Du plaisir à l’état brut, un downtempo doux et enveloppant, des montées aériennes et des descentes en parfaite maîtrise, « Eighty One », le 3ème album de Yppah, est semblable à une piste infinie et malléable enrobée de Téflon. Loin de Bristol, le territoire trip-hop made in UK, mais plutôt proche des vagues situées à Long Beach en Californie, le Texan Joe Corrales Jr, alias Yppah, invite à un sacré voyage où seule la musicalité sert de carte à se détendre. Et où le bruit des vagues justement donne envie de saisir un coquillage et de le coller à son oreille.

Yppah Yppah ©

Ça commence par des rires d’enfants et immédiatement les notes de « Blue Schwinn » se distillent comme par magie. Tout au long de l’album, le musicien fait la synthèse du rock progressif, de l’électro, du trip-hop, des rythmiques soft et chaudes pour tracer un chemin que l’on sent tout de suite rassurant et agréable. Déjà auteur du joli titre « You Are Beautiful At All Times » en 2006 et « They Know What Ghost Know » en 2009, Yppah ajoute avec « Eighty One » une pierre de plus à une œuvre qui prend corps et âme au fil des lignes de basse et des boucles sonores. Et qui n’est pas sans rappeler celle de DJ Shadow, défricheur du hip hop abstrait instrumental et mélancolique.

L’une des particularités intelligentes de l’album « Eighty One » est que Yppah a fait appel à Anomie Belle sur quatre titres, «D.Song», l’envoûtant «Film Burn», «Soon Enough» et «Three Portraits» pour enrober de sa voix les volutes bleutés de sa musique. Anomie Belle, chanteuse, violoniste, touche à tout (a collaboré avec le rappeur Mr Lif), compositrice et surtout curieuse musicalement, apporte, outre son featuring, son timbre qui trace conjointement les points d’une constellation étoilée. Une fois l’écoute terminée, l’écho d’« Eighty One » laisse une impression de bien-être, une sérénité jamais démentie. A signaler enfin que le disque est paru sur le label anglais Ninja Tune, référence so british de la musique électro, label où l’on retrouve des artistes comme Bonobo, Coldcut, Anti-Pop Consortium ou encore The Herbaliser pour n’en citer que quelques-uns.