Journaliste émérite de la presse spécialisée (il a, entre autres, collaboré à Actuel, Self-Service, Epok, Crash mais aussi à Coda, Trax ou Tsugi), Jean Yves Leloup vient de publier un ouvrage hypermédia, édité par l’association Leonardo et publié sur le site Olats.org.  La bonne nouvelle c’est qu’il ne s’agit pas d’un ouvrage historique de plus dédié à la musique électronique, mais bel et bien d’un nouveau type de support dont le sujet suffit à justifier le format.

Car c’est en ce sens que cette publication sort de l’ordinaire. Bien sûr l’auteur revient sur les balbutiements et l’émergence de la musique électronique mais il parvient surtout à poser des problématiques approfondies, en mettant en perspectives des créateurs que l’on aurait trop souvent  tendance à oublier (et pas seulement des musiciens).

L’ouvrage s’organise autour de huit grandes problématiques: « Quelles sont les premières expérimentations des technologies dans la musique, comment l’électronique est-il devenu pop (1968-1988), qu’est-ce que la house, la techno, quelle est leur histoire et leur descendance (1988-2011), en quoi les pratiques électroniques ont-elles transformé la musique et la culture de la fin du 20e siècle? Quelles sont les pratiques et l’histoire des dj, quels sont les outils et les technologies de la musique électronique, quels sont les grands courants esthétiques actuels de la musique électronique? ». Chaque question soulevée fait l’objet d’un développement abouti, et surtout, illustré par des vidéos, des photos ou des morceaux chipés sur le web et là on se prosterne! Car parvenir à illustrer les premiers « générateurs de bruits » créés par Luigi Russolo en 1913 ne devait pas être chose aisée!

Luigi Russolo Luigi Russolo ©

La force du propos réside ici: chaque argument avancé est illustré. Quand Jean-Yves Leloup parle du premier manifeste futuriste « L’art des bruits » (toujours de Luigi Russolo),il suffit de cliquer sur le texte surligner pour voir apparaître le dit manifeste. Et tout au long de cette anthologie, Jean-Yves Leloup égraine des pépites en nous faisant passer de Karlheinz Stockhausen à Lucien Leibovitz sans oublier Aphex Twin et autre Francesco Tristano.

Karlheinz StockhausenKarlheinz Stockhausen ©
Lucien Leibovitz Lucien Leibovitz ©

Trop souvent obscures ou dédiées à un lectorat déjà initié, les monographies consacrées à la musique électronique avaient tendance à verser dans le « Name-dropping » sans pour autant parvenir à établir des ponts, pourtant nécessaires à l’inscription d’un mouvement musical dans un panorama culturel plus large.

Jean-Yves l’a fait! Cet ouvrage peut paraître dogmatique, mais il a le mérite de ne pas isoler la musique électronique hors du temps et de l’espace. Il l’inscrit au contraire au centre de nombreux courants artistiques. Avec des références allant des plasticiens Ann Veronica Janssens et Claude Levêque au philosophe Yves Michaud, on se dit que, parfois, le dogme a du bon! Merci Jean-Yves donc pour cette cartographie de la musique électronique plus que complète.

Extraits choisis:

Le thème principal du film Planète Interdite (1956, Fred Wilcox), dont Louis et Bebe Barron ont composé les effets sonores et la musique.

« From Here to Eternity » (1977) de Giorgio Moroder

« Rollin’ On Chrome (Wild Motherfucker Dub) » (1998) d’Aphrodelics (remix de Kruder & Dorfmeister)

« Her Fantasy » (2012) de Matthew Dear