À côté de la recherche d’une quelconque boîte noire susceptible de révéler les paramètres des catastrophes, Demiak tente de dégager le caractère flagrant du désastre. Il a aussi la puissance de métamorphoser les paysages cadavres en une vision « avènementielle » empreinte de sobriété fortement poétique. Le paysage mortifère est transformé selon un protocole précis qui débouche sur l’éclosion d’œuvres « paysagères » particulières.

Diverses thématiques picturales et temporelles s’y synthétisent. Exit la déploration, la lamentation face à des tombeaux collectifs. L’artiste crée un chiasme afin de proposer une vision d’un temps à l’état pur au sein même d’un cheminement de l’ « accident ». L’essentiel tient aux coloris très souvent diaphanes. Ils manifestent la solidarité profonde du paysage où se développe une esthétique plus de l’après que de l’avant. Le créateur fait donc toucher les douleurs du temps en ne se contentant pas d’en être un simple témoin.

Formes et couleurs lévitent dans un paysage aux lumières de limbe ou de nuée.

Demiak

© Demiak

Demiak

© Demiak

Demiak

© Demiak

Demiak

© Demiak, série: Malaysia

Demiak

© Demiak, série: Malaysia

De l’utilisation de petits formats pour éviter pathos et sensationnalisme surgissent des villes dévastées sur un mode plus intime. L’artiste danois revisite la peinture d’histoire et de paysage à l’ombre (ou la lumière) des risques écologiques qui couvent. En faisant parcourir ces lieux, en les fixant l’artiste remplace la mort par la vie. Mais il y insère des trophées qui rappellent à l’éphémère au sein de paysages sur lesquels le temps pourrait ne plus avoir de prise. Le trophée est donc traité comme l’image elle-même: « intima spelunca in intimo sacrario ».

Rares sont donc les artistes qui dans leur choix esthétique et thématique peuvent aller si loin que lui. En leur ouate comme dans la lumière plus tranchée la fascination opère. Le paysage est une mère-perlée. C’est un paysage qui nous entoure et nous le possédons soudain comme il nous a possédés par le détour d’images qui deviennent objets d’aimantation et de propulsion. Demiak représente de manière emblématique la demeure  du monde ou ce que Georges Didi-Hubermann nomme son « aître »: à savoir non pas ce dans quoi nous habitons mais ce qui nous habite et nous incorpore.

Demiak

© Demiak, série: Dreamland

Demiak

© Demiak, série: Dreamland

Demiak

© Demiak, série: Dreamland

Demiak

© Demiak, série: Dreamland

Demiak

© Demiak, série: The Big Blow

Demiak

© Demiak, série: The Big Blow

Demiak

© Demiak, série: The Big Blow

Demiak

© Demiak, série: The Big Blow

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