Si vous n’avez pas chaussé les bonnes lunettes ou si vous totalisez moins de 4 / 10 à vos deux yeux, cet article risque d’être pour vous un véritable parcours du combattant. Il y est question en effet des collages minutieux et quelque peu apocalyptiques de l’artiste anglais David Mach.

Né à Methil (Écosse) en 1956, David Mach vit et travaille aujourd’hui à Londres. Il s’est fait connaître grâce à des installations monumentales comme « Polaris » (1983), un sous-marin grandeur nature réalisé à partir de pneus de récupération, ainsi que « Temple at Tyre » (1994), une réplique du Parthénon, également en pneus, installée sur les docks d’Edimbourg.

Master en matière de sculptures originales, on lui doit une pléiade d’œuvres dont le point de départ est fréquemment la rencontre d’objets de notre quotidien: trophées de chasse tenant des appareils électroménagers dans leur gueule, vagues de journaux emportant une automobile sur leur passage… Vous avez d’ailleurs, peut-être sans le savoir, croisé sur le web le regard de certaines de ses œuvres comme les « Matcheads », reproductions de visages célèbres en allumettes ou ses « Coathanger », des animaux ou des objets que l’artiste a fabriqués à l’aide de centaines de cintres. Moins connus, moins médiatisés, ses collages de photos sont pourtant d’un grand intérêt esthétique. Voyons voir.

David Mach, Liquidation, 2010 David Mach, Liquidation, 2010 © David Mach
David Mach, Liquidation, 2010 David Mach, Liquidation, 2010 © David Mach
David Mach, Deep down under, 2002 David Mach, Deep down under, 2002 © David Mach
David Mach, Man Overboard, 2012 David Mach, Man Overboard, 2012 © David Mach

Se servant parfois comme arrière-plan de toiles peintes par des grands-maîtres ou de photographies, David Mach crée une superposition de vignettes toutes collées les unes aux autres et donnant naissance à des marées humaines parfois inquiétantes et prises d’une sorte d’hystérie collective. On se surprend alors à jouer à « Mais où est Charlie ? ». Notre regard fouille et se perd, à la recherche d’une situation plus cocasse que les autres ou d’un personnage encore plus atypique. Une mécanique visuelle que David Mach pourrait avoir emprunté à Jérôme Bosh ou Pieter Bruegel,  l’un célèbre pour son jardin foisonnant de créatures étranges et l’autre pour sa toile remplie d’illustrations d’expressions populaires flamandes.

Pieter Bruegel l'ancien, Proverbes flamands, 1559 Pieter Bruegel l’ancien, Proverbes flamands, 1559
Pieter Bruegel l'ancien, Le portement de croixPieter Bruegel l’ancien, Le portement de croix, 1564

D’apparence drôles et légères, il semble cependant que ses oeuvres nous mettent en garde. Mais contre quoi? La montée des eaux ou la fin des bonnes mœurs? La surconsommation ou la surpopulation? Tout à la fois peut-être? Les œuvres de David Mach pourraient en effet être de grands « warnings » dépeignant la vie des habitants de ville comme Londres ou New-York alors qu’il semble s’y être opéré de profondes mutations démographiques et météorologiques.

Ainsi, avec David Mach, les berges de la Tamise deviennent des plages de sable fin accueillant des centaines de nudistes décomplexés. Shocking! Le quartier des affaires de New-York se fait plus exotique avec sa mer turquoise, ses plongeurs et tous ses vacanciers qui se font bronzer, barbotent et batifolent en toute insouciance. Les grands parcs londoniens sont eux aussi pris d’assaut par des milliers de visiteurs et prennent tout à coup un petit air à la fois champêtre et suffoquant. Toutes les générations, toutes les nationalités, toutes les cultures s’y croisent sans que cela n’ait l’air de poser problème à qui que ce soit. Est-ce un rêve que matérialise l’artiste, une vision d’un monde idéal ou évoque-t-il l’engorgement de certaines villes, le tourisme de masse ou le futur problème des réfugiés climatiques? C’est plutôt la tempête que le calme qui l’emporte avec une impression récurrente de saturation et d’étouffement, une vision presque animale de l’homme, élevé en batterie et privé d’espace, une peur qu’à tout moment ces scènes de liesses se changent en scènes de panique… Mais tout cela n’est que de l’art après tout, alors restons sereins et pour se remettre de toutes ces émotions, pourquoi ne pas aller piquer une tête dans le site de David Mach. Particulièrement riche, il vous permettra d’y retrouver toutes les séries d’œuvres évoquées dans cet article… qui sera peut-être le dernier… Qui sait?

David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 David Mach, National Portrait, Millennium Dome, 2000 © David Mach
David Mach, Extension City, 2002 David Mach, Extension City, 2002 © David Mach
David Mach© David Mach
David Mach, Field of Dreams, 2001 David Mach, Field of Dreams, 2001 © David Mach
David Mach, BuckinghamPalace David Mach, BuckinghamPalace © David Mach
David Mach, Pretty Wild, 2002 David Mach, Pretty Wild, 2002 © David Mach
David Mach, Rush Hour, 2002 David Mach, Rush Hour, 2002 © David Mach
David Mach, Bird Eye View, 2002 David Mach, Bird Eye View, 2002 © David Mach
David Mach, St Pauls grand prix David Mach, St Pauls grand prix © David Mach
David Mach, Westminster nudist beach David Mach, Westminster nudist beach © David Mach
David Mach, Bankside Beach David Mach, Bankside Beach © David Mach
David Mach © David Mach
David Mach, 36 Views of Edinburgh Castle : Skiing, 1999 David Mach, 36 Views of Edinburgh Castle : Skiing, 1999 © David Mach
David Mach, 36 Views of Edinburgh Castle : Nudes, 1999 David Mach, 36 Views of Edinburgh Castle : Nudes, 1999 © David Mach

En France, David Mach est représenté par la Galerie Jérôme de Noirmont (36-38 avenue Matignon, 75008 Paris). Ouvert du lundi au samedi, de 11 h à 19 h.

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