Pas d’angoisse de la page blanche pour la rentrée à la Galerie de Roussan, bien au contraire…

Une quarantaine d’artistes est invitée dans l’espace restreint de la galerie à réaliser une œuvre « petit format », – 21 x 29,7 cm – ces dimensions évoquant le format classique de la feuille de papier. À travers des dimensions conventionnelles, ces artistes ont réfléchi autour du lieu même de la galerie, espace lié à un quartier historique et révolutionnaire, et de ses représentations. Transcendant le protocole en vigueur, les artistes se sont inscrits dans cet espace symbolique et y ont généré un « joyeux bordel »,  plutôt revigorant.

Dessin, peinture, installation, sculpture, vidéo, musique, toutes les pratiques artistiques se trouvent réunies, liées les unes aux autres par plusieurs commissaires. C’est un enchevêtrement de formes, de matières et d’idées. Sons, images et discours au cœur duquel le visiteur est entièrement sollicité et se trouve témoin d’un test de complémentarités entre ces éléments divers. C’est lui qui va créer les possibilités de système, de tisser et/ou de révéler les liens entre les œuvres. C’est finalement lui l’acteur, la pièce d’art vivant.

Les liens engagés sont forts. Entre le lieu et l’histoire du quartier, quelques œuvres se font passerelles, autant entre l’histoire aujourd’hui – ce qu’il se passe dans cette galerie, les œuvres en tant que représentations d’une pensée – et l’histoire d’hier, ce qu’il s’est passé autour/dans/à travers ce lieu. Œuvres fortes et impactantes, un air d’insurrection flotte dans l’air: Chant Révolutionnaire de Michèle Metail au rez-de-chaussée, Les Pas Sages de Raphaël Tachdjian au sous-sol, la Révolution Permanente de Boris Segan, cachée derrière l’escalier.

L’Amour et la Violence résonnent, entre la Fracture de Mathieu Bonardet, dans laquelle le mouvement violent d’un bras vient agresser un mur avec une mine graphite, jusqu’à essoufflement, et Les Lettres d’Amour parisiennes de Joël Andrianomearisoa, boîte transparente dans laquelle ont été collectées des déclarations d’amour à des êtres chers, un territoire, une ville. Le Mysticisme vient taquiner la Religion, la Pierre Philosophale des frères Chapuisat dialogue au rez-de-chaussée de la galerie avec le Blasphème des masses molles dans les chiasses dures de Joël Hubaut et L’œil Vert de Frédéric Pardo, avec une pointe de provoc’ Art Bitte Traire par Charles Dreyfus. Tout ça sur fond de gaîté et d’humour, que le cynisme ne manque pas de relever.

Michèle Metail, Chant RévolutionnaireMichèle Metail, Chant Révolutionnaire, 2011, Photographie numérique, tirage argentique, 20 x 29 cm, Exemplaire unique ©
Mathieu Bonardet, Fracture, 2012Mathieu Bonardet, Fracture, 2012, mine graphite sur mur, installation in situ ©
Joël Andrianomearisoa, Lettres d’amour parisiennes, parisian love lettersJoël Andrianomearisoa, Lettres d’amour parisiennes, parisian love letters, 2012, Papier, encre plexiglas, 24 x 32 x 5 cm ©
Les frères Chapuisat, La Pierre PhilosophaleLes frères Chapuisat, La Pierre Philosophale, 2012, Assemblage de minéraux, cannabis et papier, 4,5 Kg, 20 x 15 x 10 cm © Courtesy JGM Galerie
Joël Hubaut, Blasphème des masses molles dans les chiasses duresJoël Hubaut, Blasphème des masses molles dans les chiasses dures, 2012, Aquarelle, crayon, acrylique, 21 x 29,7 cm ©
Frédéric Pardo, L’oeil vert, 2001Frédéric Pardo, L’oeil vert, 2001, Huile et tempéra sur bois, 22 x 16 cm ©
Charles Dreyfus, Art Bitte TraireCharles Dreyfus, Art Bitte Traire, 1999, Repoussoir, 13 x 13 x 9 cm ©
Visu in situ de l'expoVisu in situ de l’expo 21 x 29,7 @ Galerie de Roussan
Visu in situ de l'expoVisu in situ de l’expo 21 x 29,7 @ Galerie de Roussan
Visu in situ de l'expoVisu in situ de l’expo 21 x 29,7 @ Galerie de Roussan
Visu in situ de l'expoVisu in situ de l’expo 21 x 29,7 @ Galerie de Roussan
Visu in situ de l'expoVisu in situ de l’expo 21 x 29,7 @ Galerie de Roussan
Visu in situ de l'expoVisu in situ de l’expo 21 x 29,7 @ Galerie de Roussan

C’est une expo qui remue, qui se déplace à travers les liens que l’on veut bien faire entre les pièces, toutes chargées d’une masse forte. Le visiteur trouve les rapports, les fait, les défait. Les œuvres s’activent dans un ensemble et se détachent dans un même temps (une œuvre fonctionne seule). Prise dans un double état, l’œuvre vient éclairer et est elle-même éclairée dans un mouvement synchronique. Son ombre et sa lumière viennent jouer et tester une ou plusieurs autre(s) œuvre(s), et ainsi alimenter la charge poétique de l’exposition (le système).

L’interférence de la pièce de Rero avec celle de Nathaniel Rackowe par exemple, procure une sensation trouble, comme si la lumière de l’œuvre de Nathaniel Rackowe venait se substituer au vide et aux découpes de celle de Rero ou inversement. L’action se joue dans l’enchevêtrement des matières, et dans le trouble du regard.

Rero, The installation failed, 2012Rero, The installation failed, 2012, Papier aquerelle arches, 21 x 29,7 © Courtesy Backslash Gallery
Nathaniel Rackowe, Timber, card, paint, FluorescentNathaniel Rackowe, WLP12, 2012, Timber, card, paint, Fluorescent Light, 31 x 35 x 9 cm © Courtesy Galerie Bischoff / Weiss ©

Tout lien perdu en dehors de la forme, le pari « Fuck the limits » est relevé. Et comme de la forme et du tangible, les œuvres viennent s’amuser de la temporalité. Lily Hibberd vient compresser le temps avec sa vidéo Polar time, tandis que Sandra Aubry & Sébastien Bourg le fige et que Cyrill Hatt le rafistole…

Lily Hibberd, Polar timeLily Hibberd, Polar time: a year in six minutes, one sunrise, 2012, 6:26 min, Digital video, Soundtrack: The Knife – This is now, 2004 ©
Sandra Aubry & Sébastien Bourge, Energy thinksSandra Aubry & Sébastien Bourge, Energy thinks, volume 1, 2012, Béton, cadre métal, verre, tablette, environ 30 x 20 x 25 cm ©
Cyril Hatt, Réveil, 2012, RéveilCyril Hatt, Réveil, 2012, Réveil, tirage argentique, agrafes, 15 x 15 x 5 cm © Courtesy Galerie Bertrand Grimont

A man on a bridge. Ici et ailleurs. Au milieu de toute cette Histoire, il y a un homme, pris dans un plongeon qui va arriver. Qui est perpétuellement en train d’arriver. Pris dans un mouvement d’avant-chute, comme un arrêt sur image.

Mathieu Briand, Man on bridgeMathieu Briand, Man on bridge, 2011, Impression laser 3D / Polyamide, 15 x 5 x 35 cm, 3 exemplaires + 1 EA ©

Et au centre de l’expo « 21 x 29,7 » se dressent Les Refus, de Mohamed Bourouissa. Livre de projets refusés, comme mis à l’Index, c’est ce cri silencieux qui finalement donne le ton de l’exposition et sa portée. Point irradiant, il condense et rayonne; et surtout, il replace bien l’Art dans son mouvement passionné et contestataire.

Mohamed Bourouissa, Les refusMohamed Bourouissa, Les refus, 2012, Livre de projets refusés, 17 x 12 cm © Courtesy de l’artiste
Arnaud Labelle-Rojoux, Ce n’est pas une raison pour la détériorerArnaud Labelle-Rojoux, Ce n’est pas une raison pour la détériorer, 2012, Collage, crayon sur carton, 19 x 21,5 cm © Courtesy galerie Loevenbruck
Esther Ferrer, Paquet cadeau (made in France)Esther Ferrer, Paquet cadeau (made in France), 1986, pavé, ruban, 11 x 9,5 x 10 cm ©
Louis Roquin, Rouge, 2012, Partition stéréographiqueLouis Roquin, Rouge, 2012, Partition stéréographique, Instrumentation libre, Tempo : = 60, 29 x 23 cm ©
François MazabraudFrançois Mazabraud, Esquisse 2068, 2012, Page d’agenda sérigraphiée sur papier gravure, dessin à l’encre noire appliquée au stylo plume, 13,2 x 16, 5 cm, 3 éditions uniques ©
Rachel Laurent, MarseilleRachel Laurent, Marseille, 2012, Photographie, impression sur papier, 21 x 29,7 cm, 3 exemplaires + 1EA ©

Galerie de Roussan
10 rue Jouye-Rouve
75020 Paris

« 21 x 29,7 »
Exposition collective du 13 septembre 2012 au 3 novembre 2012
Commissaires d’exposition: Jean-Jacques Lebel, Nabila Mokrani et la Galerie de Roussan

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