Malgré leur douceur, leur absolue et totale absence d’arrière-pensée, les tableaux de Juliette Lemontey disent presque toujours quelque chose d’un peu trop intime. Ils ne bravent pas d’interdit, ni n’entravent la pudeur, mais ils ouvrent à quelque chose que l’on pensait ne pas voir, soit à cause de la lumière trop vive dans les vagues, soit tout simplement parce que cela aurait dû être la nuit ; or c’est le jour, le plein jour d’ailleurs.

Ce qui se donne ainsi, ce sont des visages derrière un coude, des chevelures ébouriffées par le sommeil, d’autres chevelures ébouriffées par la main qui vient d’y passer, des corps, parfois complètement alanguis, parfois affalés dans le sable, des épaules nues, la peau sans âpreté, les traits fins d’une bouche fermée, la sinuosité d’une brasse, une caresse, un moment de salle-de-bain, le motif d’une robe d’été.

Dos nu, 46 x 33 cm, huile et fusain sur toile, 2017.

Dos nu, 46 x 33 cm, huile et fusain sur toile, 2017.

Rien de grave dans cela, et rien de plus grave que ces êtres-là dont on sait en les voyant une part d’intimité qu’eux-mêmes ne se sont certainement jamais figurée. Ce ne sont que des petites choses, mais qui peut dire s’être déjà vu, ainsi, de dos ou les yeux fermés ? Qui se connaît à la seconde où le sommeil tombe ? Qui se soucie de savoir l’étendue de son visage quand il plonge dans l’eau du bain ?  Qui pour observer les flâneries de sa chevelure dans le vent ? Ainsi, on sait que ce que montrent ces tableaux a été un peu volé. Pas par nous, auteurs du regard, pas non plus par l’artiste, mais par une forme de hasard venu dévoiler une délicatesse à un moment inattendu. Il n’y a donc pas de sursaut, rien qui vienne bousculer le regard qui s’installe. On a tout le temps pour observer : une fois devant le fait accompli plus rien ne presse.

Et puis, qui sont ces personnes ? Impossible de le savoir. Ce que l’on peut deviner c’est la proximité des corps dans leur relatif abandon à la peinture. Ainsi, la toile qu’utilise Juliette Lemontey est toujours écrue, légèrement râpeuse comme un linge longtemps lavé. Elle en appelle autant à l’œil qu’à la main, déployant une sensation qui tient aussi bien de la friction que de la caresse. Tout le corps réagit dans ce sentiment, comme en la présence d’une autre personne dans les draps de la sieste. On a envie de se retourner, rouler et s’enrouler dans les tissus qui se nouent, tirent et découvrent le corps de l’autre – qui du coup a froid et la chair-de-poule –, mais qu’importe.

Dos (dans l'eau), 40 x 30 cm, fusain et huile sur toile, 2018, galerie GNG.

Dos (dans l’eau), 40 x 30 cm, fusain et huile sur toile, 2018, galerie GNG.

Dos au corsage, 29 x 24 cm, huile, crayon de couleurs et fusain sur toile, 2017.

Dos au corsage, 29 x 24 cm, huile, crayon de couleurs et fusain sur toile, 2017.

L'effondrement du samouraï, N°14, 55 x 46 cm, huile et fusain sur toile, 2018.

L’effondrement du samouraï, N°14, 55 x 46 cm, huile et fusain sur toile, 2018.

La reine des neiges 55 x 46 cm, huile fusain et collage sur toile, 2018, galerie GNG.

La reine des neiges 55 x 46 cm, huile fusain et collage sur toile, 2018, galerie GNG.

La superbe, 146 x 130 cm, huile et fusain sur drap, 2018.

La superbe, 146 x 130 cm, huile et fusain sur drap, 2018.

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