Quelle forme peut-bien revêtir une onde? Comment l’interpréter plastiquement? À quel point cette forme peut être élastique et laisser s’y incarner parfaitement une sensation auditive? Peut-on voir une vibration?

Paul Klee, Vassily Kandinsky, Sonia Delaunay pour ne citer qu’eux… Nombre d’artistes se sont passionnés autour des rapports qu’entretiennent arts plastiques et musicalité. Ateliers d’Art de France propose de mettre en avant ces questionnements, à travers une exposition collective pour laquelle l’artiste se fait maître-ès acoustique.

Entre inspiration et expiration, la respiration peut fabriquer du son.

De ce postulat, il s’agit pour les dix artistes intervenants – Farida Le Suavé, Anne-Marie Schoen, Marion Auburtin, Bohyun Yoon, Michael Rea, Fanny Richard, Kate Williams & Emma Swinton, NOCC, Charlotte Nordin, de faire de la musique, de fabriquer du son, au rythme d’une perception et interprétation qui leur sont propres. Installations, sculptures, vidéos, poèmes, inventions donnent le ton de la proposition.

Pris comme matériau, le son y est exploité, sculpté, travaillé à travers différents champs, choisi par l’artiste selon sa sensibilité: ainsi la nature, la maladie, l’humour, la technologie. Avec la poésie comme force transcendante, le lien entre invisible – sensation – et visible – l’oeuvre, la forme, le tangible – se charge. Il est le territoire de l’artiste.

Farida Le Suavé, Sens du vent

Farida Le Suavé, Sens du vent, 2008, Céramique, acier, tissu, bois et son, 156x96x175cm ©


Bohyun Yoon, Sound of Glass Helmet, 2004, Vidéo couleur sonore


Bohyun Yoon, Glass Tubes, 2012,  Vidéo couleur sonore

Michael Rea, Wood Load-in

Michael Rea, Wood Load-in, 2004, Bois et cordages ©

Fanny Richard, Bottleneck

Fanny Richard, Bottleneck, 2011, Céramique (Vidéo couleur sonore,1’16 » – Intervenant Yann Boursillon) ©

Fanny Richard, Mediator

Fanny Richard, Mediator, 2012, Céramique (Vidéo couleur sonore, 4’04 » – Intervenants Annabelle Richard et Vincent Mercier) ©

Terra Incognita

Le soir du vernissage, la performance de Christine Coste et Vincent Brédif a ouvert l’exposition « Sons et Respirations » dans une magnifique métaphore: écouter la terre se faire pétrir, battre, caresser. Dans cet espace-temps dédié à une réciprocité entre sons, bruits, et argile, les artistes ont développé un champ lexical musical au travers de la sculpture: Christine Coste a fait entendre – et voir – des échos provenant du mouvement de sa main, et de son corps entier prolongé dans son matériau. La vibration du geste artistique qui résonne dans sa propre création.

Comme une lutte entre l’homme et la nature, le bruit des coups qu’ils se portent. Le son de la main qui fait.

Christine Coste, Vincent Brédif

Christine Coste / Vincent Brédif – Performance Terra Incognita ©

Christine Coste Vincent Brédif

Christine Coste / Vincent Brédif – Performance Terra Incognita ©

Christine Coste, Vincent Brédif

Christine Coste / Vincent Brédif – Performance Terra Incognita ©

La nature

Anne-Marie Schoen propose « Désirs », une éclosion de formes mystérieuses sur un mur, inspirées depuis une forêt et accompagnées de bruits et paroles qui viennent les envelopper.

À revers de la charge poétique et surréaliste que diffuse cette installation, les boîtes à musique de  Marion Auburtin exhibent des corps difformes au rythme d’une ritournelle répétée. Un ton grinçant, à l’image du ton de l’époque, qui vient intégrer la question de la normalité et de la marginalité.

Les instruments de musique sculptés dans du bois par Michael Rea – inutilisables, donc – viennent quant à eux remettre en cause la définition même d’un instrument. « L’image suffit-elle à imaginer le son? » demande l’artiste. L’imagination est mise à l’épreuve. Comment exprimer un son avec des mots, avec des couleurs, avec une forme?

Anne-Marie Schoen, Désirs

Anne-Marie Schoen, Désirs, 2011, Installation murale d’éléments en céramique, installation sonore, bande son réalisée par Juliette Brousset ©

Marion Auburtin, Loop Island

Marion Auburtin, Loop Island, 2011, 9 boîtes à musique, Faïence émaillée et mécanisme musical, bois, 20x20x20cm ©

Marion Auburtin, Loop Island

Marion Auburtin, Loop Island, 2011, 9 boîtes à musique, Faïence émaillée et mécanisme musical, bois, 20x20x20cm ©

Au pied de la lettre

Le collectif NOCC propose, à travers une série de vases créée via une imprimante 3D, la traduction étonnante d’un son vers son image… puis vers sa forme. Grâce à cette technologie, l’objet produit obtient la forme de son nom.

Pourra-t-on à terme donner une forme à sa propre voix? L’appartenance de l’objet définitivement scellé à son créateur, son apparence absolument subjective, le pouvoir absolu au Mot de « changer » les choses. On dépasse ici une frontière. Si prononcer une chose la rend réelle, à l’image de son créateur, adaptée parfaitement à sa propre sensibilité et utilité, nous sommes transportés dans un des topiques du conte fée.

Toucher le son, à travers les bijoux en céramique de Fanny Richard, le voir, dans les instruments en verre de Kate Williams et Emma Swinton… Tous les sens sont mis en exergue par rapport et à travers l’ouïe. L’exposition se donne comme une partition sensuelle.

NOCC, Objects of sound

NOCC, Objects of sound, 2009 ©

Fanny Richard, Tactile

Fanny Richard, Tactile, 2012, Bijoux à toucher. Céramique ©

Kate Williams & Emma Swinton, Breathless

Kate Williams & Emma Swinton, Breathless, 2011, Film expérimental en couleur ©


Sons et respirations (16 novembre – 29 décembre 2012)

Exposition collective organisée par Ateliers d’Art de France

Galerie Collection
4 rue de Thorigny
75003 Paris

Vous aimerez aussi :