Avec élégance, créativité et introspection, l’artiste Nunny (qui en bassa veut dire « oiseau ») nous livre une musique teintée d’une aura aux multiples influences passant de la bossa nova, la pop, le jazz, la musique classique à son héritage culturel bassa. Née à Douala au Cameroun, Nunny quitte son pays natal pour s’installer à Paris avec sa famille à l’âge de 8 ans. Elle étudie pendant près de 10 ans la musique classique s’imprégnant fortement des univers sonores de Giacomo Puccini, Claude Debussy, Sergueï Rachmaninov entre autres. Elle se spécialise dès lors, dans la pratique du chant lyrique, ce qui lui permet de se produire aux quatre coins du monde (Afrique du sud, Inde, Costa Rica…) avec le chœur des enfants de l’Opéra national de Paris. Elle a commencé d’ailleurs par vouloir faire entendre sa voix en tant que chanteuse d’opéra. Elle se rend compte cependant de la nécessité pour elle de faire sonner ce qu’elle a en elle et en composant, avec Stefano Genovese, ses propres chansons renouant ainsi avec sa formation initiale de musicienne.

Sa musique est alors la caisse de résonance de sa singularité aux croisées de ses cultures française et camerounaise. Habitée tant par sa langue maternelle le bassa, une des nombreuses langues du Cameroun, et les rythmes traditionnels d’Afrique centrale que par les caractéristiques de la musique classique, la musicalité de Nunny est l’union possible et sans hiérarchisation d’une culture occidentale et africaine à l’image de ce qu’est l’artiste.

Nunny CoverNunny, Nunny hi puwe, cover album, 2014 ©

B!B!: Comment l’oiseau a commencé à faire son nid? Autrement dit quel a été ton parcours jusque là?

J’ai une formation classique. J’ai commencé à étudier le chant lyrique en entrant dans le choeur d’enfants de l’Opéra national de Paris à l’âge de 15 ans, j’y suis restée 7 ans. Puis j’ai pris mes distances avec la musique pendant 2 ans. J’ai décidé de reprendre mes études de langues que j’avais interrompues pendant que j’étudiais l’opéra, juste au cas où… La musique était dans un coin de ma tête, mais je ne savais pas vraiment comment j’allais m’y prendre. J’avais énormément perdu confiance en moi. Ça devait me rassurer d’aller à l’école tout en réfléchissant à un futur artistique. Une fois ma licence en poche, j’ai fait mes valises pour Londres, et c’est dans cette ville que j’ai écrit les chansons de mon album.

B!B!: Quelles sont tes influences musicales (et autres)?

Nunny: La musique classique bien sûr! Mais aussi le jazz, la bossa nova, la pop. Concernant les autres arts, je suis une inconditionnelle de la mode des années 50. À cette époque, les femmes étaient d’une élégance à vous couper le souffle. Je me retrouve d’ailleurs beaucoup dans les collections de la créatrice Stella Jean dont j’admire le talent et le courage. J’aime beaucoup également le cinéma italien des années 50, Pier Paolo Pasolini, Vittorio De Sica…

B!B!: Que veux-tu transmettre avec ta musique?

Nunny: La richesse culturelle qui est la mienne.

B!B!: Quel est ton rêve artistique le plus fou?

Nunny: Enregistrer avec le Berliner Philharmoniker (sourires). Vous avez dit rêve artistique le plus fou et puis… l’espoir fait vivre non?

B!B!: Avec quel(le)s artistes voudrais-tu collaborer?

Nunny: Il y en a tellement dont j’admire le travail! Le premier nom qui me vient à l’esprit est Bobby McFerrin, j’aimerais tellement qu’il m’apprenne tous ces sons qu’il est capable de produire avec sa voix. Il est non seulement talentueux mais en plus il a l’air d’être quelqu’un de très humble. Et puis il y a bien sûr Tom Jobim. J’aurais adoré pouvoir au moins l’écouter en concert, malheureusement je ne suis pas née à la bonne époque.

B!B!: Parle-nous de ton premier album « Nunny hi puwe ».

Nunny: Mon album aborde beaucoup de sujets sauf celui des ruptures amoureuses! (rires). Il parle de l’amour d’une mère, du doute de soi, de l’incertitude du lendemain, ou encore du pardon. Il y a beaucoup d’instruments que j’adore, comme la guitare basse et le piano. Il y a des musiques écrites pour quatuor à cordes et il y a des instruments assez improbables comme le psalterion. Je n’arrive toujours pas à croire qu’il est entièrement écrit et composé. D’ailleurs, j’en profite pour remercier mon directeur musical sans qui tout cela n’aurait pas été possible.

B!B!: Le titre de ton album: peux-tu nous l’expliciter? En quoi s’inscrit-il dans ton parcours et ton évolution?

Nunny: Nunny « hi puwe » signifie l’oiseau « s’est envolé ». Je me suis posée beaucoup de questions sur la manière dont je voulais faire de la musique, je m’en suis tellement posée que j’ai beaucoup tardé à me lancer. Je me suis pas mal cherchée. Je crois qu’avec cet album je me suis trouvée (rires). Ou du moins, j’ai trouvé mon identité artistique. Je fais les choses comme j’ai envie de les faire avec un mot d’ordre: authenticité. Cela ne m’intéresse pas d’être dans la tendance musicale. Je veux être juste, je veux être dans le vrai et je prendrai le temps qu’il faudra pour être dans le juste et le vrai. De cette manière je ne me trahie pas, et je ne trahie pas le spectateur.

B!B!: Qu’est-ce qu’être une artiste française et africaine en France? Cela est-il d’ailleurs une spécificité?

Nunny: Je crois que c’est faire avec sa double culture, si double culture il y a, car nous avons tous des parcours différents. Moi je suis née au Cameroun et j’ai grandi en France. Je suis Franco-Camerounaise et je ne me pose pas de questions d’appartenance à une nation plus qu’à une autre. Je ne pense pas que cela soit une spécificité, la vie a fait que pour moi c’est comme ça c’est tout.

B!B!: Raconte-nous un de tes souvenirs musicaux. 

Nunny: « La Messe de Bernstein » à la Cité de la Musique sous la direction de David Levi. De la préparation de la représentation à la représentation elle-même. Un moment inoubliable. J’étais fascinée par l’orchestre, les chanteurs, et puis le chef d’orchestre! Un homme très passionné qui a ce don de vous communiquer instantanément sa passion, et surtout qui vous traite comme son égal, ce qui est quand même très rare dans le milieu. Vous savez il y a des rencontres dans la vie qui sont comme un déclic. David Levi a été un vrai déclic pour moi.