Shun Kawakami est un jeune graphiste japonais, fondateur du studio artless Inc. Ses projets se déclinent sur tous les supports du graphisme contemporain : papier (édition, publicité), écran (clips vidéos), web (webdesign), architecture (design de boutique, signalétique).

Il a récemment montré et commenté son travail avec d’autres graphistes japonais au Centre Pompidou lors de l’exposition-rencontre « Tokyo Graphic Passport », du 22 septembre au 3 octobre 2011.

Shun Kawakami, affiche pour Tokyo Graphic PassportShun Kawakami, affiche pour Tokyo Graphic Passport, 2011 © artless Inc.

En Occident, on résume souvent la situation institutionnelle du graphisme au conflit art / commerce. Le graphiste est-il un artiste (avec toute la richesse sémantique de ce mot) ou un technicien visuel, chargé de « faire passer le(s) message(s) » de l’entreprise cliente?

Le graphisme japonais nous enseigne à voir au-delà de cette dichotomie, et nous rappelle que le cadre de la commande commerciale peut être celui d’une authentique créativité.

Shun Kawakami revendique l’héritage de l’esthétique japonaise traditionnelle. Notamment les arts du sho (calligraphie) et l’ikebana (la composition florale), tous deux fondés sur le respect du yohaku (concept que l’on peut traduire par air, vide, blanc du papier). Shun Kawakami exploite les tensions de ces formes statiques (vide/plein, noir/blanc, immobile/en mouvement) pour composer des créations dynamiques.

C’est sur ce principe que repose Urban Abstract (2009), à voir ci-dessous, récompensé par de nombreux prix internationaux. A l’origine, la chaîne finlandaise Chanel 4 souhaitait renouveler ses jingles vidéo (vous savez, ces petits clips qui font transition entre les programmes et les publicités) sur un format de 5 secondes. Mises bout à bout, les 40 versions de ces fugaces « breakbumpers » composent une vidéo absolument in-classable : œuvre d’art digital? court-métrage d’animation? graphisme animé?

Shun Kawakami a également assuré la conception de vitrines pour le grand magasin tokyoïte ISETAN en 2011. Le projet de Kawakami se décline dans les vitrines extérieures et sous forme d’une grande installation au cœur du magasin. Ici encore, le graphiste intervient avec son style propre sensible, simple et graphique.

Shun Kawakami, Installation intérieure, ISETAN TokyoShun Kawakami, Installation intérieure, ISETAN Tokyo © Shun Kawakami (artless Inc.)Shun Kawakami, Installation intérieure, ISETAN TokyoShun Kawakami, Installation intérieure, ISETAN Tokyo © Shun Kawakami (artless Inc.)Shun Kawakami, Installation vitrine extérieure Femme, ISETAN, TokyoShun Kawakami, Installation vitrine extérieure FemmeISETAN, Tokyo © Shun Kawakami (artless Inc.)Shun Kawakami, Installation vitrine extérieure Femme, ISETAN, TokyoShun Kawakami, Installation vitrine extérieure FemmeISETAN, Tokyo © Shun Kawakami (artless Inc.)Shun Kawakami, Installation vitrine extérieure Homme, ISETAN, TokyoShun Kawakami, Installation vitrine extérieure Homme, ISETAN, Tokyo © Shun Kawakami (artless Inc.)Shun Kawakami, Installation vitrine extérieure Homme, ISETAN, TokyoShun Kawakami, Installation vitrine extérieure Homme, ISETAN, Tokyo © Shun Kawakami (artless Inc.)

Cette pratique d’installer dans des environnements commerciaux les œuvres (originales ou de commande) d’artistes contemporains est très courante au Japon. Il est vain de chercher à distinguer selon nos propres catégories les « artistes » des « décorateurs ». Shun Kawakami a d’ailleurs intégré dans les vitrines Homme réalisées pour ISETAN ses propres tableaux, réalisés par impression sur feuille d’or. Il les qualifient dans son portfolio d’« œuvres d’art » par opposition à ses autres projets (vidéo, scénographie, imprimés). C’est sans doute leur format traditionnel du tableau à l’Occidentale, la référence aux fonds d’or du Quattrocento qui justifie cette catégorisation. Car l’art est partout chez Shun Kawakami, et peu importe que l’on soit dans une galerie, devant sa télévision ou dans un grand magasin pour aller à sa rencontre.

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