Le 20 avril 2012 a eu lieu la seconde ouverture du Palais de Tokyo, réhabilité par les architectes Lacaton et Vassal à l’instar de la première tranche en 2002. Pour résumer cette nouvelle expérience, disons que la visite avait été très plaisante en 2002 et que le plaisir est désormais proportionnel au nombre de m² rendus accessibles au public: 22 000 m² aujourd’hui contre 7000m² en 2002.

La difficulté lorsqu’on tente de décrire cet espace est de s’orienter à la fois dans le plan et dans les étages. Malgré ce flou, le récit de la visite dans l’ordre de sa découverte semble cependant le mode de retranscription le plus adapté tant il s’agit d’un voyage.

La visite commence par la galerie tournante à l’entrée, surmontée d’une verrière que nous connaissions déjà depuis 2002. La galerie est toujours là. Sous la verrière a été tendu un tissu pour atténuer l’apport lumineux: procédé ingénieux, délicat, poétique. Par un petit escalier encloisonné trouvé à la dérobée, nous descendons vers un niveau inférieur. Lors de la descente l’escalier cadre une vue sur les toits du 16ème arrondissement et des extensions en hauteur contemporaines, paysage rarement rencontré.

Palais de Tokyo 2012

© Palais de Tokyo

Palais de Tokyo 2012

© Palais de Tokyo

Un premier constat s’impose. Quel esprit rationnel aurait pu imaginer l’univers des espaces recouverts de verrières? Il n’y a que la reconversion, la transformation qui semble pouvoir permettre ces rencontres improbables, produire des espaces à ce point atypiques. Ces espaces sont ordonnés et désordonnés, réguliers et chaotiques, structurés et complexes. Les architectes ont dénudé les poteaux soutenant les verrières, ajouté des corbeaux en béton, comblé des parties sans doute pourries au moyen de planches de bois… Les poteaux ressortent étrangement des cimaises neuves.

Combien de grilles le regard peut-il suivre en s’élevant? Les grilles des poutrelles béton au plafond, les grilles des poutres bois soutenant les verrières, les grilles des structures métalliques des verrières, les grilles des menuiseries des vitrages translucides… C’est une superposition infinie de réseaux autonomes qui s’agitent au-dessus de nous. On semble être sur un site archéologique. Une multitude d’univers visuels autonomes cohabitent.

La décrépitude est un des thèmes visuels primordial de ce lieu. Nous l’avions déjà ressenti en 2002: devant les anfractuosités de la matière, du sol, des murs et des plafonds, l’esprit s’évade. Ce plaisir ressenti, nous questionne sur la qualité esthétique de nos environnements urbains: sont-ils trop propres, trop lisses, trop contrôlés pour que l’apparition du hasard, du dépérissement naturel, du sauvage retiennent à ce point notre attention, nous détende si rapidement et nous évade mieux que n’importe quel autre paysage? On retrouve ainsi l’attirance et l’intérêt contemporains pour les friches: squat d’artiste, parcelle vide en ville, friche industrielle, friches ferroviaire…. Les anfractuosités, les tâches sont des territoires à parcourir, à suivre, une fissure est un fleuve sur une carte, des tâches sont des constellations, des lacs, des archipels…

Palais de Tokyo 2012

© Palais de Tokyo

Palais de Tokyo 2012

© Palais de Tokyo

Palais de Tokyo 2012

© Palais de Tokyo

La présence du délabré est la conséquence de plusieurs évènements et contraintes: l’histoire de l’édifice, ce dernier devait accueillir le musée du cinéma mais le chantier alors en cours à été arrêté en 1998; le budget limité et la pertinence économique de la réponse des architectes lors du concours de 2000, ces derniers ayant proposé de ne pas perdre l’argent qu’ils n’avaient pas pour tout refaire à neuf et ayant proposé de mettre l’espace aux normes sans finition.

La visite se poursuit vers des espaces cryptiques. L’espace semble infini. Commence désormais en sous-sol, une série de plateaux en terrasse les uns sur les autres au milieu d’une forêt de poteaux. La lumière est minimale. Des escaliers surgissent ici ou là. Des espaces en pente finissent sans hauteur humaine suffisante. Puis on entre dans les anciennes salles de cinéma qui n’ont jamais vu le jour. C’est un voyage dans le temps qui s’impose alors. Il est désormais temps de rentrer. Du Palais au métro, un bref plaisir au regard de ces élégantes avenues que l’on ne voit pas si souvent…

Palais de Tokyo 2012

© Palais de Tokyo


Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson,
75 116 Paris

Contact
Accueil visiteur: 01 81 97 35 88
Accueil administratif du lundi au vendredi de 10h00 à 18h00: 01 47 23 54 01

Accès
Métro : Ligne 9, stations Iéna et Alma Marceau
Bus: Lignes 32, 42, 63, 72, 80, 82, 92
RER: Ligne C, Station Pont de l’Alma

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