Un entretien Boum! Bang!

Dans les dessins d’Olivier Flandrois, il y a ce tracé qui révèle la maîtrise et la minutie du geste. À travers ses portraits masculins, il élabore le modelé de visages au poil fluide. Ses dessins confèrent à la perception du corps une source inépuisable de création, où barbes, moustaches et cheveux se situent à mi-chemin entre le cosmos et la chimère.

B!B!: Comment définirais-tu ton style artistique?

Olivier Flandrois: Je n’ai pas encore suffisamment de recul pour répondre à cette question, puisque ça fait depuis plus d’un an et demi que j’ai commencé à dessiner à temps plein. J’essaie en tout cas de découvrir, d’explorer diverses techniques. Ce qui fait que mon travail évolue sans cesse. J’aime travailler sur le portrait, mais aussi sur certaines parties du corps, par « fragments ». Mon trait semble plutôt évanescent, fluide, doux, voire « sensuel » par ses courbes répétées…. Les corps que je représente sont souvent posés, calmes, aux gestes lents. L’expression de mes visages est pensive, méditative, comme suspendue. Il y a beaucoup de réserve, de fragilité et de respect dans les personnages que je dessine. D’amour aussi, de compassion, et de sérénité pour mes sujets.

Olivier Flandrois, Beard studies© Olivier Flandrois, Série « Beard studies », Graphic study of the hair male face, Technique mixte
Olivier Flandrois, Beard studies© Olivier Flandrois, Série « Beard studies », Graphic study of the hair male face, Technique mixte
Olivier Flandrois, Beard studies© Olivier Flandrois, Série « Beard studies », Graphic study of the hair male face, Technique mixte
Olivier Flandrois, Beard studies© Olivier Flandrois, Série « Beard studies », Graphic study of the hair male face, Technique mixte

B!B!: Peux-tu me parler des techniques que tu emploies?

Olivier Flandrois: J’utilise tout ce qu’il y a de plus basique et essentiel, à savoir un crayon et une feuille de papier. Au fil de mes dessins, je me suis amusé à détourner des outils traditionnellement utilisés chez les artistes « street art », des graffeurs (marqueurs et bombes de peinture) et ce, pour le combiner avec un trait assez classique. En ce moment j’ai rangé mes marqueurs bleus, le temps de travailler sur de grands formats à la mine de plomb, pour une exposition à Barcelone en octobre.

B!B!: Pourquoi cette dominante de bleu que l’on retrouve dans tes séries « Bluebeards and bright red cheeks » et « Aqua period »? Que signifie cette couleur pour toi?

Olivier Flandrois: C’est une histoire de vibration au départ, entre les pigments du marqueur que j’utilise et la blancheur du support papier. Le monochrome (noir ou bleu) me permet peut-être de me concentrer sur la forme de la barbe, des cheveux, de la pilosité sur le corps. Son usage me permet de me détacher de certains traits génétiques ou géographiques, renseignés par la couleur (les roux, les blonds, les bruns). J’essai de tendre vers quelque chose de plus universel.

© Olivier Flandrois, Série Bluebeards and bright red cheeks © Olivier Flandrois, Série « Bluebeards and bright red cheeks », Bluebeards Serie, technique mixte
Olivier Flandrois© Olivier Flandrois, Série « Bluebeards and bright red cheeks », Bluebeards Serie, technique mixte
Olivier Flandrois© Olivier Flandrois, Série « Bluebeards and bright red cheeks », Bluebeards Serie, technique mixte
Olivier Flandrois© Olivier Flandrois, Série « Bluebeards and bright red cheeks », Bluebeards Serie, technique mixte
Olivier Flandrois, Aqua period© Olivier Flandrois, Série « Aqua period », Dancing with the fishes, technique mixte, 40×40 cm

B!B!: Des cheveux à la barbe, tu sembles accorder une part importante à la pilosité. La malléabilité et la fluidité du poil sont-elles un vecteur de création pour toi?

Olivier Flandrois: Absolument, la pilosité m’aide à structurer un visage masculin ou à décrire un corps. Et à l’observer, la pilosité humaine est riche de nuances, de formes, de couleurs… C’est un sujet et un matériau inépuisable pour moi. Je retrouve aussi beaucoup d’analogie entre la pilosité humaine et les éléments naturels cycliques (tourbillons de fluides, tornades, cosmos, galaxies, etc.). J’aime contempler ce type de mouvement sur les corps. Je perçois la pilosité comme un des restes « archaïques » visibles de notre part animale, témoin de l’évolution de l’espèce humaine. Nos « racines » en quelques sortes.

B!B!: Tu mets parfois en évidence la nudité masculine et on a pu voir ton travail dans des magazines gays tels que Men Addicted, Mascular Magazine et Têtu. Tes dessins s’orientent-elles vers la représentation de la tendance « bear »?

Olivier Flandrois: Si ces dessins sont perçues par certains comme un clin d’oeil à la tendance « bear », elles ne sont pas consécutives du reste de mon travail graphique. Il y a d’ailleurs une nette différence entre mes dessins pour les magazines et mon travail artistique, fait à partir d’observation, de mémoire ou d’imagination. Mais en tant qu’artiste plasticien, c’est intellectuellement amusant de s’essayer à divers registres et de jongler avec des codes extérieurs à soi. J’ai conscience que mon travail se situe bien au delà d’une « tendance » ou de certains « goûts communautaires » exclusifs.

B!B!: Tout comme les personnages que tu crées, tu as une barbe. Y a-t-il une part d’autoportrait dans ton œuvre?

Olivier Flandrois: Sans aucun doute.

B!B!: Des projets à venir?

Olivier Flandrois: Je prépare actuellement deux expositions à l’étranger: une en guest star à l’exposition JOYA Barcelona Art Jewellery Fair le 9 octobre 2014 au Centre d’Art Santa Monica et une autre exposition à Los Angeles avant la fin de l’année.

Olivier Flandrois, Beard studies© Olivier Flandrois, Série « Beard studies », Graphic study of the hair male face, Technique mixte
Olivier Flandrois, Beard studies© Olivier Flandrois, Série « Beard studies », Graphic study of the hair male face, Technique mixte
Olivier Flandrois, Beard studies© Olivier Flandrois, Série « Beard studies », Graphic study of the hair male face, Technique mixte

B!B!: Et pour finir, nous avons l’habitude chez Boum! Bang! de terminer par une sélection de questions, librement inspirées du questionnaire de Proust.

B!B!: Une personne que tu admires?

Olivier Flandrois: Je n’admire aucune personne en ce moment. Mais j’ai quelques noms en tête qui me viennent à l’esprit: Le Caravage, Antoni Gaudí, Björk, David Bowie, Freddie Mercury, Michael Jackson, Stanley Kubrick

B!B!: Un objet dont tu ne peux te séparer?

Olivier Flandrois: Ma plante verte, un mandarinier citrus.

B!B!: Si tu étais une œuvre d’art, laquelle serais-tu?

Olivier Flandrois: Je voudrais être dans une peinture de la période rococo. Mais certainement pas incarner un Kouros.

B!B!: Un livre?

Olivier Flandrois: « Apocalypse bébé » de Virginie Despentes (2010).

B!B!: Un film?

Olivier Flandrois: « Gravity » de Alfonso Cuarón (2013).

B!B!: Une chanson?

Olivier Flandrois: « Wuthering Heights » de Kate Bush (1978).

B!B!: Si je te dis « Boum! Bang! », à quoi cela te fait penser?

Olivier Flandrois: Badaboum!

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