Que nous reste-t-il du passé, des gens croisés, des amants à moitié oubliés? Un geste, une pose, un regard – c’est en tout cas ce que semble nous dire la peinture de Carole Brémaud. Ses tableaux, dont la palette chromatique est réduite au strict minimum, sont  d’un réalisme intense. De ce réalisme non pas photographique qui reproduit au millimètre près le détail d’une vérité tangible mais de ce réalisme bien plus mental, fait du relief des traits particuliers, ces composantes de l’identité. Dans la série des tableaux d’hommes que nous livre ici Carole Brémaud, quelque chose s’exprime: ce qui reste après l’instant.

Ces hommes que l’on ne voit pas sur fond uni (effacer un visage relève d’un parti pris tranché: l’artiste choisit de ne pas représenter ce qui fait l’essentiel de la personne) ont pour point commun leur potentiel séducteur, leur aura. Comme si le jeu ici était de savoir qui du mystère insaisissable de l’être ou des mécanismes très pratiques de la posture importait le plus dans la construction d’une personnalité. En effet, la façon dont le pinceau de Carole Brémaud déconstruit le portrait n’est pas une porte qu’on nous claque au nez, elle n’est pas non plus un effacement du sujet. Bien au contraire, tout dans la construction de ces hommes est saisissant. Ces tableaux nous interrogent: est-ce l’individu représenté qui me séduit ou quelques traits mis en avant par une technique bien intégrée? Suis-je sous l’emprise de l’homme ou de la méthode?

Carole Brémaud, sans titre, 60-60cm, acrylique ©

Carole Brémaud

Carole Brémaud, Le col blanc, 60-60cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Le col blanc 1, 60-60cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Le col blanc 1, 60-60cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Le col blanc 2, 60-60cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Le col blanc 2, 60-60cm, acrylique ©

Si les couleurs ne vont pas sans rappeler les teintes chères à Francis Bacon, les traits sont en revanche bien plus structurés, comme ces hommes au « col blanc » dont on ne sait s’ils le sont en référence à leur statut de puissants bureaucrates ou parce qu’ils sont hommes carnassiers en tenue de chasse. Les titres, en français, anglais ou faux latin, semblent tantôt renvoyer à cette notion de rapport de force, de métaphore guerrière (Rocket Falls, Carnaseum, Herculanum) propre à la séduction tantôt à quelque chose de plus intime, comme essentiel (At the heart of it, Jeune homme). Reste que ces toiles semblent explorer le sensible: leur sujet, comme perdu dans les limbes de la mémoire, erre sur un fond sans bornes, vestige atrophié d’un sentiment violent – entre assurance, sensualité et désespoir.

En cela, la peinture de Carole Brémaud n’est pas très loin de la poésie d’un Thomas Vinau. Les hommes de Brémaud en effet, depuis les tréfonds de leur non-localisation, semblent remplir les codes de l’archétype masculin, virile et plein de testostérone mais, à y regarder de plus près, l’effacement de leur visage indique un déplacement du genre, vers une forme de douce fragilité – comme le révèlent les lèvres, les oreilles et les nez épargnés par le pinceau. Et  c’est ce contraste entre la vigueur du mâle séducteur et la douceur de son image qui donne sa dimension unique à la peinture de Carole Brémaud.

L’oxygène

« Un jour d’apné, il s’enfonça dans les bois. Branches lourdes de pluie. Terre boueuse. Gouttes froides dans son cou. Il marcha sans penser. En regardant les cailloux. Le sol spongieux, sale. Bientôt, tout disparut derrière lui, la voiture, le chemin, et ce qui l’avait amené là. Le silence devint bienveillant. Sur la mousse trempée d’un fourré sombre, il chia. L’oxygène revenait. En se relevant, un perdreau effrayé s’envola. Il resta ainsi longtemps, à regarder sa disparition dans le ciel. » Thomas Vinau

Carole Brémaud, At the heart of it, 40-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, At the heart of it, 40-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Rocket falls, 40-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Rocket falls, 40-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Charcoal, 95-70 cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Charcoal, 95-70 cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Ercolaneum, 40-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Ercolaneum, 40-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Carnaseum, 25-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Carnaseum, 25-40cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Herculaneum, 40-50cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Herculaneum, 40-50cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Le ruban blanc, 60-60 cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Le ruban blanc, 60-60 cm, acrylique ©

Carole BrémaudCarole Brémaud, Portrait d'un jeune homme, 40-70cm, acrylique ©

Carole BrémaudCarole Brémaud, Portrait d’un jeune homme, 40-70cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Jeune homme, 60-60 cm, acrylique ©

Carole Brémaud, Jeune homme, 60-60 cm, acrylique ©