La découverte des travaux d’Armand Barthet est le fruit d’une rencontre des plus inattendues, au cœur des fêtes de Bayonne. Ce franc-comtois de 27 ans m’a montré ses toiles, m’expliquant qu’il peignait depuis seulement quelques mois. Parfait autodidacte, il livre des œuvres instinctives aux univers aussi abstraits que colorés qui valent définitivement le coup d’œil. Un jeune artiste qui n’a pas encore tout à fait éclos, mais qui laisse présager de jolies choses par la suite.

Propos recueillis par Camille Griner

Armand Barthet, #Acrylique n°8, 50 x 40cm, 26 avril 2019 © Armand Barthet

B!B! : Quel est ton parcours artistique ?

Armand Barthet : Je ne pratiquais pas d’activités artistiques étant enfant. Et puis j’ai commencé la musique au lycée, parce que des amis m’ont initié à la guitare. J’ai continué de mon côté ensuite, sans prendre de cours. Je me suis mis à lire à la fac, et à écrire parce que j’en avais besoin. Plutôt que d’aller voir un psychologue, je notais ce que je ressentais dans un carnet, et ça me faisait du bien. Quant à la peinture, je m’y suis mis tout récemment, au printemps 2019. J’avais envie de faire quelque chose de nouveau. J’ai regardé des vidéos traitant de cela sur Youtube, notamment celles d’Anthony Chambaud. Il m’a donné envie de faire de la peinture, et un jour, j’ai tout acheté pour pouvoir en faire. Mon attirance pour la peinture a été plus instinctive qu’autre chose, je ne saurais pas expliquer pourquoi j’ai choisi cet art plutôt qu’un autre. Je trouve que c’est un art beau et fascinant.

B!B! : Quelles sont tes influences ?

Armand Barthet : J’ai une approche assez instinctive et pas vraiment d’influences. Je me laisse guider par les idées du moment. C’est en peignant que je sais ce que je vais faire, mais ce n’est jamais prévu à l’avance. Je ne me pose pas de questions en amont. J’avais quelques connaissances sur la peinture, mais j’ai appris beaucoup de choses grâce à Anthony Chambaud, notamment sur la technique au pinceau, au couteau, les différentes façons de diluer la peinture, de mélanger les couleurs, etc.

B!B! : Tu expérimentes depuis tes débuts la technique au pinceau, mais également celle au couteau… Laquelle te plait le plus ?

Armand Barthet : Je trouve que le pinceau est plus intéressant à travailler au niveau des mélanges de couleurs, que ce soit en amont ou directement sur la toile. Il y a beaucoup plus de réflexion sur le choix des couleurs lorsque l’on travaille au pinceau. C’est quelque chose que j’aime beaucoup expérimenter. Le couteau ne permet pas d’avoir autant de teintes, puisqu’il faut prendre des couleurs relativement différentes tout en sachant qu’elles doivent être assorties et se mélanger facilement ensemble.

B!B! : En parlant de couleurs, tu utilises plutôt des couleurs vives…

Armand Barthet : La plupart du temps, oui. Je me suis ceci dit rendu compte que je choisissais souvent les mêmes couleurs, notamment sur mes premières toiles. Aujourd’hui, j’essaie de varier un peu plus. Au départ, j’utilisais surtout le bleu, le violet, le noir et le blanc. Ces couleurs donnaient des univers un peu spatiaux.

B!B! : Tes toiles ont effectivement un côté cosmique…

Armand Barthet : Oui, mes peintures le sont généralement. Cela se sent aussi dans le geste que j’ai avec le pinceau, souvent en arc de cercle et rarement vertical ou horizontal. Ce mouvement combiné aux couleurs choisies donne tout de suite quelque chose d’un peu planétaire. J’aime bien travailler les formes géométriques également, d’où la présence de triangles et de ronds sur certaines de mes peintures. L’idée d’espace et de planètes me plait. C’est très intriguant. Lorsque j’étais au lycée, tous les ans au mois d’août, on allait s’allonger dans l’herbe pour observer la nuit des étoiles filantes avec des amis. C’était beau ! Et pour le moment, c’est effectivement un thème qui ressort beaucoup dans mon travail.

B!B!: Comment ton travail a-t-il évolué depuis avril ?

Armand Barthet : Je suis encore en train de tester des choses, et je ne suis pas pleinement satisfait de ce que je fais. Mes toiles sont plus des expérimentations techniques pour le moment. Je suis content lorsque je termine une peinture, parce que j’ai essayé des choses que je vais pouvoir approfondir mais je n’ai encore trouvé aucune peinture parfaite. Ce qui est normal, puisque je débute. Ce qui me manque à l’heure actuelle, c’est la technique du mélange des couleurs sur la toile. Je trouve que ce n’est pas assez fluide et qu’il y a trop de démarcations entre chaque couleur. Ce n’est pas assez dégradé et naturel. J’aimerais que les couleurs se fondent entre elles sur la toile, et je n’y arrive pas encore. Quand j’y parviendrai, je serai déjà content et ce sera une bonne base pour la suite.

#Acrylique n°5, 30 x30cm, 16 avril 2019 © Armand Barthet

B!B! : Pourquoi as-tu appelé ton site Mercure Paintings ?

Armand Barthet : Mercure est le titre de mon roman préféré d’Amélie Nothomb. J’ai lu tous ses livres et j’aime bien son univers un peu perché. C’est un livre que j’ai toujours adoré et que j’ai lu je ne sais combien de fois sans jamais m’en lasser. Je le trouve vraiment bien écrit par rapport à d’autres livres de Nothomb, c’est presque de la poésie. J’ai également beaucoup de tatouages inspirés de Mercure. J’ai un arbre généalogique, que j’ai dessiné moi-même, tatoué sur le mollet avec mes parents, mes frères et mon neveu. Je m’y suis également représenté, au milieu, par le symbole astronomique de Mercure. Je me suis aussi fait tatouer l’attribut du dieu Mercure : le Caducée.

B!B! : En parlant du dieu Mercure, tu l’évoques également sur ton site…

Armand Barthet : Pour moi, tout est lié. Mercure est mon livre préféré, et Mercure, à la fois messager et dieu du commerce et des voyages, me correspond bien. J’ai un tatouage qui représente le cinabre, le minerai principal de l’élément mercure. Le symbole du cinabre ressemble à un trois, qui est par ailleurs mon chiffre préféré. Un chiffre qui se retrouve également dans plusieurs de mes tatouages. Il était donc évident pour moi d’appeler mon site Mercure Paintings. Pour en revenir au dieu Mercure, il est un intermédiaire, celui qui fait passer des messages. Quand tu crées quelque chose, le but premier est d’essayer de transmettre aux autres tes ressentis. Ma personnalité fait aussi que l’art me permet d’extérioriser mes émotions, parce que je suis quelqu’un d’introverti et de réservé, qui n’aime pas spécialement parler. Je le fais avant tout pour moi, parce que ça me fait du bien de sortir ce que je ressens, mais c’est encore mieux de parvenir à faire passer un message aux autres.

B!B! : Si tu avais donc un message à faire passer par le biais de la peinture, quel serait-il ?

Armand Barthet : C’est compliqué comme question. J’ai le mot « utopie » tatoué sur le bras, et il symbolise pour moi que l’on a chacun la vie que l’on a souhaité. Le monde n’est pas une utopie, il y a des hauts et des bas mais chacun doit tout de même se dire que sa vie va être une utopie grâce aux choix qui seront faits. Il faut faire les choses qui nous plaisent, être avec les gens que l’on aime, avoir tout ce que l’on veut et aime malgré les aléas. Le message que je veux faire passer par mes peintures est peut-être celui-ci : j’ai commencé la peinture tardivement et je n’y connaissais rien, mais tout est possible. Nous sommes dans un monde qui n’évolue pas positivement, donc si en plus de ça tu ne prends pas ta vie en main et adoptes le style de vie qui te plait, mais que tu te laisses guider par ce monde autour de toi, que ce soit tes parents ou des gens toxiques, tu vas droit dans le mur. Tu vas avoir une vie qui ne te correspond pas. Et le but est d’avoir la vie que l’on souhaite avoir, de faire tout ce qui est possible pour y arriver et de ne rien regretter.

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