Une balade au Jardin des Plantes est sans doute l’une des choses les plus romantiques que l’on puisse faire à Paris. Sentir les fleurs de la roseraie, dessiner les flamands roses de la ménagerie, lire sous le kiosque, autant de douces occupations qui raviront les naïfs et les amoureux. Mais au détour d’un chemin, il se peut que soudain, on se retrouve face à face avec un combat sanguinaire, d’une violence sans pareille: Le Dénicheur d’oursons du sculpteur Emmanuel Fremiet (1824-1910) montre un ours furieux broyant un homme. La bataille est finie: les oursons sont tués, pendus à des cordes, l’ours est sur le point de mourir, un poignard planté dans son flanc, et l’homme succombe à la force animale. Cette statue exceptionnelle très narrative questionne le rapport qu’entretient l’homme avec l’animal. Le XIXème siècle est le siècle de Darwin: tout d’un coup, l’homme se retrouve animal parmi d’autres, il n’est plus la création magnifique de Dieu mais le résultat du processus de l’évolution, il doit lutter pour survivre. Le combat entre l’homme et l’ours questionne la puissance de l’homme. Qui est le plus fort? Qui mange qui?

Emmanuel Fremiet, Le dénicheur d'oursons, 1885, Bronze, Jardin des Plantes, Paris

Emmanuel Fremiet, Le dénicheur d’oursons, 1885, Bronze, Jardin des Plantes, Paris ©

Emmanuel Fremiet, Le dénicheur d'oursons, 1885, Bronze, Jardin des Plantes, Paris

Emmanuel Fremiet, Le dénicheur d’oursons, 1885, Bronze, Jardin des Plantes, Paris ©

Emmanuel Fremiet, Orang outang étranglant un sauvage de Bornéo, 1895, marbre, Galerie d'Anatomie Comparée, Paris

Emmanuel Fremiet, Orang outang étranglant un sauvage de Bornéo, 1895, marbre, Galerie d’Anatomie Comparée, Paris ©

Pour Ghyslain Bertholon que Boum! Bang! a pu interroger au vernissage de l’exposition Humal/Animain à l’espace Plateforme, l’animal se retrouve soumis à l’homme, à son absurdité. Il prend le contrepied du trophée de chasse en présentant non pas des têtes de cerfs mais des derrières de lapin, ceux-ci en série. «Au départ, l’anecdote c’est que j’ai été confronté enfant à des chasseurs qui ont tué des animaux devant moi, dont un canard blanc sur un lac. (…) En travaillant sur ces pièces-là, j’ai visité des élevages d’animaux en batterie, et j’ai fait cette série sur les animaux, tous les mêmes, tous différents, et comme ils sont mis comme ça de façon identique, ce sont les lapins qui sont élevés en batterie pour être tués pour l’alimentation. C’est terrifiant, les élevages en batterie ». Ghyslain Bertholon propose des œuvres provocantes, amusantes mais dérangeantes, qui questionnent la sensibilité du spectateur et son rapport à l’animal.

 Ghyslain Bertholon, Clone Troché, lièvre

Ghyslain Bertholon, Clone Troché, lièvre, 2008, Taxidermie et bois laqué , 40 x 30 x 25 cm©

Ghyslain Bertholon, Série des Clones Trochés

Ghyslain Bertholon, Série des Clones Trochés, lapins blancs, 2009 ©

L’exposition Bêtes Off à La Conciergerie se fait l’écrin d’une autre œuvre de cet artiste: Vanitas présente un cerf aux bois si longs et si lourds que sa tête se tord de douleur. Il explique que l’œuvre lui a été inspirée durant la dernière campagne présidentielle, alors que les candidats se pavanaient tels des paons, déployant leurs atours, encouragés par les médias avides de détails privés sordides. Parler de l’animal c’est donc aussi parler de l’homme, c’est le ramener à sa condition de simple mortel. C’est l’homme soumis à sa condition d’être humain subissant la cruauté du XXIème siècle et devant s’adapter tant bien que mal, maladroit, parfois touchant – rarement peut-être.

Ghyslain Bertholon, Vanitas

Ghyslain Bertholon, Vanitas, 2007-2011 © Didier Plowy

Ghyslain Bertholon, Vanitas

Ghyslain Bertholon, Vanitas, 2007-2011 © Didier Plowy

David Bideau pousse le vice de l’animal dominé et l’apprivoise complètement dans ses dessins. Rencontré le même soir que Ghyslain Bertholon, il explique qu’il conçoit ses œuvres comme des « chorégraphies », des « spectacles », des « feux d’artifice » ; tout est orchestré, maintenu dans des compositions sévères. L’animal est vu à travers le prisme de la vision humaine. L’artiste représente un ours avec une tête de nounours, tout en armant ses personnages jusqu’aux dents: la violence n’est plus du côté de l’animal mais de l’homme, qui dans sa furie moderne devient le plus redoutable prédateur de la planète. L’animal qui était le dangereux égal de l’homme chez Fremiet, victime chez Bertholon, est ici une sorte d’icône déformée par la culture populaire; commun et pourtant si distancié. Ainsi c’est l’homme qui pour finir gagne le combat, quoique de manière un peu piteuse.

David Bideau, Temps Mort

David Bideau, Temps Mort #1, 2010, stylo bille, 50x 65 cm ©

David Bideau, Temps Mort

David Bideau, Temps Mort #2, 2010, stylo bille, 50 x 65 cm ©

David Bideau, Temps Mort

David Bideau, Temps Mort #4, 2010, stylo bille, 50 x 65 cm ©


Jardin des Plantes
Paris 5ème, accès rue Cuvier, rue Buffon, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, place Valhubert
Exposition Humal/Animain jusqu’au 26 février 2012.

Plateforme
73, rue des Haies
Paris 20ème
09 54 92 23 35
Du mercredi au dimanche de 14h30 à 19h30