Un entretien Boum! Bang!

L’interview se fait dans la bonne humeur au Hangar 56, ses « r » roulés et autres particularités si typiques de son accent rebondissent sur les murs du lieu. Une petite italienne pétillante, hyperactive, sûre d’elle. Une véritable « Nan Goldin » en puissance, fougueuse mais aussi d’une grande maturité, il faut la suivre dès maintenant!

Portrait de Ludovica ©  Mariam Medvedeva

Portrait de Ludovica © Mariam Medvedeva

B!B!: Quelles sont tes origines et parle-nous de ton parcours artistique?

Ludovica Anzaldi: Je suis née en 1992 à Rome. J’y ai grandi mais je suis d’origine sicilienne. La Sicile c’est les vacances, la famille, le soleil originel! Il n’y a pas d’artistes dans ma famille mais à l’âge de 16 ans je suis allée au lycée artistique. L’art n’a pas vraiment été un choix pour moi, j’y suis arrivée par « défaut », par exclusion, parce que l’école normale ce n’était pas mon « trouc ». Je savais ce que je ne voulais pas mais pas ce que je voulais. Vivre à Rome ça a joué dans mon développement artistique, être immergée dans un des berceaux de l’histoire de l’art… Mais à mon arrivée en France il y a 3 ans, il me semble que c’est Paris qui a été le plus grand révélateur de cette fibre artistique. Malgré tout, il paraît que mon travail a un je ne sais quoi de très italien. J’ai commencé à aller à l’école de photo SPEOS, tout en travaillant et améliorant mon français. J’étais un peu toute seule au début et mon père m’avait donné un appareil photo argentique alors je me suis enfermée dans les ateliers photo de la mairie du Xème et au Centre Jean Verdier. La chambre noire est mise à disposition tous les jours. Je n’ai fait que ça pendant un an. Je change souvent d’idée alors je ne me suis pas engagée dans les grandes écoles style Gobelins, etc. Mais avec la maturité, depuis cette année j’ai intégré Penninghen où j’aborde d’autres médias comme le graphisme ou la peinture.

© Ludovica Anzaldi, Coralie, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Coralie, numérique, 2014.

B!B!: Comment appréhendes-tu ces nouveaux médias?

Ludovica Anzaldi: Mon délire, c’est la photo mais je suis curieuse et j’ai envie de tout mixer, de tout tester!

B!B!: Quelle est ton approche de la photo et quelles sont tes inspirations?

Ludovica Anzaldi: Après mon école de photo j’ai fais un stage chez Magnum. Je travaillais aux archives, ça a grandement contribué à « me faire un œil » d’avoir à portée de regard les clichés des plus grands photographes du monde. Cela permet de rapidement savoir si on est juste ou non, d’être autocritique. Pour mes références photographiques je citerais: Antoine D’Agata, Diane Arbus et Ferdinando Scianna qui a réussi à faire le beau mélange de la photo d’art et du photojournalisme. J’aimerais en faire autant!

© Ludovica Anzaldi, Laon-Teknival, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, Laon-Teknival, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, Mal-logés en colère, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, Mal-logés en colère, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, I just need the sun, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, I just need the sun, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, write what you think, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, write what you think, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, Homeless, argentique, 2012.

© Ludovica Anzaldi, Homeless, argentique, 2012.

B!B!: Quelles sont tes thématiques de prédilection?

Ludovica Anzaldi: Ma vie donc ça change souvent, rien n’est linéaire, sinon je m’ennuie. Tout dépend de qui je fréquente, de ce que j’aborde à l’école ou d’une expo que je suis allée visiter. J’aime me faire des surprises lors de ballades, je prends tout! Plus ma vie change et plus j’arrive à faire du neuf. C’est inextricable de ma démarche artistique. Ceci dit, il y a quand même des points fixes: beaucoup de femmes! J’ai toujours eu beaucoup des femmes autour de moi. Cela me permet de mettre en œuvre de belles collaborations, je n’ai pas les moyens de rémunérer mes modèles. Cela permet aussi un échange plus sincère, je n’impose rien. Elles font ce qu’elles veulent, c’est à moi de m’adapter et de saisir l’instant et non l’inverse qui figerait et abolirait l’authenticité, un naturel qui m’est cher. Aussi, tout ce qui porte un souffle de liberté m’inspire, c’est un idéal, je vis dans des « bulles » libres comme le milieu des squats par exemple.

© Ludovica Anzaldi, La grande inconnue, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, La grande inconnue, polaroïd, 2014.

B!B!: Qu’est-ce que t’inspirent les femmes?

Ludovica Anzaldi: Il m’est plus facile de travailler avec des femmes parce qu’on se comprend. C’est un reflet, un miroir de ma propre féminité. À mon sens, esthétisme rime avec féminité. C’est même une acceptation universelle, nous sommes tellement plus sensuelles, fines, séduisantes! La beauté à l’état pure, mais loin d’être privée de force! J’aime bien les hommes mais c’est plus compliqué de travailler avec eux, peut-être que ça changera….

© Ludovica Anzaldi, La bellezza è l’unica cosa contro cui la forza del tempo sia vana. Ciò che è bello è una gioia per tutte le stagioni, ed è un possesso per tutta l’eternità, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, La bellezza è l’unica cosa contro cui la forza del tempo sia vana. Ciò che è bello è una gioia per tutte le stagioni, ed è un possesso per tutta l’eternità, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Big Bang, numerique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Big Bang, numerique, 2014.

B!B!: Que penses-tu de l’image de la femme dans nos sociétés actuelles? 

Ludovica Anzaldi: C’est un objet et ce n’est pas ce que la culture a fait de mieux! J’ai fait un peu de photo de mode, mais les canons en vigueur ne m’intéressent pas. Les choses bougent un peu suite à certains scandales d’anorexie mais tout cela met du temps à changer, vivement que ce soit plus radical!

© Ludovica Anzaldi, Amy, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Amy, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Hard Bloc, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Hard Bloc, numérique, 2014.

B!B!: Ne serais-tu pas un peu féministe?

Ludovica Anzaldi: Oui et non… De facto parce que je suis et me sens femme mais je ne serai jamais engagée politiquement, ni une enragée toutes dents sorties! Seulement, jamais je n’accepterai de me faire marcher sur les pieds parce que je suis une femme, c’est fréquent dans le monde de l’art!

© Ludovica Anzaldi, Stronger, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Stronger, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Tieniti sempre forte, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Tieniti sempre forte, numérique, 2014.

B!B!: Comment vois-tu l’avenir avec la pratique de la photo?

Ludovica Anzaldi: Ne pas tomber dans une beauté virtuelle qui pousse de tous cotés de nos jours, c’est pour ça que je travaille autant que possible à l’argentique ou au polaroïd. J’ai un grand projet en cours avec ce dernier média, photographiant des femmes dans des univers différents. Faire de la photo d’art sans vendre mon âme pour autant. J’ai malgré tout fait de la photo de mariage quelques fois, c’étaient de belles expériences, j’y ai quand même pris plaisir, mais ce n’est pas là mon ambition. J’aimerais vivre de mes délires qui changeront sans cesse, de me faire connaître, de faire connaître les personnes qui m’entourent et collaborent avec moi… Comment espérer mieux !

© Ludovica Anzaldi, Maria, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Maria, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Baby J, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Baby J, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Lola, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Lola, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Néa, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Néa, polaroïd, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Tallulah, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Tallulah, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Geïsha, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Geïsha, numérique, 2014.

B!B!: Quels sont tes projets à venir?

Ludovica Anzaldi: Finir mes études et continuer à exposer dans les cafés et les bars parisiens, dans des expos collectives des milieux underground tel les qu’à l’Albatros à Montreuil lors de l’événement « Trait d’union ». Je multiplie ce genre d’expériences, au coup de chance, en me baladant avec des cartes de visite en poche. J’aime que les choses se fassent spontanément, c’est toujours tout au feeling avec moi! Je ne me sens encore pas prête à démarcher les galeries, à amputer mon temps de création, je n’arrive déjà pas à réaliser tout ce que j’ai à l’esprit. J’ai récemment eu une publication dans Vogue Italie. Qui m’aime m’expose!

B!B!: Quelle est ta vision du monde d’aujourd’hui et quel serait ton message à l’humanité?

Ludovica Anzaldi: Je trouve que notre monde est assez moche, on touche le fond. Pour la suite, on verra, il va falloir remonter. L’être humain est totalement maso mais il s’en sort toujours… du moins jusqu’à maintenant. On ne vit qu’une fois, il faut s’éclater, faire ce que l’on aime, éviter trop de souffrances. Mais faire ce qu’on aime c’est pour moi la clé du bonheur.

© Ludovica Anzaldi, Misungui in a better world, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Misungui in a better world, numérique, 2014.

B!B!: Pour finir, comme d’habitude, un portrait de toi version questionnaire de Proust. Que serais-tu si tu étais une plante?

Ludovica Anzaldi: Du mimosa, un truc jaune pétant et qui part dans tous les sens!

B!B!: Un élément?

Ludovica Anzaldi: Le feu!

B!B!: Un objet de tous les jours?

Ludovica Anzaldi: Un ordinateur!

B!B!: Une partie du corps?

Ludovica Anzaldi: Les mains!

B!B!: Une phobie?

Ludovica Anzaldi: La mort!

B!B!: Une passion?

Ludovica Anzaldi: L’art!

B!B!: Un animal?

Ludovica Anzaldi: Un koala, par tendresse pour ma sœur car on se surnommait mutuellement ainsi pendant notre enfance. Sinon, une panthère noire avec les yeux jaunes.

B!B!: Un pays?

Ludovica Anzaldi: ITALIAAAAAA!!!!!!

B!B!: Une citation?

Ludovica Anzaldi: « I don’t have a dirty mind but I have a sexy imagination ». Je ne connais pas l’auteur mais c’est une devise qui tournait sur le net et que j’ai fait mienne.

B!B!: Si je te dis Boum! Bang!?

Ludovica Anzaldi: Bling Bling!

© Ludovica Anzaldi, Nymph, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Nymph, numérique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, A cosa serve una grande profondità di campo se non c’è un’adeguata profondità di sentimento?, argentique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, A cosa serve una grande profondità di campo se non c’è un’adeguata profondità di sentimento?, argentique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Il buon giorno si vede dal mattino, argentique, 2014.

© Ludovica Anzaldi, Il buon giorno si vede dal mattino, argentique, 2014.

http://ludovicanzaldi.tumblr.com/

https://www.behance.net/LudovicaAnzaldi

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