« Nuit n°4 » est la seule peinture abstraite de Marc Molk, et montre la puissance du hasard qui détruit l’intention première ou au contraire produit des miracles. Sous des formes aux allures de bactéries, de tâches ou de tissus musculaires, l’esthétique finale inconnue mais maîtrisée transparait sous ces couleurs sombres et contrastées. Les peintures de l’artiste naissent à l’horizontale, allongées sur le sol, en partie peintes, pour ensuite être noyées sous de « grands jus ». Ces jus sont des mélanges composés d’eau et parfois d’essence où sont incorporés de fines paillettes. À cela, l’artiste pose de la terre, des lentilles, des graines ou encore du riz, les retirant ensuite pour créer un motif de tapotement léger et subtil. Ces grands jus servaient, au départ, simplement à coloriser ses tableaux. Ils amènent aujourd’hui une certaine confusion, fusion et sensualité. L’érotisme final se retrouve par exemple dans des titres  comme « La libération sexuelle ». On y voit une femme nue allongée, les cuisses ouvertes dévoilant son sexe. La douceur face à ce tableau provient des lavis, des couleurs douces et tendres du travail des jus. Car dans la tentative de maitriser le hasard, l’artiste incline, fait gondoler ou éclabousse et intègre des éléments solides à sa toile. La sensualité se ressent aussi dans la technique avec les gestes qui font naitre la peinture, les viscosités, les frôlements et l’importance des doigts. Pour Marc Molk « la peinture a beaucoup à voir avec l’amour et peindre avec faire l’amour. » Il faut faire l’expérience des corps mais surtout de soi. Ce n’est pas la mise en pratique d’une simple technique, cela va bien au-delà. C’est la « raison sentimentale » qui domine toutes les étapes du tableau et l’emploi des techniques. Car chaque technique exprime une gamme de sentiments contenue en elle indépendamment et qui donnera envie ou non de caresser le tableau, de frôler ses irrégularités. Pour l’artiste un tableau qui ne nous donne pas envie de le toucher est une peinture ratée car « la peinture produit des images dotées d’un épiderme. » La surface du tableau est alors comme une peau, comme une surface émouvante où le spectateur doit se perdre dans la douceur de la couleur.

Marc Molk, Nuit

© Marc Molk, Nuit n°4, 2009, huile et acrylique sur toile, 130 x 195 cm

Marc Molk, La libération sexuelle

© Marc Molk, La libération sexuelle, 2008, huile et acrylique sur toile, 130 x 195 cm

Marc Molk, La théorie des genres

© Marc Molk, La théorie des genres, 2012, huile et acrylique sur toile, 162 x 130 cm

Marc Molk, Les temps à venir

© Marc Molk, Les temps à venir, 2009, huile et acrylique sur toile, 130 x 162 cm

Marc Molk, L'Empire français

© Marc Molk, L’Empire français, 2008, huile et acrylique sur toile, 115 x 195 cm

Marc Molk, Impasse de la gentillesse

© Marc Molk, Impasse de la gentillesse, 2012, huile et acrylique sur toile, 100 x 81 cm

Et pourtant, cet artiste dit peindre « des tableaux convexes, qui forment une bosse sur le mur. » Ils ne sont pas accueillants, ce ne sont pas des refuges car ils sont agressifs, tonitruants, violents et repoussants. Plusieurs motifs récurrents nous dérangent et nous interpellent: les ronces et les épines. Dans « Le cœur de Clémentine est une rose fanée » la violence et l’agressivité s’associent à l’érotisme, malmenant le regard du spectateur. Doit-on regarder et imaginer la douceur d’une peau dénudée de ses sous-vêtements, ou alors faut-il se focaliser sur la douleur possible causée par ces ronces hostiles? Plongeant dans la complexité du fond qui naît des grands jus et de graines posées puis retirées –faisant apparaître un travail délicat et nuancé – le spectateur s’interroge sur les œuvres de Marc Molk. Que veulent dire les titres? Car pour l’artiste ce sont des unificateurs, ils lissent l’ensemble et sont essentiels pour donner une logique implacable à quelque chose qui ne semble pas en avoir. Parfois composés de couleurs plus vives, les tableaux n’en restent cependant pas moins violents et agressifs. « La Naïveté » ne nous met pas mal à l’aise par le sujet mais plutôt par les couleurs intenses. Sommes-nous naïfs de croire que la mélancolie de la vie disparaîtra par la simple action de peindre et surtout de contempler des tableaux? L’hippocampe qui nous contemple semble renvoyer le malaise de celui qui le scrute. Un double jeu se met en place. Le tableau paraît avoir sa propre existence, la question de la fin survenant lorsqu’il se referme. Et Marc Molk en le vernissant acquiesce à cette séparation.

Marc Molk, Le coeur de Clémentine est une rose fânée

© Marc Molk, Le coeur de Clémentine est une rose fânée, 2014, huile et acrylique sur toile, 81 x 100 cm

Marc Molk, Le masque de tous les jours

© Marc Molk, Le masque de tous les jours, 2014, huile et acrylique sur toile, 100 x 81 cm

Marc Molk, L'île aux Mimosas

© Marc Molk, L’île aux Mimosas, 2014, huile et acrylique sur toile, 162 x 130 cm

Marc Molk, La vie d'artiste

© Marc Molk, La vie d’artiste, 2012, huile et acrylique sur toile, 100 x 81 cm

Marc Molk, Le dépit amoureux

© Marc Molk, Le dépit amoureux, 2014, huile et acrylique sur toile, diamètre 80 cm

Marc Molk, La naïveté

© Marc Molk, La naïveté, 2015, huile et acrylique sur toile, diamètre 80 cm

Les tableaux de l’artiste possèdent des destinataires idéaux, qui à la fin ne posséderont pas le tableaux et dont le possesseur ignorera probablement l’existence. Ils recèlent des messages privés, des messages que seuls les personnes à qui ils sont destinés pourront comprendre. Ce sont souvent des allusions à des évènements personnels ou des clins d’œil à des discussions passées qui ne veulent pas être oubliées. Mais Marc Molk veut peindre des « images qui parlent » d’où les titres parfois allégoriques, laissant libre cours à l’imaginaire du spectateur. Par exemple, dans « Le culte du style » c’est un de ses amis que l’artiste représente. Se condamnant à passer beaucoup de temps ensemble, tout change puisque c’est un long voyage. L’artiste a la lourde tâche et responsabilité de peindre ses amis, sans les embellir ou les modifier, de représenter leur singularité et leur amitié. Pourtant les personnages semblent parfois fantomatiques à cause des dégradés créés par l’eau. Le travail des motifs remplissant la peinture semble souvent plus important, mis en avant par la facture du tableau et les différentes techniques comme les jus ou encore la bombe aérosol. Dans « Les histoires d’amour » les personnages de droite se mêlent au décor, seulement discernables par de simples lignes. On se perd dans les méandres des détails, des motifs et des nuances, se demandant se qu’il faut regarder en premier et ce qui mérite notre attention entière.

Marc Molk, Le culte du style

© Marc Molk, Le culte du style, 2013, huile et acrylique sur toile, 162 x 130 cm

Marc Molk, Les histoires d'amour

© Marc Molk, Les histoires d’amour, 2015, huile et acrylique sur toile, 130 x 162 cm

Marc Molk, Dire je t'aime

© Marc Molk, Dire je t’aime, 2014, huile et acrylique sur toile, 100 x 81 cm

Marc Molk, La quarantaine

© Marc Molk, La quarantaine, 2012, huile et acrylique sur toile, 100 x 81 cm

Peintre mais aussi écrivain, Marc Molk dessine également des calligrammes. Inventé par Apollinaire, ce mot désigne un texte dont la disposition graphique forme sur la page un dessin. Ici la préciosité se ressent par la minutie de la graphie à l’encre de chine sur des papiers fragiles. Le spectateur doit lire le dessin autant que le regarder et l’examiner. Pourtant on est gêné de regarder de si près quelques dessins relevant de l’intime, de la sensualité et de l’érotisme. Mais la curiosité domine sur le malaise puisque tout spectateur veut savoir ce qu’il se cache derrière les calligrammes et ne pas être frustré. Ainsi, « Le Dahlia verlaine » ou « La Marseillaise en érection » sont des exemples qui prennent à contre-pied les formes qu’ils dessinent avec ironie. Ce dernier calligramme combine également un insecte piqué dessus et est alors baptisé par Marc Molk « entomogramme », association de « calligramme » et « entomologie ». Simples mais efficaces, ces dessins attirent le spectateur et invitent à la manipulation, pourtant impossible à cause de leur vulnérabilité.

Marc Molk, La Marseillaise en érection

© Marc Molk, La Marseillaise en érection, 2014, entomogramme, encre de chine sur papier & insecte, 24,4 x 18,5 cm

Marc Molk, Lol V. Stein Duras

© Marc Molk, Lol V. Stein Duras, 2015, calligramme, encre de chine sur papier, 50 x 70 cm

Marc Molk, Le dahlia Verlaine

© Marc Molk, Le Dahlia Verlaine, 2013, calligramme, encre de chine sur papier, 18 x 24 cm

Marc Molk, Marie vous avez la joue aussi vermeille Ronsard

© Marc Molk, Marie vous avez la joue aussi vermeille Ronsard, 2014, entomogramme, encre de chine sur papier & insecte, 18,5 x 24,4 cm