Les êtres peints par Antonio Lee sont collés puis s’étirant l’un de l’autre nul pour pouvoir se détacher. Mais l’espoir est impossible et face à eux le regardeur ne peut inférer de leurs qualités physiques et purement visuelles. Ils ont perdu leur autonomie dans leur induction. Sans doute ne se privent-ils pas de leur substance et de leur puissance de devenir mais elles sont néanmoins compromises… Si bien que les êtres deviennent monstres et fantômes au moment où leurs « ajouts » leur donnerait à priori sinon un supplément d’âme du moins de corps. Preuve que la fusion est dangereuse. La fraîcheur du singulier et de son enveloppe est subitement entravée. Si bien que les corps n’ont plus de corps à la fois par manque et par excès. Contenus et contenants n’entrent plus dans une substance propre. À la qualité se superpose une quantité dont chacun tente en vain de s’extraire. La phénoménalité du corps sort de lui-même pour se retrouver confit en cet objet hybride qu’il forme avec l’autre. Ce dernier est moins une altérité qu’un double. Indispensable d’abord l’autre est devenu son confus: aux ailleurs solidaires fait place la solitude épouvantable d’un magma. Ce dernier rappelle comment et combien « l’enfer c’est les autres ».

Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 96×123 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 100×140 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 60×90 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 100×130 cm, 2013

La proxémie a basculé dans une masse redoublée, une matière plastique. Elle ne s’offre plus à la coupure. Le corps en tant qu’ « être de substance » devient « objet de volume ». Il ne doit son existe qu’à  une autre masse adjacente. Les corps se retrouvent tels deux attributs conjugués. Antonio Lee procède donc à la scénarisation d’une forme de tragédie de l’individu dépossédé de qui il est. Tout référent personnel disparaît au profit de cette coagulation insécable. Le « plus » qu’aurait pu provoquer l’altérité est remplacé par une somme de pertes engendrées par les corps répliques et doublures. L’ostentation picturale traduit un malaise qui renvoie non seulement au corps mais à la conscience voire à la civilisation dans son entier.

Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 100×155 cm, 2014
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 110×170 cm, 2014
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 70×70 cm, 2014
Antonio Lee, huile et acrylic© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 75×60 cm, 2014
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 60×47 cm, 2014
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 70×70 cm, 2014
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 115×170 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 60×90 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 70×70 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 25×25 cm, 2013

La disparition d’un involontaire « siamois » serait le seul moyen aux deux éléments de redevenir originaux. Même si dans une telle conjecture cet original ne serait plus que sosie. Mais même ce rêve semble perdu. Le mal est fait. Les deux font la paire pour la perte autant de l’unité que de la dualité. Antonio Lee pousse donc par sa peinture le corps dans sa dimension réductible à un objet. À la différence et la disparité font place la ressemblance et la similitude. Si bien que l’être redevient masse sans substance, sans singulier. Le monde est donc verrouillé selon des horizons à la fois drôles et tragiques qui peuvent ouvrir à de nombreuses perspectives philosophiques et affectives. S’affranchir de toute borne revient à se laisser envahir. Peu à peu par absence de frontières l’éclipse de l’être plane. Certes il n’est bientôt plus seul mais il est tout autant un topos erratique, « boule bien ronde » ( aurait dit Samuel Beckett ) impuissant à sortir de sa nuit.

Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 100×120 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 100×70 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 40×50 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 100×140 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 70×70 cm, 2013
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 120×100 cm, 2012
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 120×100 cm, 2012
Antonio Lee© Antonio Lee, huile et acrylique sur toile, 100×120 cm, 2012

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