Un entretien Boum! Bang!

Broyer du noir en couleurs, c’est ce que l’on pourrait imaginer que fait l’artiste Guillaume Stortz. Malgré ses anciens démons, il revendique, bien au contraire, une peinture naïve et énergique dont la fonction est de lui offrir un doux traitement de choc tout en diffusant dans les yeux de ses spectateurs une salvatrice dose de bonheur.

B!B!: Quel a été ton parcours et comment es-tu devenu artiste?

Guillaume: Ado, je voulais faire de la réalisation cinématographique mais pour mes parents il n’y avait pas de réels débouchés dans ce domaine. J’ai donc suivi des études de commerce. Je n’allais pas vraiment en cours et je passais mon temps à dessiner au café. C’était ma porte de sortie, mon refuge, mon espace d’expression. Mes mauvais résultats m’ont poussé dans une dépression. J’ai eu du mal à m’en remettre mais j’ai eu envie de m’en sortir et de me consacrer entièrement à la création. J’ai eu une première expérience professionnelle dans une agence de communication à Paris puis, je suis allé pendant un an dans une école d’art à Annecy. La formation qu’elle proposait ne m’a pas permis d’exploiter mes compétences. Les médicaments que je prenais à l’époque ne me mettaient pas non plus dans de bonnes conditions. J’ai donc quitté l’école et je suis parti travailler pendant plusieurs mois au Canada dans une société spécialisée dans le dessin animé. Au fil de ces expériences, j’ai continué à peindre, à faire de l’illustration, de la musique, des films et j’ai décidé de faire de mon art un métier. Depuis, j’ai fait plusieurs expos dont une à Paris et j’ai participé à des ateliers d’artistes dans ma région natale (Thonon et Évian) tout en réalisant des commandes.

B!B!: Est-ce que tu peux nous présenter ton travail?

Guillaume: Côté technique, je ne travaille que sur des châssis, petits et grands formats, avec une préférence pour ces derniers. J’utilise de la craie grasse, du pastel sec, des Posca, des pigments, du vernis, des crayons, des stylos, des feutres et de la peinture acrylique. C’est avec cette dernière que je suis le plus à l’aise car elle me permet d’obtenir les couleurs vives que j’aime tant comme le fluo et qui n’existent pas en huile. Côté sujet: je raconte des histoires et je propose aux gens d’en faire leur propre interprétation. Elles sortent directement de mon esprit, passent par le crayon et rejaillissent sur la toile. L’aventure commence comme ça: le premier coup de pinceau appelle le deuxième, qui lui même appelle le troisième, un petit peu comme une sorte de rébus. Mes créations sont ainsi très spontanées, pleines d’affect et d’émotions et c’est comme cela depuis le début. Dans les cafés, je réalisais des sortes de récits de mes journées en dessin. Ce qui survenait était transféré au fur et à mesure sur le papier et aujourd’hui, c’est la même chose, tout est marqué et assemblé petit à petit sur la toile. Parfois, je laisse plus de place à l’imaginaire. D’autres œuvres sont, au contraire, beaucoup plus réfléchies et s’articulent autour d’une sorte d’image-logo que j’aurais étudié sous tous les angles pour lui donner l’aspect souhaité. En tous les cas, ma spontanéité va de paire avec les outils que j’utilise et qui ne me permettent pas d’effacer, puis de recommencer. Alors, parfois, il m’arrive de me perdre et de devoir retrouver mon chemin sur la toile.

Guillaume Stortz, Bonhomme

Guillaume Stortz, Bonhomme, 97 x 130 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Colored Shadows

Guillaume Stortz, Colored Shadows, 146 x 114 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Gribouillon

Guillaume Stortz, Gribouillon, 60 x 50 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Insecte

Guillaume Stortz, Insecte, 97 x 130 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Little Dragon

Guillaume Stortz, Little Dragon, 114 x 146 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Miss Liberty

Guillaume Stortz, Miss Liberty, 70 x 50 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Batman Reborn

Guillaume Stortz, Batman Reborn, 146 x 114 cm © Guillaume Stortz

B!B!: Qu’est-ce que tu racontes de toi dans tes œuvres?
Guillaume: On me découvre à travers mes œuvres, moi, mes états d’âme et surtout mon optimisme. Je n’ai pas du tout envie de m’enfermer dans une sorte de rage pendant mon processus créatif, même s’il m’arrive de travailler sur le thème du deuil. Je tente plutôt de mettre en image ce qui sort de ma tête en étant positif. Quand j’étais malade, je faisais des trucs trash pour que le mal en moi sorte, pour expulser ma mélancolie. Aujourd’hui, si j’utilise plus de couleurs c’est pour accentuer mon optimisme. J’essaye de maîtriser mon « dark side », de le camoufler et de plutôt regarder le monde avec un regard d’enfant pour donner du bonheur aux gens.

B!B!: Tu évoques un regard d’enfant pour parler de ton travail. Pourquoi?

Guillaume: Quand je regarde les dessins de ma fille, cela me fait un bien fou et je me dis que si grâce à ma peinture je peux faire du bien aux gens c’est parfait. Si je garde ma naïveté, si je reste hermétique à tout ce qu’on peut voir, c’est pour aller dans la bonne direction, même si pour cela je dois me calfeutrer dans mon monde. Moi, avec le poids de mon vécu, je ne veux pas demander aux gens de voir la vie comme je la vois. Et puis, je pense que si l’on ne se prend pas trop au sérieux, on peut faire de belles choses. C’est pour cela que j’affectionne tant l’innocence des enfants. Eux, n’ont pas d’arrière-pensées, ils ne sont pas manipulés comme nous le sommes par tout un tas de trucs. C’est ce côté naïf que j’aime bien même si dans mon travail, il y a aussi beaucoup de technique et de recherches.

B!B!: Tu parles de chahut pour décrire tes toiles. Pourquoi?

Guillaume: Je nous considère comme des émetteurs-récepteurs, des sortes de réceptacles. Tout ce que nous avons en tête vient de quelque part ou de quelqu’un, sans cohérence ou logique. Le fait de tout « transférer » sur une toile, sans rien bloquer est un des grands principes de mon travail et c’est ce qui explique ce chahut  visuel fait de bonnes ou de mauvaises pensées que je fais passer de ma tête à la toile, sans vraiment les canaliser. Elles jouent pour moi un rôle d’exutoire. Elles permettent à mon esprit de se décharger d’un trop plein, de cicatriser certaines blessures et de dire certaines choses que je n’arrive pas à exprimer.

Guillaume Stortz, Never give up

Guillaume Stortz, Never give up, 120 x 160 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Do you know

Guillaume Stortz, Do you know, 160 x 120 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 60 x 40 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 60 x 40 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Welcome to the blackboard

Guillaume Stortz, Welcome to the blackboard, 120 x 160 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 60 x 40 cm © Guillaume Stortz

B!B!: Quels artistes t’ont servi de modèle? Est-ce que tu te sens proche d’une école, d’un mouvement?

Guillaume: Je n’ai pas vraiment étudié la peinture, mais j’aime beaucoup l’expressionnisme abstrait, et tout ce qui est abstrait. Contrairement à ce que certains pourraient penser, je ne me sens pas proche du street art ou du graffiti même s’il m’est arrivé de faire quelques tags. Moi, je me sens plus inspiré par la calligraphie et ma culture graphique est très liée à l’univers du snowboard et du skate. J’ai décoré des voitures de compétition, des casques, des vitrines, je dessinais des baskets avec mon ordinateur et je suis un grand fan de Jamie Lynn, un artiste qui fait notamment la déco de boards de snow pour la marque Lib Tech. J’ai également été influencé par l’un des mes oncles qui était peintre ainsi que par des dessinateurs/graphistes comme Iain MacCay, Dermot Power ou Claire Wendling qui travaillent dans la création de costumes ou de décors pour le ciné. J’aime leur façon de faire. Quand ils doivent dessiner un vaisseau spatial, ils ne le font pas au hasard. Ils réalisent des croquis techniques pour le matérialiser, pour lui donner une forme concrète même s’il n’existe pas réellement. Je me nourris également énormément de musique. Elle me donne de la force pour avancer, je ne peux pas créer sans elle.

B!B!: Une journée dans ta vie, c’est comment?

Guillaume: Je me lève, je bois un thé, je vais à mon atelier et je peins sur ce que j’ai, c’est-à-dire sur ce que j’ai emmagasiné, sur ce que j’ai dans la tête. Plus je suis « plein », plus je suis en état de peindre et plus je peux rester dans cet état longtemps. Parfois, cela peut durer des heures, sans que je boive ou que je mange. Je passe alors par des états émotionnels différents qui surgissent et m’envahissent par vague. Ensuite, j’arrête et j’ai besoin de me reposer car ce moment pendant lequel je me vide est très fatigant… La peinture n’est pas un passe temps, c’est un job à plein temps qui demande beaucoup d’énergie et pendant lequel il faut être patient, précis et avoir du recul. C’est psychiquement super intense.

Guillaume Stortz, Pamplemousse funky

Guillaume Stortz, Pamplemousse funky, 100 x 150 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Pirate Memento

Guillaume Stortz, Pirate Memento, 120 x 90 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Upset

Guillaume Stortz, Upset, 146 x 114 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Zion

Guillaume Stortz, Zion, 91 x 123 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Ronin

Guillaume Stortz, Ronin, 114 x 146 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, On-Off

Guillaume Stortz, On-Off, 75 x 75 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Do you want more

Guillaume Stortz, Do you want more, 116 x 157 cm © Guillaume Stortz

B!B!: Sur quoi travailles-tu en ce moment et quelles sont tes actualités?

Guillaume: Je travaille dans un atelier-galerie qui  s’appelle « Territoire(s) » et qui se trouve à Thonon les Bains. Je le partage avec d’autres artistes comme les photographes Alexandre Mouthon et Vincent Bordet. Ce lieu est géré par la peintre Céline Marcoz qui y expose et propose à d’autres artistes des résidences. Une initiative qui a beaucoup de mérite car, à l’endroit où j’habite, les galeries se font rares. Ces derniers mois, j’ai fait pas mal d’œuvres différentes. Certaines de mes dernières toiles mettent en scène « Mister Jones », un personnage que j’ai inventé quand je faisais du dessin animé. J’ai également travaillé sur un Memento Mori et sur des œuvres incluant mon « Batman ». J’utilise aussi beaucoup les coulures en ce moment et je viens également de travailler sur une nouvelle série en noir, blanc et couleurs.

B!B!: Et finalement, tu es plutôt noir et blanc ou couleurs?

Guillaume: Mon utilisation du noir et blanc vient d’une envie de faire référence aux tableaux noirs qu’il y avait dans les écoles. D’où le nom de l’une de mes séries : « Black Board ». C’est une sorte de pied de nez au système scolaire qui ne croyait pas en moi, une sorte de revanche sur les institutions. J’ai envie de tous leur dire maintenant : « Regardez, voilà ce que j’arrive à faire sur vos tableaux noirs ». La couleur, c’est plus difficile, il y a un système à respecter pour être cohérent. Mais, ce que j’aime, c’est qu’avec elle je peux représenter des émotions, et d’une manière générale, je suis plus facilement bouleversé par un tableau en couleurs que par un tableau en noir et blanc.

B!B!: Quelle est la place des mots dans tes œuvres?

Guillaume: En fonction du dessin que je vais faire, les mots vont être là comme une légende, mais ils n’expliquent rien, ils sont plutôt là pour poser des questions.

Vue d’exposition de 92 tableaux sans titre

Vue d’exposition de 92 tableaux sans titre, 15 x 15 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 15 x 15 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 15 x 15 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 15 x 15 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 15 x 15 cm © Guillaume Stortz

Guillaume Stortz, Sans Titre

Guillaume Stortz, Sans Titre, 15 x 15 cm © Guillaume Stortz

B!B!: Les chroniqueurs de Boum!Bang! ont pour habitude de terminer leurs interviews par une sélection de questions issues du questionnaire de Proust. En voici quelques unes librement adaptées:

B!B!: Quel est ton artiste favori?

Guillaume: Maya Hayuk. Son travail est frais, plein de peps, elle me fait vraiment du bien et je pense souvent à elle. J’apprécie également le travail de Jean-Michel Basquiat. On se pose beaucoup de questions quand on voit ses peintures. Son travail est graphiquement intense, surprenant, puissant et violent. Et comme je vous le disais, je suis aussi fan du travail de Iain McCaig et Dermot Power.

B!B!: Quel artiste aurais-tu aimé rencontrer de son vivant?

Guillaume: Georges Lucas. Je pense qu’il est barjot.
B!B!: Si tu changeais de profession, tu ferais quoi?

Guillaume: Moine bouddhiste au Bhoutan.
B!B!: Dans quel pays aimerais-tu vivre?

Guillaume: Au Bhutan ou au Japon, mais à l’époque médiévale.
B!B!: Quelle est ta ville favorite?

Guillaume: Paris.

B!B!: Quelle est la musique que tu écoutes en boucle en ce moment?

Guillaume: Le dernier Nas.

B!B!: Si tu étais une couleur, tu serais?

Guillaume: Le rouge.

B!B!: Si tu étais un monstre, tu serais?

Guillaume: Le Grinch.

B!B!: Si tu étais un héros, tu serais?

Guillaume: Spiderman, parce qu’il fait des toiles.

B!B!: Si tu étais un jouet, tu serais?

Guillaume: Une boite de Lego.

B!B!: Si tu étais un enfant célèbre, tu serais?

Guillaume: Michael Jackson.

B!B!: Si tu étais une onomatopée, tu serais laquelle?

Guillaume: Boum.

B!B!: Ta BD favorite?

Guillaume: Calvin et Hobbes.

B!B!: Quelle est ta principale qualité et ton principal défaut?

Guillaume: Perfectionniste, ça c’est un défaut. Et une qualité: guerrier de la mort.

B!B!: Quelle est ta devise?

Guillaume: Qui va piano, va sano.

B!B!: Ton idole?

Guillaume: Natalie Portman.

B!B!: Si tu avais un pouvoir magique, ça serait lequel?

Guillaume: La téléportation.

B!B!: Et pour terminer, si je te dis Boum!Bang!, tu me dis?

Guillaume: Aïe! Ouille!


Retrouvez toutes les oeuvres de Guillaume sur son site et si vous souhaitez le contacter: guillaumestortz@hotmail.fr
Remerciements à Barbara Stortz, Séverine Delva et Éric Delva.

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