Dans l’œuvre du jeune peinte roumain Dan Voinea s’émettent la volonté d’un achèvement impossible et la puissance de contrecarrer la disparition d’une existence profonde. Cette approche générée par une peinture au réalisme fantastique, au lyrisme certain mais expressionniste et théâtral, cultive un baroque particulier. Toute une germination prolifère là où un simple fauteuil de cinéma ou une échelle de piscine peuvent parfois servir de personnages. Peu importe que l’artiste donne ou non à ces objets le sens d’une liaison, d’une assise. Il s’agit surtout de créer par l’anodin un paradoxal changement de décor entre le cristal et la fumée, entre l’ordre et le désordre.

Dan Voinea, Blooper© Dan Voinea, Blooper,  huile sur toile, 100x120cm, 2012
Dan Voinea, Crosswords© Dan Voinea, Crosswords, huile sur toile de lin, 140x130cm, 2012
Dan Voinea, Game over© Dan Voinea, Game over, huile sur toile de lin, 140x150cm, 2012

Le mot « risque » se glisse dans de telles images. Elles deviennent le lieu naturel d’exploration des passions humaines. Chaque œuvre est un éboulis et une muraille d’énigmes volontairement soustraits au monde médiatique et à ses manipulations. Aimable ou non (ce n’est pas le propos), le travail de Dan Voinea dans ses volontaires brouillages de lignes fait bouger le monde. Paradoxalement l’intime y infuse sans cesse. Le secret en est l’effusion sous divers instances mais toujours sous formes de symptômes. En conséquence demeure perpétuellement le chant du sujet lancé sourdement ou de manière tonitruante. Contre la détresse du monde tel qu’il est et face à sa confusion l’artiste  montre que nous ne jouissons que dans l’inconfort, la rareté, l’incertitude. Sa technique elle-même  illustre cette sensation d’étrangeté et d’approximation. Elle provoque un saut dans le vide.

L’œuvre tente de sortir de la suffocation et de la terreur de toutes les idéologies. Elle crée de la déchirure et de l’hémorragie pour conjurer le sens qui nous échappe. Dan Voinea décime nos chimères. Son œuvre devient l’injonction plastique afin de ne plus sacrifier aux illusions des images institutionnalisées et aux arpèges de crooners plastiques qui nous bradent et soldent leurs ersatz. L’artiste en balaie la poussière par ses ellipses et laps. Son univers devient un partout et un nulle part. Peu à peu la vie exulte drôle d’absurde au milieu des impossibles et au sein d’une sorte de vertige.

Dan Voinea, A momentary rise of reason© Dan Voinea, A momentary rise of reason, huile sur toile de lin, 150x140cm, 2012
Dan Voinea, in absentia© Dan Voinea, in absentia, huile sur toile de lin, 150x130cm, 2012
Dan Voinea, Breakpoint© Dan Voinea, Breakpoint, huile sur toile de lin, 150x140cm, 2012
© Dan Voinea, Paso doble, huile sur toile de lin, 140x130cm, 2012© Dan Voinea, Paso doble, huile sur toile de lin, 140x130cm, 2012
Dan Voinea, Charade© Dan Voinea, Charade, huile sur toile, 120x100cm, 2012
Dan Voinea, Contest© Dan Voinea, Contest, huile sur toile de lin, 150x135cm, 2012
Dan Voinea, Playboy afternoon© Dan Voinea, Playboy afternoon, huile sur toile, 100x120cm, 2012
Dan Voinea, The streetcar scene© Dan Voinea, The streetcar scene, huile sur toile, 100x120cm, 2012
Dan Voinea, Cool embrace© Dan Voinea, Cool embrace,  huile sur toile, 100x120cm, 2012
Dan Voinea, Cool embrace 2© Dan Voinea, Cool embrace 2,  huile sur toile, 100x120cm, 2012

Il ne s’agit plus de  penser le monde comme une fable brisée. Il faut repartir pour l’existence. En faire son issue en d’imprévisibles abords. Aller un peu plus loin que l’endroit où nous regardons. Redevenir voyants grâce à des images volontairement et essentiellement « mal » posées. Les abrasions des quintessences platoniques de l’artiste dérangent notre façon de voir le monde et de le penser dans l’épaisseur des corps offerts au regard. Ne demeurent que des lacunes de lieux et d’objets afin d’éprouver le contact et la distance comme s’il s’agissait d’un courant d’air, d’un souffle de vent si lourd que l’atmosphère prend une densité de plomb. Demeure ce crépuscule où l’artiste nous égare. Nous ne pouvons évaluer notre position dans ses espaces, nous nous sentons perdus, dérobés au monde « objectif  »et à nous-mêmes.  N’est-ce pas là le seul « sentir  »: celui qui prend le corps, l’ouvre comme écrin à hantises?

Dan Voinea, Rookie© Dan Voinea, Rookie, huile sur toile de lin, 140x150cm, 2012
Dan Voinea, Evanescent© Dan Voinea, Evanescent, huile sur toile de lin, 140x150cm, 2012
Dan Voinea, Fresh angle© Dan Voinea, Fresh angle, huile sur toile, 100x120cm, 2012
Dan Voinea, Parade© Dan Voinea, Parade, huile sur toile de lin, 180x200cm, 2013
Dan Voinea, Performance© Dan Voinea, Performance 1, huile sur toile de lin, 150x180cm, 2012
Dan Voinea, Performance© Dan Voinea, Performance 2, huile sur toile de lin, 160x200cm, 2013
Dan Voinea, Performance© Dan Voinea, Performance 3, huile sur toile de lin, 200x180cm, 2013
Dan Voinea, The extras© Dan Voinea, The extras, huile sur toile, 100x120cm, 2012

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