Aganetha Dyck est une plasticienne née en 1937 à Winnipeg, dans le Manitoba au Canada. Sans n’avoir jamais fréquenté d’école d’art, Aganetha Dyck se lance dans la production artistique de manière tardive, jusque là empêchée par ses obligations familiales. Sa première exposition individuelle a lieu en 1979.

Le travail d’Aganetha Dyck consiste en la réappropriation d’objets du quotidien. On y trouve des poupées, des objets de décoration, des vêtements et des équipements de sport. Aganetha Dyck les métamorphose en sculptures en recouvrant ceux-ci de cire ou d’alvéoles construites par les abeilles. On peut voir dans cette démarche une réflexion sur le rôle de femme au foyer qui a été le sien pendant de nombreuses années tout comme une réflexion plus générale sur notre société.

Le thème du foyer est  présent à plusieurs niveaux dans l’oeuvre d’Aganetha Dyck. Tout d’abord la place qu’elle donne aux abeilles n’est pas anodine. En effet, on considère communément que l’abeille travaille pour le seul bien de sa ruche, ne ménageant pas ses efforts, aussi efficace que joyeuse à la tâche. On retrouve dans ces qualités celles qui sont attendues d’une femme au foyer accomplie. L’idée du foyer est aussi présente dans le choix des objets sur lesquels elle travaille, en particulier les objets en porcelaine ou les lampes, qui n’ont pas d’autre fonction que de décorer un intérieur. Ces objets sont autant de symboles du confort et du bon goût au sens petit bourgeois du terme. Mais ces objets, dans un mouvement d’inversion, deviennent eux-mêmes le support d’habitations, cette fois pour les abeilles. La maison, telle une poupée gigogne, contient elle-même une autre demeure.

Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, The MMasked Ball, 2008, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Sports Night in Canada, 2000, Photo credit: Peter Dyck ©

Cependant, le foyer, tel que le présente Aganetha Dyck est ambivalent. En mettant en relation des objets de décoration et le travail des abeilles, elle exploite l’image traditionnellement rassurante du foyer: chaleur, bien-être et harmonie. Pourtant, quelque chose d’inquiétant se dégage de ces sculptures. En additionnant les codes habituellement positifs du foyer, Aganetha Dyck les inverse. Le foyer devient alors synonyme de malaise, d’étouffement. L’univers dans lequel nous font pénétrer ses sculptures semble silencieux et figé dans le temps. Ces objets donnent l’impression d’avoir été engloutis, englués dans une substance visqueuse: le quotidien.

Son travail s’offre ainsi à une lecture intimiste dans laquelle le quotidien prend une dimension mortifère. Toutefois on peut également y lire une dévastation plus générale. En effet, ces objets pourraient appartenir à une ville fantôme dont les abeilles sont les derniers habitants. Face à ces sculptures, on peut penser aux moulages de Pompéi ou à la façon dont la nature a repris sa place dans la ville abandonnée de Tchernobyl. Les humains semblent avoir soudainement disparu après une grande catastrophe, laissant en place tous ces objets qui leur étaient chers. L’atmosphère post-apocalyptique qui se dégage de ces sculptures est soutenue par le fait que l’avenir de l’homme est en partie lié à celui des abeilles. En effet ces dernières jouent un rôle essentiel dans la pollinisation des plantes en même temps qu’il s’agit d’une espèce indicatrice de la qualité de l’environnement. Leur disparition serait de mauvais augure pour l’homme. Dans les sculptures imaginées par Aganetha Dyck, il semblerait que l’homme ait été le premier à disparaître, laissant la place belle à la nature. Ne reste des hommes que leurs biens, témoins d’une civilisation disparue. Sous nos yeux, le musée d’art contemporain se métamorphose en musée d’histoire imaginaire ou en musée du futur dans lequel siègent nos objets, pathétiques ou dérisoires.

Aganetha Dyck, Glass Dress: Lady in Waiting 1992-98, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Glass Dress: Lady in Waiting 1992-98, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Close Knit 1976-81, 65 shrunken woolen sweaters, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Close Knit 1976-81, 65 shrunken woolen sweaters, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Pink Pillar with Couple. Lamp, Beeswax, Honeycomb, 2011, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Pink Pillar with Couple. Lamp, Beeswax, Honeycomb, 2011, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Squirrel Lamp, Lamp shade, Beeswax, Honeycomb, 2011, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Squirrel Lamp, Lamp shade, Beeswax, Honeycomb, 2011, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Sizes 8 – 46, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Sizes 8 – 46, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Pivot, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Pivot, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Pivot, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Pivot, Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, The plexiglas house, 2008 , Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, The plexiglas house, 2008 , Photo credit: Peter Dyck ©
Aganetha Dyck, Shoes, Photo credit: Peter Dyck Aganetha Dyck, Shoes, Photo credit: Peter Dyck ©

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