« It is understood. You breaks the law because the law breaks you. » (AKA/TISLAM) (1)

À l’origine c’était le mot. L’identité. L’esthétique n’est venue qu’après. Quand le mot avait conquis le mur. Cri de minorités dans un contexte de crise raciale, sociale et identitaire. Phénomène générationnel. Les États-Unis, la Guerre du Vietnam, le rythm’n’blues, le rock, le hip hop, le sida, les hippies, la photographie couleur, les gangs. Toutes les sous et contres et grandes cultures du XXème siècle dont on n’a pas encore fait le tour. Il y a aussi un personnage principal: la ville de NYC, ses quartiers – Bronx, Brooklyn, Queens, Manhattan… Le train. Les classes moyennes et l’ennui de l’adolescence. Atemporel. Se définir dans un monde accéléré, codé, sclérosé. L’histoire de ce qu’on appelle le graffiti (2) mais qu’il faudrait qualifier d’Art de la Bombe (Aérosol) commence loin des magnificences de la peinture figurative classique, des Beaux-Arts et du musée. Elle n’a pas germé dans les galeries.

Axel Void, Life, Miami, 2014

Axel Void, Life, Miami, 2014 ©

Axel Void fait partie de cette nouvelle bouture très vingt et unième siècle qui vient transformer nos murs en œuvres d’art incontestablement splendides. Diplômé des Beaux-Arts à Cádiz, Grenade et Séville, Axel Void est né en 1986 à Miami d’une mère Haïtienne et d’un père espagnol. Il a commencé le street art en 1999. Il vit actuellement à Miami et a participé à l’Art Basel. Il ne nous parle pas d’un neighbourhood mais d’un personnage de comic book: Axel Void, celui qui se demande « How many gods will I have to kill today? » (3). Dans la vie professionnelle du street artist Axel Void, il y a eu d’emblée la galerie. L’oeuvre est protéiforme, référencée, pointue, complexe. On est très loin des gangs. Void c’est aussi vain, intersidéral-ement nul, ni fait ni à refaire. En creux. C’est sans fond, l’abîme. Et partir de là pour regarder les images qui nous font face dans les foires d’art ainsi qu’à l’entrée des gares serait un bon commencement. D’autant qu’en langage soutenu Void est un verbe intransitif qui signifie aller à la selle, déféquer. La note d’humour derrière la pratique magistrale rassure et humanise: on est donc face à une personne qui sait un peu ce qu’elle fait. Sensation qui s’accentue quand on voit le titre de l’une des série majeures d’Axel Void « Mediocre » à laquelle appartient par exemple la récente peinture murale « வாழ்க்கை » (Vie). Située à l’entrée principale de la gare de Greenways en Inde, ce gigantesque portrait représente Krishnaveni, une vieille femme qui vit et dort littéralement dans l’ombre du mur. C’est qu’à l’instar de ses prédécesseurs, Void pratique la peinture murale dans un but précis: sinon dénoncer, du moins mettre à jour certaines réalités.

Axel Void 5

Acel void, வாழ்க்கை ©

Axel Void 3

Axel Void ©

Souvent, le mot vient qualifier l’image. Calligraphie élégante, champ sémantique du quotidien: life, nobody, meat, home, mediocre, gray… On est du côté du neutre. Le sujet de la peinture est varié: il y a des reproductions de photographies ayant trait au passé, des portraits d’habitants du quartier, des formes plus abstraites comme en devenir. Le résultat, bien que sensément réaliste, semble déconnecté du vivant et la sensation étrange que produisent ces murs ressemble d’abord au souvenir. Comme si les mots, les couleurs et les lignes se croisaient au loin. Comme si le mur devenait le support d’un palimpseste ou que le peintre ne faisait rendre visible quelque chose qui suintait déjà des façades ou des rues du quartier investi. Il convient ici de noter qu’Axel Void ne se positionne pas comme un quelconque grand dénonciateur dans ses fresques. C’est d’abord un homme qui voyage et qui vit, une personne qui recueille les histoires qui lui sont contées et qui ensuite témoigne. De là la justesse de ce qui nous est donné à voir: aucun impératif dans le propos, juste un écho.

Axel Void, Gray

© Axel Void, Gray, huile sur toile, 200×200 cm, 2014

Axel Void, machette

© Axel Void, machette, Morelia, Mexique.

Axel Void, Pinerolo, Italie

© Axel Void, Pinerolo, Italie

Jaz & Axel Void, Miami

© Jaz & Axel Void, Miami, 2012

Nipper Street &  Axel Void

Nipper Street & Axel Void, Halsnøy, Norvège

Axel Void, Gray, Australia

Axel Void, Gray, Australia ©

Axel Void 11

Axel Void, Gray, Australia, détail ©

Axel Void, Gray, Australia, Detail

Axel Void, Gray, Australia, détail ©

En 2010, année où commence l’archivage des fresques d’Axel Void sur son site, un mur à la perspective inégale donne naissance à la peinture « Love » . En relief, un corps de femme allongé sert d’illustration et d’arrière plan à la phrase suivante: « Who needs art when you can make love ». Sauf que le corps est tranché en deux, que la bouche est bâillonnée, que l’un des pieds a quelque note ou billet coincé entre ses orteils, que les ombres et perspectives sont menaçantes. Que le mot « Love » vient se fondre dans la texture perturbante de la masse grisâtre qui surplombe un pubis sombre comme un puits sans fond. En 2014 ou 2015, aucune fresque murale aussi chargée en apparence. Un mot et une scène. La série « Mediocre » – consacrée principalement à la vie quotidienne du site où l’image se déploie – se voit complétée par « Gray ». Ici la question est moins de savoir comment peindre le quartier en se basant sur des informations que de réagir de façon instinctive au lieu (4). En résultent des formes plus abstraites et des ambiances plus sombres. Le réalisme glisse vers un endroit à mi-chemin entre le fantastique et l’abstrait: trait et couleur concentrés – tout semble plus serré.

Axel Void, Love, Malaga,2010

Axel Void, Love, Malaga, 2010 ©

En se tournant vers les oeuvres sur toile ou papier, quelque chose devient clair quant au travail d’Axel Void: sa pertinence. On retrouve sur ces formats tout ce qui venait habiter les fresques: la pureté, la précision, l’humour, la tendresse, la violence et le choc (sec comme un uppercut). Cependant, ce qui marque le plus est le changement constant de la texture. Le peintre se ferait ainsi architecte du sensible, arpenteur acharné: toujours fuir le connu, remettre en question le confort, trouver un endroit nouveau pour que le propos émerge – une nouvelle langue à chaque fois. Il ne faut donc pas se fier à la beauté de ce que l’on voit: l’enjeu est bel et bien de défier les dieux (ici, une société bien trop normée), d’arriver à transformer une sensation en propos, d’offrir quelque chose de nouveau et de juste.

Axel Void, nobody

© Axel Void, nobody

Axel Void, Nessuno, Rome, Italie

© Axel Void, Nessuno, Rome, Italie

Axel Void, Poliniza, Valence, Espagne

© Axel Void, Poliniza, Valence, Espagne

Axel Void, Bergen, Norvège

© Axel Void, Bergen, Norvège

Axel Void , Life

© Axel Void , Life

Axel Void, Living Walls Conference

© Axel Void, Living Walls Conference

Jaz & Axel Void

© Jaz-&-Axel Void

Axel Void 1

Axel Void ©

Axel Void 14

Axel Void ©

Axel Void 15

Axel Void ©

Axel Void, Hanged

Axel Void, Hanged ©

Axel Void, Knife

Axel Void, Knife ©

Axel Void, Knife, détail

Axel Void, Knife, détail ©

Axel Void 6

Axel Void ©

Axel Void 8

Axel Void ©

Axel Void 9

Axel Void, Elio ©



(1) « C’est entendu. Tu brises la loi parce qu’elle te brise. » Style: Writing from the Underground, (R)evolutions of Aerosol Linguistics, Stampa Alternativa/IGTimes, 1996

(2) « graffiti »de l’italien « graffiare »« griffer » –  « griffonnage sur un mur ancien, comme à Pompéi ou dessin ou écriture gravée sur un mur ou toute autre surface. » Idem.

(3) « Combien de Dieux vais-je devoir tuer aujourd’hui? » » Citation tirée du site de référence Marvel Wikia

(4) « Gray searches for the more instinctive and visceral ideas, without the boundaries of having the work fit into its surroundings. »

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