Vous qui regardez,
sur les murs de la galerie,
les pieds au sec dans vos baskets ;
penchez vous sur ces miroirs d’eau…
Une porte vous est ouverte sur le jardin secret de l’artiste Emeli Theander.
Une fenêtre sur sa jungle. Sur la toile, l’artiste a imaginé sa propre forêt. Ce lieu d’errance, de solitude, et de folie aussi. Hors des contrées connues, hors des villes, hors des routes, hors des frontières, c’est une entrée, une bascule dans un Pays Imaginaire ou un Pays des Merveilles. Une jungle fantasmagorique, hors du taxi, derrière la porte, pas de paillasson, une zone humide, une forêt rouge dans une brume blanche.

Henri Rousseau peignait à son époque ses rêves et sa propre jungle. Emeli s’est emparée des mêmes graines. Sous son pinceaux se rappellent ses heures de psychanalyse, ses introspections et les nombreux voyages dans son subconscient. Elle a dessiné ses paysages en faisant germer les souvenirs, l’enfance, les peurs prenant forme dans de mystérieuses fleurs, plantes et créatures qui prolifèrent dans ce marais glacé. Il faut dire que ses frontières avec la maladie, la mort et dans le même temps la naissance de son premier enfant, ont amené son travail à prendre racine dans des « profondeurs sombres » pour s’épanouir dans « des fleurs claires » (1).

Derrière les arbres, sous les eaux de cette forêt camouflage, il y a des femmes.
Sont-elles femmes ou des filles ? Ces femmes habitent elles ces jardins ou en sont-elles les prisonnières ?
Il y a des fleurs qui se meurent et d’autres qui ressuscitent.
Vous rappelez vous d’Ophélie ? Cette beauté Shakespearienne qui s’est noyée dans la rivière parmi le romarin et le pensées. Elle reprend vie ici, derrière le pinceau de l’artiste. Une Ophélie si pure dans une jungle si farouche.

Les histoires de ses tableaux sont presque mythologiques, mais ici pas de dieux, de faunes ni de satyres. Ici, vous êtes dans un pays de nymphes nues qui s’adonnent à d’étranges rituels. Cachées derrière le feuillage de ces terrifiques Bermudes, elles s’organisent en sabbat nocturnes, et se métamorphosent. Tantôt femmes ou animal, elles se vêtissent d’autres peaux et se cachent derrière d’autres masques. Elles sont les amies des jaguars, amadouent les loups, communiquent avec les morts, et se langent dans des lagons précieux.

Vous qui regardez,
ces bains miraculeux vous intriguent ?
Approchez votre nez de la fenêtre,
mais restez les pieds au sec dans vos baskets…
Car, ici, on ne sait quelles bestioles pourraient vous les croquer. Ouvrez les yeux, autour de vous, des plantes carnivores dévorent des mygales. Ces jardins suspendus sont peuplés d’étranges créatures, de singes bleus, de serpents jaunes, d’aigles blancs ou de vilains crocos. Tous se cachant derrières les feuilles vertes des arbres noirs. Ils vous regardent, vous guettent.
Ouvrez les yeux.
Partout vous êtes scrutés, humés, écoutés.
Qui êtes vous ?
Prenez garde si du bois craque sous vos semelles.
Ses yeux animaux sont les gardiens du temple des amazones translucides.
Penchez vous sur le miroir d’eau,
Ce pays camouflage est parfois coupé par des lignes droites, comme un jeu de glaces à traverser, une attraction de fêtes foraines de quand on est petit, à rentrer dedans, se prendre les vitres dans le nez, ne pas retrouver la sortie, devenir fou.
Dans ces vitres, des reflets de chimères ou de rêveries ?
Vous qui regardez,
traversez le miroir…

Dans la jungle tropicale d’Emeli Theander, il y a une atmosphère enfantine, de transgression, de peur aussi… In a wilderness of heartbreak (dans un désert de chagrin), c’est le titre d’un de ses tableaux. Alors délassez vos chaussures et laissez vos pieds pénétrer la boue d’argent de ce poumon florissant. Allez, dansez dans les oasis de vos larmes. Retournez à vos instincts les plus purs. Vivez avec les monstres qui vous terrifient. Troquez vos vêtements et écoutez les grognements de votre sauvagerie intérieure.

(1) propos de l’artiste

Bathers, Emeli Theander, huile sur toile, 30x40cm, 2018

Bathers, Emeli Theander, huile sur toile, 30x40cm, 2018

Beasts, Emeli Theander, huile sur toile, 160x180cm, 2019

Beasts, Emeli Theander, huile sur toile, 160x180cm, 2019

Crossing paths, Emeli Theander, huile sur toile 170x140cm, 2019

Crossing paths, Emeli Theander, huile sur toile 170x140cm, 2019

Cry Baby III, Emeli Theander, huile sur toile, 24x18cm, 2019

Cry Baby III, Emeli Theander, huile sur toile, 24x18cm, 2019

dog without reflection. Emeli Theander, huile sur toile, 200x140cm, 2019

dog without reflection. Emeli Theander, huile sur toile, 200x140cm, 2019

Flying South, Emeli Theander, huile sur toile, 80x100cm, 2019

Flying South, Emeli Theander, huile sur toile, 80x100cm, 2019

Hide and seek, Emeli Theander, huile sur toile, 170x120cm, 2019

Hide and seek, Emeli Theander, huile sur toile, 170x120cm, 2019

I'll be your body when your body is broken. Emeli Theander, huile sur toile 180x200cm, 2016-2019.jpg

I’ll be your body when your body is broken. Emeli Theander, huile sur toile 180x200cm, 2016-2019.jpg

In a wilderness of heartbreak, Emeli Theander, huile sur toile, 150x170cm, 2019

In a wilderness of heartbreak, Emeli Theander, huile sur toile, 150x170cm, 2019

In Rousseau's Garden, Emeli Theander, huile sur toile, 30x24, 2018

In Rousseau’s Garden, Emeli Theander, huile sur toile, 30×24, 2018

Longing for utopia, Emeli Theander, huile sur toile, 170x150cm, 2018

Longing for utopia, Emeli Theander, huile sur toile, 170x150cm, 2018

Sweet distress, Emeli Theander, huile sur toile, 160x140cm, 2019

Sweet distress, Emeli Theander, huile sur toile, 160x140cm, 2019

The Fountain, Emeli Theander, huile sur toile, 40x50cm, 2019

The Fountain, Emeli Theander, huile sur toile, 40x50cm, 2019

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