Le surréalisme a beaucoup contribué au développement de la photographie artistique en France et dans toute l’Europe. Expérimentations, collages, jeux identitaires – les artistes, ou plutôt les personnalités curieuses de l’époque exploitèrent ce support comme un outil d’exploration. Figer le réel, le rendre dans son intégralité avec une précision que la peinture atteint difficilement, puis le tordre jusqu’à le faire exploser.
Claude Cahun, née Lucie Schwob à Nantes à la fin du XIXe siècle, a pris des photos de 1910 à 1954. Résistante, homosexuelle, curieuse et affranchie, Claude Cahun cherche, à travers son geste photographique, à se trouver, voire à se transformer. Grimée ou naturelle, l’artiste pratique l’autoportrait avec une frénésie proche de la compulsion. Que ce soit une façon de tenter d’échapper à l’oeuvre du temps ou plus simplement une façon de saisir un état transitoire, les clichés qui résultent du geste de Cahun sont toujours à la limite du choc sensoriel, dans cette zone floue qu’on appelle le poétique.
Oubliée jusque dans les années 80, Claude Cahun connait aujourd’hui un regain de succès comme en témoigne la rétrospective qui se déroula au Jeu de Paume du 24 mai au 25 septembre 2011. La variété des formes et des approches, est ce qui d’emblée ressort du travail de l’artiste. Écrivain, femme de théâtre et photographe, la diversité des pratiques artistiques de Claude Cahun pourraient apporter une explication à la démultiplication des types de clichés qu’elle a produit au cours de sa vie. Mais il faut peut-être inverser la question et se demander si ce n’est pas son approche de la vie qui s’exprime dans cette démultiplication, à la recherche d’un nouveau genre, le neutre. L’un de ses ouvrages majeurs en tant qu’écrivain, Héroïnes, commence en effet avec la phrase suivante: « L’Androgyne, héroïne entre les héroïnes« .
Ayant déménagé de Nantes à Paris dans les années 20, Claude Cahun fréquente le cercle des surréalistes et entretient des relations privilégiés avec des artistes comme André Breton, Henri Michaux ou encore Robert Desnos. Elle participera activement au mouvement artistique, poursuivant sa quête d’un genre unique, singulier: le sien.
Avec sa compagne, Suzanne Malherbe, connue sous le nom de Marcel Moore, elle explore le collage dont l’approche déconstruite est la plus à même de rendre la complexité de son être – dont on comprend à observer l’évolution de son oeuvre, qu’il est l’objet principal de son travail. Lorsqu’elles s’installeront à Jersey, en 1937, Claude et Marcel continueront leurs travaux avec une orientation de plus en plus politique. Résistantes, fondamentalement antifascistes, les deux femmes exploreront leur être non plus en tant qu’objet masculin/féminin mais en tant qu’objet sensible.
Pilier fondamental de l’évolution artistique du XXe siècle, Claude Cahun nous a offert des clichés intemporels, une porte ouverte sur son être et sur le notre.