Les années 1980-1990 furent des décennies durant lesquelles le corps fit son «retour» sur la scène artistique. A l’image de Robert Gober ou Jana Sterbak, Kiki Smith (née en Allemagne en 1954, vit et travaille à New York) témoigne de l’importance du corps et de sa représentation comme réceptacle d’un discours, voire d’un combat. Fille du sculpteur minimaliste Tony Smith (1912-1980), l’artiste, pluridisciplinaire, fut parmi les témoins des premiers ravages de l’épidémie du sida qui deviendra très vite mondiale.

Kiki Smith refuse la représentation normée du corps produit par la société contemporaine. Son art laisse filtrer des thèmes qui lui sont chers : le corps, la maladie, la blessure, la vulnérabilité, la mort (sur le mode du memento mori). Son utilisation de la cire peut se référer au théâtre anatomique ; l’ambition de cette discipline était une étude objective des structures de l’organisme dans ses moindres détails, de l’anatomie comme division exacte du corps, plaçant sur les devants de la scène une représentation  à la fois spectaculaire et horrifiante. Cependant, elle en prend le contre-pied. Elle critique la suprématie du savoir biomédical : le pouvoir de la médecine moderne, capable de classer, de distinguer un corps sain d’un corps malade. Kiki Smith  souligne qu’elle «n’aime pas la manière dont la médecine a investi le corps», évidemment sans en renier la puissance et l’utilité. L’artiste relève la fragilité de l’être humain, renforcée (ou accélérée) par la maladie et ses nombreuses conséquences qu’elles soient physiques, sociales, identitaires ou psychologiques.

En dernier lieu, il convient de souligner le tournant artistique que l’artiste effectue durant les années 1990. Laissant le corps, sa représentation et la pléiade de questions et de réflexions qu’il implique, elle se focalise sur la nature, le monde animal et ses relations avec l’Homme, les contes de fées et la mythologie religieuse et cosmologique. Cependant, elle continuera à aborder, de manière indirecte, certains thèmes liés à la mort et à la condition éphémère de l’Homme, comme par exemple l’angoisse de la disparition.

Kiki Smith, Untitled, 1990 Kiki Smith, Untitled, 1990 ©
Kiki Smith,  Blood Pool, 1993Kiki Smith,  Blood Pool, 1993 ©
Kiki Smith, Tale, 1992Kiki Smith, Tale, 1992 ©
Kiki Smith, Untitled, 1988Kiki Smith, Untitled, 1988 ©
Kiki Smith, Daisy chain, 1992Kiki Smith, Daisy chain, 1992 ©
Kiki Smith, Bloodpool, 1992Kiki Smith, Bloodpool, 1992 ©
Kiki Smith, Hanging woman, 1992Kiki Smith, Hanging woman, 1992 ©
Kiki Smith, Sueno, 1995Kiki Smith, Sueno, 1995 ©
Kiki Smith, All souls, 1988Kiki Smith, All souls, 1988 ©
Kiki Smith, All souls, 1988Kiki Smith, Jars, 1987-1990 ©

Kiki Smith, All souls, 1988Kiki Smith, Rapture, 2001 ©

Kiki Smith, Getting the Bird Out, 1992 Kiki Smith, Getting the Bird Out, 1992 ©

Kiki Smith, Worm, 2002Kiki Smith, Worm, 2002 ©

Kiki Smith, Walking Puppet, Installation, Major Henry Trippe House, Chamber Staircase, Brooklyn Museum, 2008 Kiki Smith, Walking Puppet, Installation, Major Henry Trippe House, Chamber Staircase, Brooklyn Museum, 2008 ©

Kiki Smith, Born, 2002 Kiki Smith, Born, 2002 ©

Kiki Smith, Second Choice, 1987Kiki Smith, SecondChoice, 1987 ©

Kiki Smith, My blue lake, 1995Kiki Smith, My blue lake, 1995 ©

Kiki Smith, Wolf girl, 1999 Kiki Smith, Wolfgirl, 1999 ©

Kiki Smith photographiée par Nan Goldin Kiki Smith photographiée par Nan Goldin ©