Un entretien Boum! Bang!

Jack Wanzet, allias Thrupence, a 21 ans. Il vient de sortir de l’université de Melbourne en Australie où il a suivi des études de design graphique et comme ça, l’air de rien, il s’est mis à la musique l’an passé. En quelques mois, il compose les 9 titres de son EP « Voyages », en un tour de main, il se charge des visuels, une bonne copine étudiante en évènementiel s’occupe de sa soirée de lancement et hop c’est parti! Comme quoi parfois, avec un peu de talent, il ne suffit que de trois fois rien pour lancer une carrière.

Créer en dilettante (le jeune homme n’a jamais eu l’intention de gagner de l’argent avec) on se dit que la facilité avec laquelle il a ficelé ce projet est presque énervante, mais la poésie qui se dégage de chaque track finit par convaincre. Bercé par les rythmes langoureux des artistes de la scène de Bristol, on retrouve cette influence dans le son enveloppant qui parvient à trouver un équilibre élégant entre samples étirés et rythmes plus soutenus; Jack Vanzet crée ainsi des paysages sonores épurés, hypnotiques dans lesquels on aime se perdre.

Thrupence, Voyage Ep, cover album, 2012

Thrupence, Voyage Ep, cover album, 2012 ©

« Voyages » offre donc une musique introspective qui oscille entre ambient, trip-hop et électro. Pensé de manière globale (visuels+composition), on se dit que Jack Vanzet déploie là toutes les facettes de son talent et nous embarque dans ses balades sonores sans forcer. Idéal pour accompagner un dimanche ensoleillé, une après-midi à bouquiner ou à cuisiner, « Voyages » fait partie de ces EP qu’on ne se lasse pas d’écouter. Autoproduit, l’EP n’a fait l’objet d’aucun mastering, pourtant il sonne, alors on a hâte de découvrir les prochains travaux de cet autodidacte éclairé. Entretien.

B!B!: Quand as-tu commencé à composer et étais-tu entouré par des professionnels de la musique? 

Thrupence: Quand j’étais adolescent, j’ai joué dans plusieurs groupes mais je me sentais un peu limité, j’avais des idées mais je n’étais pas suffisamment bon pour vraiment les exprimer; ça c’était avant que je pose mes doigts sur un ordinateur, là j’ai trouvé un outil qui me permet réellement d’exprimer ce que j’ai en tête. La musique n’avait jamais été mon premier mode d’expression, je travaillais avant tout sur les arts visuels. Quand j’étais à l’université, la musique, c’était plus pour me détendre entre deux devoirs. J’avais déjà édité deux tracks mais il s’agissait d’une suite d’idées pas vraiment achevée, cependant les gens semblaient apprécier. C’était plutôt surprenant ! Ça m’a donné confiance pour revenir sur ces premiers morceaux et les finir. C’est de là que vient « Voyages ». Après avoir obtenu mon diplôme à l’université, j’ai passé 4 ou 5 mois à composer les morceaux de « Voyages ». J’ai été très surpris par l’accueil de cet EP et ça continue à m’épater. Je ne connaissais personne qui faisait de l’électro, j’ai grandi dans une petite ville de campagne donc c’était un peu isolé. Mes potes surfaient ou faisaient du foot mais personne ne faisait de la musique!

B!B!: Y-a-t-il un label dans lequel tu aimerais t’impliquer?

Thrupence: J’aime beaucoup Ghostly International (le label de Matthew Dear). La manière qu’ils ont de combiner les visuels et la partie musicale me semble assez unique. Sam Valenti et ses mecs savent ce qu’ils font. J’aimerais travailler avec eux un jour. Mais pour être honnête je serais heureux avec n’importe quel label décent! Particulièrement avec un label européen! Pour mon dernier album, j’ai tout financé. J’ai fait fabriquer mes vinyls, mes cd, posters et j’ai organisé toute la distrib et la promotion. Tout a été autoproduit. C’était beaucoup de travail mais je ne regrette pas une minute. Par contre, j’avoue que j’adorerais être aidé par un label pour le prochain album et puis je n’arrête pas de recevoir des demandes pour le vinyl mais je n’ai pas réussi à rassembler l’argent pour en financer suffisamment!

B!B!: Ta musique est souvent comparée à celle de Teebs, personnellement j’ai pensé à Boards of Canada à la première écoute, As-tu d’autres influences? D’autres artistes t’ont-ils inspiré?

Thrupence: Les gens adorent comparer ou donner des étiquettes! J’aime beaucoup Teebs mais ça n’a pas été une influence. J’écoute de l’électro down tempo rarement mais ma mère m’a fait écouter beaucoup de classique et c’est une de mes premières sources d’inspiration. Elle m’a également fait écouter beaucoup de trip-hop avec des artistes comme Massive Attack et Portishead. J’essaye de ne pas écouter trop d’électro pour que ça ne me perturbe pas dans mes créations. Je crois que si tous les artistes de la scène électro se mettaient à écouter de l’électro il y aurait beaucoup moins de nouvelles idées. J’essaye de puiser mon inspiration sur d’autres scènes musicales en essayant d’apporter quelque chose de différent. Je n’essaye pas nécessairement de m’inscrire dans une scène, ça sort simplement comme ça!

B!B!: À la base, tu es graphiste, comment ton travail pictural influence-t-il ta musique? Quelle sorte de relation aimerais-tu développer entre ta musique et ton univers graphique?

Thrupence: Je n’essaye pas réellement d’établir une relation entre les deux. Mais les visuels de Thrupence ont une belle cohérence avec la musique! Ça n’est pas le résultat d’une décision consciente, dans dix ans je ferai peut-être du métal, qui sait?

B!B!: En matière de graphisme, qui sont tes références?

Thrupence: En ce moment je fais beaucoup de recherches sur les pochettes du label Blue Note Records. Reid Miles en a réalisé toute une série incroyable. Sinon j’ai toujours aimé le graphisme soviétique. Pas seulement la partie propagande, je suis tombé sur un livre de cartes postales des années 50 et 60: elles sont vraiment étranges, belles mais avec quelque chose de morbide aussi.

Tina Brooks - True Blue, Cover 12" LP, 1960, Blue Note Records

Tina Brooks – True Blue, Cover 12″ LP, 1960, Blue Note Records © Design: Reid Miles, Photo: Francis Wolff

 Joe Henderson - Page One, Cover 12" LP, 1963, Blue Note Records

Joe Henderson – Page One, Cover 12″ LP, 1963, Blue Note Records © Design: Reid Miles, Photo: Francis Wolff

Dexter Gordon - Dexter Calling, Cover 12" LP, 1961, Blue Note Records

Dexter Gordon – Dexter Calling, Cover 12″ LP, 1961, Blue Note Records © Design: Reid Miles, Photo: Francis Wolff

B!B!: Si tu pouvais faire ce que tu voulais pour ta scénographie, tu ferais quoi?

Thrupence: J’adorerais jouer dans une salle sans gravité, ça serait dingue avec des trucs qui voleraient partout. Peut être un jour …

B!B!: Le titre de l’album est « Voyages », tu as voyagé?

Thrupence: Non! Je n’ai jamais beaucoup voyagé! L’année prochaine après la sortie du prochain album, j’espère que je pourrai. « Voyages » se réfère plus à un voyage intérieur. Faire de la musique a toujours eu une dimension thérapeutique. Souvent les gens qui écoutent, pensent que je suis quelqu’un de calme et d’apaisé mais en fait c’est exactement le contraire! S’échapper du quotidien et laisser la musique nous guider dans notre propre voyage: c’est une des raisons qui m’a poussé à supprimer le chant. Je pense que le chant peut orienter le morceau vers une direction, il suppose un sens qui va aider les gens à former des images mentales. En leur absence, celui qui écoute est obligé de chercher au fond de lui ses propres images.

B!B!: Si tu pouvais choisir un chanteur pour collaborer à ton prochain album, ça serait qui?

Thrupence: Thom York!

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