Un entretien Boum! Bang!

De la chambre noire, lieu magique qu’il affectionne tant, Stéphane Fedorowsky, photographe parisien de 34 ans, fait éclore de bien curieux clichés. Inspirés par les contes de fées et les étoiles du cinéma, ils nous entraînent dans des histoires à la fois joyeuses et mélancoliques où se croisent poésie et personnages hauts en couleur sur fond de noir et de blanc.

B!B!: Peux-tu nous parler de ton parcours? Comment es-tu tombé dans la photographie?

Stéphane: Après le bac, j’ai fait une prépa d’art à l’atelier Hourdé. J’y ai choisi l’option photo un peu au hasard car je ne savais pas ce que je voulais faire. C’est là que j’ai découvert la chambre noire, un lieu qui m’a tout de suite fasciné. À l’intérieur, j’avais l’impression de me trouver hors du temps et d’être une sorte de savant fou. J’ai aimé le fait d’y être solitaire et d’y passer des heures pour explorer l’univers de la photographie mais aussi pour m’explorer moi-même. Assez logiquement, mes premiers travaux étaient des autoportraits et des photos d’objets car je pouvais les réaliser seul. Cela m’a permis de voir comment fonctionne un appareil mais aussi de voir ce que j’avais dans les tripes et d’en faire quelque chose. Ensuite, je suis parti à Los Angeles où j’ai commencé un cursus en histoire de l’art à Santa Monica College puis je me suis installé à New York. Pendant toute cette période américaine, j’ai également passé de longs moments seul et, paradoxalement, je me suis mis à photographier des gens, beaucoup de gens.

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « L’émouvantail » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « L’émouvantail » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « L’émouvantail » © Stéphane Fedorowsky

B!B!: Justement, pourquoi l’humain? Quel est ton rapport de photographe avec ton modèle et avec l’autre en général?

Stéphane: Photographier quelqu’un c’est apprendre quelque chose sur moi mais c’est aussi permettre au modèle d’apprendre quelque chose sur lui-même. Les premières années, j’étais d’ailleurs très friand des réactions de mes modèles en voyant les photos que j’avais faites d’eux. Avec un peu de recul, je pense au fond qu’en chacun de nous se cache le personnage d’un instant, un personnage que j’aime créer ou révéler, diriger puis photographier.

B!B!: Qui sont tes modèles? Quels rôles interprètent-ils et comment les choisis-tu?

Stéphane: Mes modèles sont souvent des personnes occupant une grande place dans ma vie. C’est également leur personnalité qui me donne envie de les mettre en scène. Dans ma série « Ille était une fois soi » par exemple, c’est mon père spirituel, Gill Évin, que je dirige. Pour « L’émouvantail », une histoire d’amour entre un épouvantail et une jeune femme, la recherche s’est effectuée de façon un peu différente. L’idée était de trouver des personnes ayant des points communs avec les personnages que je voulais créer. J’ai ainsi choisi le comédien Fabrice Bénard car physiquement il ressemblait au personnage d’épouvantail que j’avais en tête.

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « L’émouvantail » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « L’émouvantail » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « L’émouvantail » © Stéphane Fedorowsky

B!B!: Dans ce tête-à-tête entre photographe et photographiés, où est la place du spectateur?

Stéphane: Pour moi, le spectateur doit voir plus loin que la photo et cette volonté de l’emmener plus loin peut prendre différentes voies. Moi, j’ai choisi celle des contes photographiques qui sont des séries de photographies suivant une narration. Elles comblent à la fois mes envies de mise en scène et donnent à voir aux spectateurs une histoire où chaque photographie est simultanément indépendante et dépendante des autres.

B!B!: Pourquoi travailles-tu uniquement en série et comment naissent ces contes?

Stéphane: J’ai besoin que mes projets tiennent debout. Ce que je veux dire par là c’est qu’à mon sens, une série, c’est un début et une fin. C’est un cadre, une narration, une temporalité qui doivent me permettre de penser, de travailler et de capter les regards. Pour ce qui est de mes contes, ils ont souvent pour point de départ un objet, une idée et surtout une envie d’images. Puis, je mets en place une sorte de storyboard découpé en plans formant un parcours. J’y ajoute l’écriture en fonction de mon idée. Ma série « L’émouvantail » illustre bien ce principe: j’ai l’impression d’y prendre les spectateurs par la main et de les guider à travers mon histoire. Et pour aller encore un peu plus loin, nous en avons fait un livre d’art numérique, le premier comportant d’ailleurs une bande son synchronisée à la vitesse de lecture. Il est dispo sur iTunes et je me dois de remercier hybrid’book, l’éditeur, Jérémy Pons, le sound designer qui a créé la musique originale ainsi que Raphaël Guillou, sans qui cette série n’aurait pas pu voir le jour.

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « Ille était une fois soi » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « Ille était une fois soi » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « Ille était une fois soi » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « Ille était une fois soi » © Stéphane Fedorowsky

B!B!: Tu puises beaucoup de tes références dans l’univers des contes de fée mais aussi du cinéma et du surréalisme. Pourquoi?

Stéphane: J’ai été beaucoup touché par Jean Cocteau, sa mise en scène, les symboles qu’il utilise et sa simplicité presque brutale. Ses films, « Orphée » par exemple, avec sa scène de traversée du miroir, contiennent toute la magie que j’aime et ses effets spéciaux sont si artisanaux qu’ils en deviennent extraordinaires. Ensuite, il y a Man Ray que j’aime pour sa technique. Son travail en chambre noire est formidable. Un film qui m’a beaucoup marqué également: « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton. C’est exactement vers cet univers que j’aimerais faire migrer mon travail qu’il s’agisse de photographie ou peut-être un jour d’images en mouvement. Plus récemment, j’ai découvert le travail du couple de photographes Robert et Shana ParkeHarrison. Leurs photos sont sublimes. Au quotidien, je peux être également inspiré par quelque chose qui n’est pas de l’art déjà fait, comme un petit truc que je remarque chez quelqu’un ou dans quelque chose. L’image de l’épouvantail m’a ainsi suivi deux ans avant que je ne lui donne vie dans ma série « l’émouvantail ».

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « Ille était une fois soi » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « Ille était une fois soi » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « Ille était une fois soi » © Stéphane Fedorowsky

B!B!: Tu as choisi la photographie argentique, développée en chambre noire, pourquoi ce choix?

Stéphane: Pour moi, il y a deux éléments indissociables dans mon travail, la prise de vue et le développement. Sans ce dernier, mon travail ne m’intéresserait pas. Ce que j’aime, justement, c’est suivre l’image, l’abandonner, la retrouver, y ajouter des ingrédients personnels pour révéler la vie qu’elle contient puis l’arrêter, la fixer. Ainsi, pendant le développement, je choisis mes couleurs, mes flous, je mélange plusieurs prises de vue et j’incorpore des matières différentes en développant par exemple la photographie sur un papier capable de créer un effet intéressant. Il y a quelque chose de très artisanal dans tout ce processus mais cela me permet de cultiver la singularité de mes œuvres.

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « La dame blanche » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « La dame blanche » © Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, extrait de la série « La dame blanche » © Stéphane Fedorowsky

B!B!: As-tu des projets en cours ou de nouvelles idées de séries?

Stéphane: Je vais surtout essayer de faire voyager ma nouvelle série « RED » qui vient d’être exposée pour la première fois à la Galerie Guigon à Paris.

B!B!: Justement, parle-nous de cette série…

Stéphane: Véritable hommage au cinéma, c’est une série d’une trentaine d’œuvres, elles-mêmes fabriquées à partir d’images anciennes. Ces images sont extraites pour la plupart de films hollywoodiens que mes spectateurs n’auront peut-être pas vus mais dont ils connaîtront certainement les têtes d’affiches. Je les ai projetés puis photographiés. Puis j’ai réalisé des montages en chambre noire avec des photographies plus personnelles que j’ai capturées ces dernières années lors de mes voyages. Pour moi, tout le plaisir à été de pouvoir avoir ces stars sous ma direction, de pouvoir mettre en scène ces comédiens et ces comédiennes. Après pas mal d’essais et de temps passé à manipuler mes négatifs, j’ai ajouté des touches de peinture rouge pour souligner certains détails faisant notamment écho aux titres des œuvres. Les tirages ont ensuite été scannés, agrandis, réimprimés et placés sur des châssis en collaboration avec le laboratoire photo Arts Factory. J’y ai apporté une deuxième touche de peinture rouge pour l’intensifier et ajouter une sorte de troisième dimension à l’œuvre. J’ai travaillé avec Clotilde Scordia, commissaire d’exposition, qui m’a permis de trouver un lieu et de médiatiser cet événement. J’ai de la chance de croiser des personnes qui à chacun de mes projets sont touchées par ma démarche et m’aident.

Stéphane Fedorowsky

Stéphane Fedorowsky, « Indian Soul », extrait de la série « RED » © Stéphane Fedorowsky

B!B!: C’est une habitude, toutes les interviews Boum! Bang! se terminent par une sélection de questions librement inspirées du questionnaire de Proust. Commençons par un classique: Quel est ton photographe préféré?

Stéphane: Man Ray, dadaïste et surréaliste. J’aime sa grande simplicité. J’aurais d’ailleurs adoré vivre à son époque avec Miró, Duchamp, Picasso…

B!B!: Qui aimerais-tu photographier par-dessus tout?

Stéphane: J’aimerais mettre en scène Fabrice Luchini. C’est un génie.

B!B!: Dans quel lieu rêverais-tu de faire une photographie?

Stéphane: Je suis attaché aux choses qui ont un vécu, alors je dirais un lieu qui existe depuis longtemps et qui porte quelque chose de spécial en lui. Un lieu chargé d’histoire.

B!B!: Si tu étais un appareil photo, lequel serais-tu?

Stéphane: Un moyen format comme le mien, 4,5 x 6.

B!B!: Quel grand photographe aimerais-tu rencontrer?

Stéphane: Robert et Shana ParkeHarrison ainsi que d’autres adeptes de la chambre noire.

B!B!: Si tu étais un conte de fée, lequel serais-tu?

Stéphane: « Le Petit Poucet » car je sais que je finirai toujours par retrouver mon chemin.

B!B!: Si tu étais un film, lequel serais-tu?

Stéphane: « La légende du pianiste sur l’océan » un film avec Tim Roth.

B!B!: Si tu étais un comédien célèbre, lequel serais-tu?

Stéphane: Je ne serais pas comédien, je serais plutôt réalisateur. Un mélange de Stanley Kubrick, Tim Burton et Quentin Tarantino sans oublier la french touch avec Jean-Luc Godard, Cédric Klapisch et Jacques Audiard.

B!B!: Si tu étais une couleur, laquelle serais-tu?

Stéphane: Le rouge.

B!B!: Si tu devais complètement changer de métier, lequel ferais-tu?

Stéphane: J’aurais aimé être un grand pianiste.

B!B!: Et si je te dis tout simplement Boum! Bang!, tu me réponds…?

Stéphane: Badaboum!

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