Charlotte Charbonnel observe les phénomènes naturels et physiques, l’érosion, la formation du sel, l’évaporation… À la manière d’une géologue, elle cherche à faire remonter à la surface les couches, ce qui est caché, imperceptible, inaudible. Durant des voyages qui nourrissent ses réflexions, elle mène l’enquête et réalise des expériences avec des matières, selon les contextes ou la recherche qui l’y pousse. Son atelier ressemble à un cabinet de curiosités où images, éléments trouvés, schémas constituent un répertoire d’imaginaires possibles. Elle laisse agir le temps pour faire surgir des formes. Son travail tient de l’étude, de la recherche, de la découverte par l’expérience.

Les Concrétios révèlent l’action de l’eau qui fait naître des particules de sel. Chacun témoigne par sa forme de cristallisations de sel sur différentes cordes. Selon la fibre utilisée, le phénomène s’active différemment et donne ainsi à voir la structure qu’il recouvre. Chacune présente un type de paysage, du végétal à la glace.

Astérisme, Vues de l’exposition Essayer encore. Rater encore. Rater mieux, commissariat Marianne Derrien & Sarah Ihler-Meyer, Centre d'art contemporain, La Halle des bouchers, Vienne, 2016 © Charlotte Charbonnel, crédits photos Blaise Adilon

Astérisme, Vues de l’exposition Essayer encore. Rater encore. Rater mieux, commissariat Marianne Derrien & Sarah Ihler-Meyer, Centre d’art contemporain, La Halle des bouchers, Vienne, 2016 © Charlotte Charbonnel, crédits photos Blaise Adilon

Météaura 7, 2018, Série Météaura, 2018, Calcite sur ardoise, 30 x 20 cm, © Charlotte Charbonnel. Courtesy Backslash, Paris, crédit photo : Backslash

Météaura 7, 2018, Série Météaura, 2018, Calcite sur ardoise, 30 x 20 cm, © Charlotte Charbonnel. Courtesy Backslash, Paris, crédit photo : Backslash

Sonitus Aquae, Vue de l’exposition Sonitus Aquae, La Halle, Pont-en-Royans, 2018 © Charlotte Charbonnel

Sonitus Aquae, Vue de l’exposition Sonitus Aquae, La Halle, Pont-en-Royans, 2018 © Charlotte Charbonnel

Paleomancie, 2018, Acier (d'après compas d'épaisseur), 294 x 45 cm, Collection MACVAL, Musée d’art contemporain du Val de Marne, Vitry sur Seine, Vues de l’exposition Paleomancie, Backslash 2018 © Charlotte Charbonnel. Courtesy Backslash, Paris, crédits photos : Jérôme Michel

Paleomancie, 2018, Acier (d’après compas d’épaisseur), 294 x 45 cm, Collection MACVAL, Musée d’art contemporain du Val de Marne, Vitry sur Seine, Vues de l’exposition Paleomancie, Backslash 2018 © Charlotte Charbonnel. Courtesy Backslash, Paris, crédits photos : Jérôme Michel

Parfois, l’artiste se donne une règle, un protocole, pour donner naissance à des matières et privilégie également l’action de la nature pour maintenir son envie de surprise. Ses Meteaura présentent la trace de l’eau calcaire, témoignage de son écoulement sur des ardoises. Cette série relève d’un travail d’observation de la durée. Chaque ardoise a été exposée une semaine et la dernière, trois mois tel un nuancier temporel. L’art de cette artiste tient des associations de matières qu’elle réalise. Elle nous amène à nous poser des questions sur les puissances et fragilités des formes de la nature. Petra Aquae tient de la curiosité, une forme qui intrigue par sa fluidité et sa brillance. Cette pièce n’est pas sans rappeler un intérêt pour les formations géologiques. Elle s’ajoute parfois à des ensembles de pièces sculpturales pour composer un paysage des profondeurs de la terre, comme pour Sonitus Aquae.

Curieuse, exploratrice, elle prête attention aux éléments de l’architecture et à l’histoire du lieu qui l’accueille. Des détails, des caractéristiques, des systèmes conducteurs peuvent être le point de départ de ses installations. À la Maréchalerie, centre d’art contemporain de Versailles, elle intégrait le spectateur au dispositif d’un paysage glacé et d’une pièce sonore de vents. Avec Retrovision, elle composait un lien entre la baie vitrée et une installation de quatorze plaques de verre suspendues au-dessus du sol du centre d’art et prolongeait ainsi le niveau du sol plus haut l’extérieur. Le son emplissait l’espace et suggérait un vent qui circule. La charpente de la maison des arts plastiques Rosa bonheur de Chevilly-Larue à l’occasion de l’exposition Basculement des mondes, l’a incitée récemment à construire une œuvre qui fait écho à la forme de l’iceberg. Stigmergie est dans un entre-deux. Elle rend poreuse l’architecture, la transperce et révèle des failles. L’œuvre se perçoit autrement selon notre déplacement dans l’espace. Ce mouvement nous incite à admirer des endroits auxquels nous ne prêtons habituellement pas attention.

Son regard sur les éléments naturels et sa volonté de compréhension de l’environnement se double d’un intérêt pour les instruments de mesure, pour les outils d’auscultation des matières. Ces objets d’étude et de regard l’incitent à créer des œuvres qui condensent différentes sources et inspirent à différentes images, donnant naissance à de possibles modules qui se développeraient selon les lieux. Paleomancie est née de la forme du compas d’épaisseur. Elle est devenue un élément qui s’inscrit alors dans l’espace donnant à voir des lignes. Elle fait penser à une forme animale, à un squelette ou à une structure mécanique. Une ambiguïté que cultive Charlotte Charbonnel par le choix de ses matériaux.

Les œuvres de cette artiste renvoient à notre capacité à voir et à ce trouble qui peut naître des manifestations vaporeuses. La série des Nebulagrammes joue sur l’apparition et la disparition d’un nuage, capturé dans une vitre. Celui-ci se révèle à la lumière et selon notre position dans l’espace. L’œuvre implique notre attention à ce qui survient et qu’on tente de suivre du regard.

De l’immatériel, Charlotte Charbonnel explore des lieux difficiles, qui nécessitent une épreuve physique. Les spéléothèmes convoquent des transformations de cavités. Ses moulages en plâtres renvoient vers les profondeurs de la terre. L’artiste a pris l’empreinte de la stalagmite et ses sculptures peuvent être mises en relation entre elles, recomposant un micro-paysage.

Les titres de ses œuvres font écho à des phénomènes scientifiques tout en amenant une rêverie, un voyage. Charlotte Charbonnel invente des formes et choisit ses matériaux selon son observation de la nature et ce que lui offre l’architecture des lieux. Sa démarche frôle des questionnements scientifiques sur l’apparition et les changements des éléments tangibles et intangibles. De ses investigations sur le réel s’ajoutent à un goût pour la magie, pour l’illusion. Ses œuvres nous ouvrent des portes sur d’autres mondes, où de l’invisible se développent des structures qui sondent l’intérieur du lieu.

L’artiste s’intéresse également au cosmos et à des phénomènes lointains, à l’imperceptible. Des découvertes l’incitent à créer des formes qui matérialisent le son. Astérisme présente un système d’écoute par un dispositif de boules de verre, posé sur des hauts parleurs. A l’intérieur, des sons d’étoiles d’une partie de la constellation de la lyre qu’elle a récupérés d’un radioastronome de la NASA. Cette œuvre, qui s’adapte au lieu l’accueillant, convoque un mystère, une envie d’accéder au lointain, qui nous fascine.

Ses œuvres convoquent différents temps, celui de l’exploration d’un lieu, l’étape de la recherche et celle de la fabrication de la matière. Charlotte Charbonnel nous invite à prendre conscience des caractéristiques des éléments naturels, à percevoir les formations créées par le travail du temps. En appréciant la diversité des matériaux utilisés, nous nous interrogeons sur le passé ou le devenir des environnements que l’artiste a exploré. Ses œuvres nous invitent à redécouvrir l’espace où nous nous trouvons.

Nebulagramme 7, 2017, Impression laser à l'intérieur d'une plaque de verre, 24 x 30 x 1,5 cm © Charlotte Charbonnel. Courtesy Backslash, Paris. Crédit photo : Charlotte Charbonnel

Nebulagramme 7, 2017, Impression laser à l’intérieur d’une plaque de verre, 24 x 30 x 1,5 cm © Charlotte Charbonnel. Courtesy Backslash, Paris. Crédit photo : Charlotte Charbonnel

Astérisme, Vues de l’exposition Essayer encore. Rater encore. Rater mieux, commissariat Marianne Derrien & Sarah Ihler-Meyer, Centre d'art contemporain, La Halle des bouchers, Vienne, 2016 © Charlotte Charbonnel. Crédits photos Blaise Adilon

Astérisme, Vues de l’exposition Essayer encore. Rater encore. Rater mieux, commissariat Marianne Derrien & Sarah Ihler-Meyer, Centre d’art contemporain, La Halle des bouchers, Vienne, 2016 © Charlotte Charbonnel. Crédits photos Blaise Adilon

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