On pourrait très justement parler de la musique de Maxence Cyrin sans même évoquer Maxence Cyrin. Dire qu’il a fait des reprises ou hommages, selon qu’on soit amateur ou chercheur. Qu’il a tiré le portrait d’une génération à travers ses deux précédents albums. On pourrait parler d’ambiance au sens le plus large, expliquer que c’est une musique maritime parce qu’entière, totalisante, englobante. On pourrait même faire entrer un poil de subjectif et dire que cette musique s’empare de l’auditeur et l’emporte au loin, sans jamais vraiment lui laisser la possibilité de rester neutre et sage observateur sur le rivage.

¹Edmond Rostand, Cyrano (et non Cyrino) de Bergerac.

Maxence Cyrin Maxence Cyrin ©

Ce serait nier l’un des ingrédients majeurs de l’œuvre de Cyrin: son expérience. Jeune étudiant au conservatoire de musique de Besançon, Maxence passe une licence de solfège parce que ça peut servir. Mais à 16 ans il en a marre du piano et préfère dévorer tout ce que le monde lui offre de nouveau: rock alternatif français, albums des Cure, voyages en Allemagne accompagné d’amis gothiques en noir. Mais à 20 ans il en a marre du rock et file à Paris tous les six mois pour trouver de la techno chez ses disquaires fétiches: les Rough Trade, BPM et Techno Import. Extatique devant les possibilités ouvertes par cette musique et ses sous-genres (drum’n’bass, house, transe…) Maxence compose des EP. Mais en 1996 il s’installe à Paris et en a marre de la dictature du beat. Il découvre Tricatel et Burgalat, l’easy listening. Il se souvient qu’il a toujours aimé la pop orchestrale. On pourrait continuer longtemps comme ça, dire que c’est pour ça qu’il s’est mis à illustrer sesvidéos d’extraits de films muets sur Novö Piano.

« Parce qu’on lutte tous contre l’ennui. Certains prennent des maîtresses, moi je cherche de nouvelles formes d’art. »

Maxence Cyrin – Triangle (Jacno Piano cover)
Maxence Cyrin – D.A.N.C.E (Justice Piano Cover) Burlesque Medley

Maxence Cyrin et la musique, c’est une façon d’être en vie. Ses musiques lancinantes ne sont pas de simples fonds sonores pour soirées mélancoliques. Elles naissent dans l’urgence de la sensation humaine la plus impitoyable: celle du temps qui passe et qui s’échappe, de sa direction inéluctable. Quand il vous offre un concert privé, il ne fait pas que poser ses doigts sur des touches noires et blanches, il vous raconte comment l’obsession va de la simple caresse à l’hystérie psychiatrique, il vous explique comme un prédateur, qu’il n’est pas possible d’échapper à ses accords, qu’il est une machine de guerre sentimentale. Quand le piano libère son emprise, que les doigts se retirent, on se réveille hébété, bouleversé.

The Fantaisist, son nouvel album, sorti le 12 mars 2012 chez Ekler’o’shock est le résultat de ce rapport intransigeant et sophistiqué à la musique. C’est un enfant de 41 ans qui vous dit qu’il est mûr et que la vie n’est pas un fantasme mais l’occasion de réaliser ses rêves. Quand on sait que The Fantaisist a été l’occasion pour Maxence Cyrin d’enregistrer des cordes à Berlin, de jouer du Mellotron (ancêtre du sampleur, bien connu pour son ouverture de Lucy in the Sky with Diamonds) dans un studio d’enregistrement vintage et de monter sur scène au Royal Albert Hall, on se dit que c’est un homme qui fait ce qu’il dit.

Maxence Cyrin sera en concert à Paris, au Café de la danse, le 27 mars 2012.

Maxence Cyrin, The Fantaisist, Album, mars 2012Maxence Cyrin, The Fantaisist, Album, mars 2012 ©