Durt mais de Sylvain Bureau. Cet artiste belge fait partie des jeunes illustrateurs que le label Teenage Menopause Records, fondé par Elzo Durt et Froos, promeut. Elzo Durt, bien que fondateur du label, souhaite offrir une visibilité accrue à des artistes méconnus et dont le travail, à l’image de celui de Sylvain Bureau, gagne à être reconnu. Et on applaudit le geste!

Sylvain Bureau, Jack of Heart - Only seven inches for your girlfriend? Teenage Menaupause RecordsSylvain Bureau, Jack of Heart – Only seven inches for your girlfriend? © Teenage Menaupause Records

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