Nat Koyama découpe des silhouettes et tranche des têtes. Il nous assaille de chimères obsédantes qui démembrées, morcelées, sont taillées sous nos yeux. Il sonde l’esprit, fouille l’âme, décortique l’être.

Son encre dévore l’espace. Les courbes sincères et riches de ses traits même immobiles, ne cessent de tourbillonner et nos yeux, coupables, cherchent l’accalmie. Alors que notre esprit bouillonne, ses créatures s’entêtent, et leur force débridée presque volcanique, donne à cette émeute une vérité déroutante. Rituel compulsif, pulsions obsédantes… L’artiste japonais livre une vue explosive de la société. Nat Koyama a récemment changé de site internet et d’identité. Désormais « Pinocchio », l’artiste donne vie à une succession « d’artefacts » dit-il. Chacune de ses œuvres est une pièce – sans nom – d’un vaste travail de création. Nat Koyama est donc devenu Pinocchio, le célèbre pantin italien qui ne peut pas mentir. Un simple bout de bois changé en vrai petit garçon à la suite d’une course pleine d’obstacles pour la vie. Oui, les expérimentations de Nat Koyama font résonner le conte très symbolique de Carlo Collodi. Elles gagnent en se dérobant une infinité de formes à la fois autonomes et prisonnières des cycles imposés par le trait. Un bel hommage aux animations légendaires de Winsor McCay. « Watch me move » interpelle l’un de ses héros dans « Little Nemo ». Par leur métamorphose incessante, les personnages des deux artistes s’immiscent dans notre imaginaire et rendent toute réalité bien éphémère…

Nat koyama

© Nat koyama

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Au Japon, la mort marque le début d’une nouvelle vie. Nat Koyama revisite cette conception et relativise l’existence. En recherchant l’accumulation, en compilant le tout dans « Helga’s tears », l’artiste nie l’identité propre de chacun de ses dessins, ses artefacts. Il livre un tout dont les formes sont infinies, griffonnées dans la marge à la faveur des écrits de Franz Kafka et du bouillonnement des encres d’Henri Michaux. Les apparitions de Nat Koyama semblent s’agiter pour lutter contre leur agonie. On distingue en filigrane les barrières dressées par l’être humain pour maîtriser le monde et son combat pour gagner l’éternité. Ces formes jettent le constat d’une société qui impose le mouvement, célèbre la performance, organise à tout prix une course contre le temps et la nature.

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Dans cette boucle infernale les silhouettes s’autodétruisent, envoyant un signal presque désabusé à une espèce qui court à sa perte. On distingue dans toute cette agitation la dualité morbide et les dessins magnifiquement cruels de l’artiste polonaise Alexandra Waliszewska.

Quand on lui demande ses références, Nat Koyama cite notamment Antonin Artaud et Nancy Spero, dont l’œuvre s’est un temps focalisée elle aussi sur celle de l’écrivain. Par l’expression des corps dénaturés par le mouvement, une vaste précipitation du trait, les trois artistes se livrent à un même exorcisme, celui d’une société qui se digère avec fracas. Un vacarme d’une incroyable beauté.

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