Ca ne se voit pas à l’œil nu, mais depuis quelques semaines, une teuf diurne fait vibrer du matin au soir l’austère façade classique du Musée des Arts Décoratifs, entre Louvre et Tuileries. Enfilez vos sneakers et grimpez les trois étages du musée, pour vous mêler aux visiteurs qui discrètement battent la mesure avec leurs pieds, se déhanchent, ou hochent la tête au rythme de la B.O. de l’expo French Touch.

Graphisme / Vidéo / Electro: la première salle vous met dans l’ambiance: obscurité quasi-totale, loge de DJ encadrée de LED (l’expo accueille de vraies soirées un jeudi par mois), projection des photos de fêtards d’Agnès Dahan, et bande sonore jouissive. D’une manière générale, chapeau à la scénographie, signée Architecture 1024, qui a su transformer les micro-salles au crépi passé de l’étage « Publicité » des Arts Déco, en petites capsules musicales et visuelles. Au sol et aux murs, des cubes de plexiglas argentés servent d’écrin aux centaines de pochettes de vinyles, affiches, et flyers réunis pour l’expo, évoquant les podiums des dancefloors, et les voyants à empilement des tables de mix. Le multimédia est présent mais pas envahissant: juste de quoi revoir, sur des écrans judicieusement disposés, les clips les plus fous des années 1990 (Air, Daft Punk, Laurent Garnier).

La French Touch désigne d’abord un courant de musique électro, produite en France dans les années 1990. On doit la formule à Eric Morand, fondateur, avec Laurent Garner, du label F Communications qui aurait déclaré, en 1994: « We give a French Touch to house music ». L’exposition propose d’étendre le concept de French Touch aux créations graphiques et vidéo qui ont accompagné ce courant musical et ses événements. Graphistes et DJ des années 1990 forment une véritable génération créative. Souvent potes, du même âge, ils partagent les mêmes références et la même ambition: produire musique et images à l’écart des grands studios et des grands labels. Ils s’opposent farouchement au star system qui entoure à l’époque la pop musique; d’où les masques (les Daft bien sûr), pseudos souvent rigolos, et autres AKA. Génération de l’informatique naissante, ils essayent, testent, innovent dans une bonne humeur contagieuse. Ce qui s’élabore, c’est l’esthétique du mix, aussi bien musical que visuel. L’expo rend tout particulièrement compte de l’éclectisme post-moderne de ces jeunes graphistes, qui piochent leurs références stylistiques dans les affiches de supermarché (H5), les pubs clichés des années 70 (La Shampouineuse), le punk (le patch logo des Daft Punk, dessiné par Serge Nicolas) ou les formes technoïdes de la science fiction (Geneviève Gauckler). Plus classiques, les pochettes illustrées de Seb Jarnot appartiennent à une tradition française de publicité dessinée.

H5. Super Discount

H5. Super Discount, 1996. Pochette de vinyle, label Solid © DR, Musée des Arts Décoratifs

Tom Kan, Grant Phabao

Tom Kan, Grant Phabao, Tub. Pochette de vinyle, label Pro-Zak Trax © DR, Musée des Arts Décoratifs

Tom Kan, Superfunk, The Young MC

Tom Kan, Superfunk, The Young MC, 2000. Pochette de vinyle, label Virgin © DR, Musée des Arts Décoratifs

Tom Kan, Superfunk, Hold Up

Tom Kan, Superfunk, Hold Up, 2000. Pochette de vinyle, label Virgin © DR, Musée des Arts Décoratifs

La Shampouineuse, Flyers

La Shampouineuse, Flyers, 1994-2002 © DR, Musée des Arts Décoratifs

Daft Punk, Discovery

Daft Punk, Discovery. Pochette de vinyle, 2001 ©

Alexandre Courtès. Daft Punk, One More Time

Alexandre Courtès. Daft Punk, One More Time, 2000. Pochette de vinyle, label Virgin © DR, Musée des Arts Décoratifs

Serge Nicolas, Daft Punk, Homework

Serge Nicolas, Daft Punk, Homework. Pochette de vinyle extérieur et intérieur, 1997

Geneviève Gauckler, Laurent Garnier, Flashback

Geneviève Gauckler, Laurent Garnier, Flashback, 1997. Pochette de vinyle, F Com © DR, Musée des Arts Décoratifs

Alexandre Courtès. Cassius, 1999, 1999

Alexandre Courtès. Cassius, 1999, 1999. Pochette de vinyle, label Virgin © DR, Musée des Arts Décoratifs

Alexandre Courtès. Cassius, Au Rêve

Alexandre Courtès. Cassius, Au Rêve, 2002. Pochette de vinyle, label Virgin © DR, Musée des Arts Décoratifs

Alexandre Courtes, Air, Premiers Symptômes

Alexandre Courtes, Air, Premiers Symptômes, 1997, Pochette de vinyle © DR, Musée des Arts Décoratifs

M/M, Impulsion, Higher

M/M, Impulsion, Higher. Pochette de vinyle, 1998, label Small © DR, Musée des Arts Décoratifs

Seb Jarnot, Laurent Garnier, Unreasonable Behaviour

Seb Jarnot, Laurent Garnier, Unreasonable Behaviour. Pochette de vinyle, 2000 © DR, Musée des Arts Décoratifs

Seb Jarnot, Ludovic Navarre Aka St Germain

Seb Jarnot, Ludovic Navarre Aka St Germain, From Detroit to Saint-Germain. Pochette de CD, 1999. © DR, Musée des Arts Décoratifs

C’est sans doute sur les codes visuels de la photographie que le graphisme French Touch laissera le plus son empreinte, en diffusant en France, un courant photographique apparue aux Etats-Unis, dans les années 1970, dans le sillage de l’art conceptuel, sous le nom d’anti-photographie. L’idée des antiphotographes: détacher la photographie de l’esthétisme, en faire quelque chose d’utilitaire, non plus un miroir qui reflète, esthétiquement, mais une fenêtre qui montre, sans détours. Pour Agnès Dahan qui photographie de 1996 à 2003 les soirées Respect, ou le duo Moches et Merveilles (M&M’S) qui shoote les DJs de passage à Paris avec leur appareil compact, la photographie est un moyen documentaire très brut, volontairement amateur, qui augure du statut de la photo numérique déversée sur le web. Ce sont d’ailleurs ces visuels anonymes, photos de vacances ratées, magazines cheap, visuels piochés sur Internet…, qui constituent la matière des créations de Sylvia TournerieSerge Nicolas ou du collectif Restez Vivants!.

Voilà, vous êtes prévenus: l’expo French Touch se déguste autant avec les yeux qu’avec les oreilles. On en ressort revigoré, avec l’envie de se ruer sur itunes télécharger tous les morceaux dont on a aimé l’emballage.

Agnès Dahan soirées Respect

Agnès Dahan. Photographies des soirées Respect 1996-2004 © Agnès Dahan

Vincent Bergeret et Agnès Dahan

Vincent Bergeret et Agnès Dahan. Flyers des Soirées Respect, 1996. Format carte à jouer, illustrées de 50 photos différentes. © DR, Musée des Arts Décoratifs

Restez Vivants!, Kid Loco

Restez Vivants!, Kid Loco, Relaxin with cherry. Pochette de vinyle © Restez Vivants!

M/M, Mirwais, 1999. Pochette de vinyle, label Naïve

M/M, Mirwais, 1999. Pochette de vinyle, label Naïve © DR, Musée des Arts Décoratifs

Sylvia Tournerie, Bosco, Newpax. Pochette de vinyle

Sylvia Tournerie, Bosco, Newpax. Pochette de vinyle © Sylvia Tournerie

Sylvia Tournerie, Bosco, A poil et poli

Sylvia Tournerie, Bosco, A poil et poli. Pochette de vinyle © Sylvia Tournerie

Sylvia Tournerie, Bosco, Paramour

Sylvia Tournerie, Bosco, Paramour © Sylvia Tournerie

Serge Nicolas. Flyers pour les soirées Paradise Massage

Serge Nicolas. Flyers pour les soirées Paradise Massage, 1999-2004 © Serge Nicolas, Work Division


Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Nocturne le jeudi jusquà 21h.
Accès libre pour les moins de 26 ans de l’Union Européenne
Tarif plein : 9,5 euros
Une programmation musicale et festive pendant l’expo, en collaboration avec Babou (Activist Party). Voici les prochaines dates pour laisser gigoter vos pieds sans complexes!
20 décembre : Ygal Ohayoun (Versatile)
17 janvier : Quattro Stagioni
14 février : Oraze
21 mars : Julie la Rule

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