Brice Portolano est jeune, passionné, voyage et rapporte avec lui des souvenirs sous la forme de photographies. Son leitmotiv: explorer, découvrir, rencontrer, raconter, parler avec des images. Des montagnes canadiennes aux plaines des Balkans, elles témoignent d’aventures loin des villes et des foules, en parfaite communion avec la nature. Poésie, émotion, silence. Elles sont le miroir du personnage rencontré: parlantes et silencieuses.

B!B!: Pourrais-tu nous présenter le parcours qui t’a conduit à la photographie?

Brice Portolano: J’ai commencé à prendre des photos en voyageant, je viens d’une famille de baroudeurs alors les occasions étaient nombreuses. Jeune adolescent, j’ai fini par récupérer un petit compact numérique… C’était l’époque des cartes mémoires de 128mo. En prenant des photos de tout: du ciel, des arbres et de mes amis, d’évènements comme les feux de forêt en été ou les manifestations étudiantes… à passer des heures à expérimenter, j’ai fini par progresser techniquement et trouver mon univers. Celui-ci s’est créé naturellement. La photo est devenue un moyen d’expression, je pense être devenu artiste avant d’être photographe et j’aurais tout aussi bien pu être sculpteur, peintre ou musicien, mais la photo s’est imposée comme étant le médium qui me correspondait le mieux.

B!B!: Quelles sont tes références, comment te positionnes-tu par rapport à celles-ci ?

Brice Portolano: Le travail de Steve McCurry m’inspire beaucoup (en particulier ses photos sur la guerre du Koweit et l’Afghanistan); ainsi que celui du reporter de guerre Jérôme Sessini et du photographe/pêcheur Corey Arnold. Chez les plus jeunes, je peux aussi citer Evgenia Arbugaeva, originaire de Sibérie, pour sa série « Mammoth Hunters ». Ces photographes arrivent à obtenir des photos au message documentaire fort, sublimé par une excellente maitrise technique. Une même importance est donnée à l’aspect graphique qu’au sujet, ce qui permet d’explorer différentes sensibilités à travers un public très vaste.

B!B!: As-tu un sujet de prédilection à photographier?

Brice Portolano: Le thème de la relation entre l’homme et la nature est celui qui unit tous mes projets. J’ai grandi entouré d’animaux et de grands espaces et c’est cette connexion avec la nature que je souhaite explorer et documenter.

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

B!B!: Quel(s) appareil(s) utilises-tu, quel rapport cela te donne à la photographie?  Au lieu qui t’entoure?

Brice Portolano: J’utilise des reflex numériques mais je donne peu d’importance à la technique, je préfère me concentrer sur le résultat final en terme d’atmosphère et de ressenti global. Certaines images sur mon site ont même été faites à l’iphone. J’ai plusieurs boîtiers au poids et aux caractéristiques différentes. Ça ouvre un peu plus de possibilités lors des prises de vues et maximise ma réactivité.

B!B!: As-tu de nouveaux projets à venir?

Brice Portolano: En ce moment je suis plusieurs aventuriers en France et aux États-Unis pour photographier leur quotidien. C’est un projet très riche qui m’emmène dans des lieux incroyables, chaque série est une vraie aventure. Il sera bouclé fin 2015 et donnera lieu à la publication d’un livre et plusieurs expositions. Il y a 5 portraits: un surfeur, un pêcheur, un alpiniste, un chasseur et un cliff diver [personne qui saute des falaises, Ndlr]. Ils vivent dans des lieux très différents mais ont beaucoup en commun de par leur rapport particulier avec la nature. Des textes accompagneront les photos pour témoigner de ces aventures et apporter plus de détails. Le prochain départ est prévu au mois d’avril, je pars deux mois en Alaska pour partager et photographier le quotidien d’une famille de pêcheurs.

B!B!: Quand tu suis des personnes dans leurs aventures comme celle-ci, essaies-tu leur activité pour connaître ce qu’elles cherchent (sensations) ?

Brice Portolano: Oui! Dès que l’occasion se présente j’en profite: alpinisme, surf, apnée, tir ou équitation… Ça me permet surtout de renforcer la relation avec le sujet en mettant de côté mon habit de photographe. En humanisant ma position, en passant du rôle de spectateur au rôle d’acteur, j’accède à une plus grande part de son univers.

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Elk Hunter, 2013

B!B!: Tes images nous présentent des paysages, des explorations, qu’est-ce qui fait que tu pars produire des images?

Brice Portolano: C’est assez instinctif. Si ce n’était pas pour faire des photos, ce serait pour faire autre chose. Heureusement j’ai rapidement appris à lier les deux. Plus jeune (et plus fauché) j’ai découvert qu’on pouvait aller loin avec peu d’argent, qu’il coûtait moins cher de voyager que de vivre à Paris. Dès lors l’excuse du « ça coûte trop cher de voyager » disparaît complètement. En abaissant ses exigences on peut s’en sortir très correctement. Je suis fasciné par les photographes de mode qui arrivent à créer de belles images à Paris. Pour moi c’est impossible, j’ai besoin de déséquilibre, de météo instable et d’un peu de chaos – et c’est pour ça que j’aime autant voyager, il n’y a rien de plus agréable que d’être surpris par la nature à travers la météo, les animaux, les découvertes… Dans les projets personnels je shoote dans un état d’esprit « reportage », c’est-à-dire que tout se construit très vite dans mon cerveau, une prise de vue est très spontanée. Bien sur il y a tout un travail en amont qui consiste à ingurgiter des images et les digérer pour être capable de shooter très spontanément comme ça. Lors d’une commande c’est différent parce qu’avec les moyens de production mis en œuvre, tous les éléments sont rassemblés pour réussir la photo présente sur la maquette. Et on sait à l’avance qu’elle sera réussie puisqu’on l’a quasiment devant les yeux avant de commencer à shooter. J’ai assisté de nombreux photographes pendant mes études et même si c’est un univers à part, la photo de pub représente un challenge qui me plaît beaucoup.

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

B!B!: Prépares-tu les voyages ou bien est-ce improvisé?

Brice Portolano: Tout dépend de leur nature, j’aime bien laisser de la place aux accidents lorsqu’il n’y a pas d’enjeu professionnel direct. Généralement je prépare les voyages en effectuant des recherches assez poussées sur internet, ça me permet d’avoir des repères sur la route et de pouvoir me perdre l’esprit tranquille. Je crée les occasions d’être surpris, ça stimule l’esprit.

B!B!: T’arrive-t-il de partir pour des commandes? Arrives-tu à produire des images pour toi lors de ces déplacements?

Brice Portolano: Oui, la photo est vraiment devenue mon métier il y a un an. Selon la nature du travail je vais parfois pouvoir intégrer certaines images à mon travail personnel, mais c’est plus fréquent dans l’édition par exemple, qu’en publicité, où la direction artistique est régie par plusieurs personnes. En septembre 2014 je suis parti trois semaines avec le pâtissier Guillaume Sanchez faire un road trip au Kurdistan, dans le sud des Balkans et en Roumanie. Il s’agissait de faire des photos pour un livre de cuisine intitulé « The architecture of sense and tasteet » sorti en décembre dernier. Guillaume Sanchez est parti chercher de nouvelles recettes et j’ai photographié son voyage et les paysages rencontrés. Dans ce cas précis j’ai eu carte blanche. En publicité, l’enjeu est différent, l’objectif premier est la satisfaction du client même si ça demande parfois quelques concessions artistiques. C’est aussi très stimulant de devoir créer avec des contraintes.

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The Architecture of Sense and Taste, 2014

B!B!: Tes séries sont comme un carnet de voyage, mais sur internet elles sont sans texte. Ecris-tu sur celles-ci?

Brice Portolano: Oui, mais je ne les mets pas en ligne, je les publierai dans un livre qui est en construction. Ces textes racontent les aventures, les contextes de production, ils sont là pour témoigner du vécu et affirmer les images comme n’étant pas seulement issues d’un simple voyage mais d’une réelle aventure. Il y a de nombreuses choses à raconter et que moi-même en tant que spectateur aimerait lire, donc j’ai envie de les écrire et de les partager. Il y a aussi le désir de transmettre ce goût du voyage et des aventures, d’inspirer d’autres personnes et de renvoyer la balle en quelque sorte; j’ai moi-même pu être très inspiré par le travail d’autres photographes découverts par hasard sur internet. J’ai envie de permettre aux gens de découvrir des univers qui ne leur sont pas familiers et de s’ouvrir vers autre chose que ce qu’ils voient au quotidien.

Brice Portolano

© Brice Portolano série: Cross the Mountains, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: Cross the Mountains, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: Cross the Mountains, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: Cross the Mountains, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: Cross the Mountains, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: Cross the Mountains, 2014

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The cliff diver, 2015

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The cliff diver, 2015

Brice Portolano

© Brice Portolano série: The cliff diver, 2015