Fernando Botero

Apologie de l’opulence.

Fernando Botero, né en 1932 en Colombie, fait partie de ces artistes qu’on reconnaît au premier regard, et dont la signature est associée à quelque chose de fort simple: la grosseur. Car tout est gros chez Botero, les dames, les messieurs, les éclairs au chocolat, les bananes, les danseuses, les pastèques, les taureaux… C’est une orgie d’obésité, un capharnaüm de rondeurs et de gras qui rend le spectateur gai et insouciant. On sourit sans moquerie devant les personnages un peu monstrueux de Botero, une certaine sérénité s’empare de celui qui regarde ce monde sans noirceur. Quel que soit le sujet abordé par Botero, de la prostitution à la tauromachie en passant par l’amour, la dilatation des formes lui retire son caractère primitif pour l’ancrer dans une beauté ronde et suffisante. Les prostituées de Botero n’apparaissent pas comme miséreuses ni sales: elles sont, comme les musiciens ou les danseurs, un prétexte pour être étirées comme du caoutchouc.

Fernando Botero, Maison de Marta Pintuco, 2001, huile sur toile© Fernando Botero, Maison de Marta Pintuco, 2001, huile sur toile.

Le monde de Botero, alors qu’il paraît lourd et pesant, est en fait léger comme une plume. Mais très vite, l’esprit s’interroge: mais pourquoi ne peint-il que des gros? Fernando Botero a le visage fort sympathique de l’artiste bon vivant, les joues rondes (certes moins que celles qu’il peint) et le teint halé. Sa terre natale , la Colombie, a pour tradition d’associer les formes opulentes à la santé, la prospérité, la bonne humeur. L’Amérique du Sud revêt le stéréotype du pays de la fête et de la sieste, de la couleur et du savoir-vivre. L’artiste s’amuse certainement de ce cliché en passant les formes au filtre du gros et gras… Sans résumer son art à ses origines géographiques, on ne peut qu’observer l’effet positif qu’exerce une œuvre de Botero sur celui qui la regarde: on sourit, on rit, on s’amuse. L’artiste lui explique que son œuvre est le fruit d’une vraie passion pour les formes et les couleurs, pour les valeurs plastiques et les volumes, et que ses personnages obèses ont pour origine une animation esthétique, rien de plus.

Fernando Botero, Danse en Colombie, 1980, Huile sur toile© Fernando Botero, Danse en Colombie, 1980, Huile sur toile.

Certains critiques ont parlé, un peu naïvement voire un peu simplement, de Botero comme d’un artiste provincial; cela justifiait donc à leurs yeux son intérêt dénué de message pour les obèses, lui qui répétait que son unique dessein était de faire de beaux tableaux. On préférera apprécier son art sans jugement de valeur, et observer toute son attention à rendre ses toiles parfaites. Ses compositions sont solides comme ses personnages, souvent d’ailleurs ils nous regardent en face, l’oeil rendu un peu évasif par un léger strabisme, qu’on reconnaîtra dans le regard de l’artiste lui-même. Les couleurs sont chaudes et la plasticité des formes est parfaite. Et la sensualité alors? Un homme qui ne peint que des gros les rend-t’il sensuels? Encore une fois, il semblerait que les volumes étirés ne soient que fantaisie, étrangement trop légers pour être tactiles. Les enfants apprécieront son imagerie de la même manière que les adultes, car il n’y ni sexe ni sueur ni odeur chez les dames nues de Botero…

Est-ce le nom tout en rondeurs et en sonorités de pommes d’amour de Botero qui lui inspire tant d’opulence? Nul ne le sait!

Fernando Botero, Danseuse à la barre, 2001, Huile sur toile© Fernando Botero, Danseuse à la barre, 2001, Huile sur toile.
Fernando Botero, Famille protestante, 1969, Huile sur toile© Fernando Botero, Famille protestante, 1969, Huile sur toile.
Fernando Botero, Les amants, 1969, Huile sur toile© Fernando Botero, Les amants, 1969, Huile sur toile.
Fernando Botero, Mademoiselle Rivière (d'après Ingres), 2001, Huile sur toile© Fernando Botero, Mademoiselle Rivière (d’après Ingres), 2001, Huile sur toile.
Fernando Botero, Les époux Arnolfini (d'après Van Eyck), 1978, Huile sur toile© Fernando Botero, Les époux Arnolfini (d’après Van Eyck), 1978, Huile sur toile.
Fernando Botero, Scène de famille, 1969, Huile sur toile© Fernando Botero, Scène de famille, 1969, Huile sur toile.
Fernando Botero, Chambre avec jeux d'enfants, 1970, Huile sur toile© Fernando Botero, Chambre avec jeux d’enfants, 1970, Huile sur toile.Fernando Botero, Frank Lloyd et sa famille à Paradise Island, 1972© Fernando Botero, Frank Lloyd et sa famille à Paradise Island, 1972, Huile sur toile.Fernando Botero, Hommage à Bonnard, 1972, Huile sur toile© Fernando Botero, Hommage à Bonnard, 1972, Huile sur toile.
Fernando Botero, La collectionneuse, 1974, Huile sur toile© Fernando Botero, La collectionneuse, 1974, Huile sur toile.

5 réponses à “Fernando Botero”

  1. leila dit :

    J’ai visité a Medellin le musée BPRERO et à l’entrée un texte explique que l’artiste ne voit pas du tout ses personnages comme gros ou obèses mais comme volumineux, ce qui est d’ailleurs vrai et surtout évident sur les sculptures car les formes sont généreuses mais fermes. C’est la vision de la volupté de l’artiste.

  2. Belphégor dit :

    J’aime beaucoup les oeuvres de Fernando Botero, elle sont plus belles les unes que les autres… Les corps reproduits sont si touchants, aux formes si harmonieuses, et gracieuses à la fois, même si ces personnes sont visiblement atteintes d’obésité morbide… Cet artiste a un un talent formidable!

  3. [...] Entre la Cascade et l’Opéra s’étend un jardin de statues fleuri. Je reconnais les staues de Botero mais aussi d’autres artistes, un catalan Jaume, une britannique Linn Chadwick . Jacques m’a donné rendez-vous à 10h15 près du chat de Botero. [...]

  4. maya dit :

    vraiment bien j’aime beaucoup c’est un excellent article très documenté vraiment excellent !!! BRAVO

  5. maya dit :

    Vraiment bien, j’aime beaucoup c’est un excellent article très documenté vraiment excellent !!!

Laisser un commentaire