Trois jours avant la finale « latine » Espagne-Italie de l’Euro de football et avec un visuel de Mohamed Ali rageur, la 24ème édition des Eurockéennes de Belfort a indéniablement musclé son jeu et est revenue à ses fondamentaux: concerts sold-out, diversité musicale et équilibre parfait de toutes les composantes du rock. Visite guidée subjective du playground.

Day One

Sous un soleil de plomb, Hanni El Khatib, révélation 2011 d’un rock US bien portant, a donné le coup d’envoi. Le Californien tatoué et gominé a remis à lui seul au goût du jour l’image d’une musique faite pour secouer le bassin, parsemée de blues et de garage, le tout dans un déhanché et une attitude très 60’s. Sur la Plage, la plus belle scène du festival, Hank Williams III paraissait alors un OVNI: musique country made in Tennessee, voix nasillarde à souhait, Stetson visé sur la tête et un set qui se termine en gros métal de Redneck, qui donne envie de remonter dans son pick-up, de boire une dernière bière light avant de traverser le désert du Nevada. De Bamako à Belfort, il n’y a qu’un pas quand Amadou & Mariamfont chanter l’esprit des griots mais les nombreuses mains tendues en direction de la scène viennent applaudir leur invité: Bertrand Cantat est bien là avec le duo malien. L’ex Noir Désir est apaisé et sa présence de grand poète fauve intacte. Un moment que seuls ceux qui ont connu l’époque des sombres héros de l’amer peuvent apprécier à sa juste valeur. De Dionysos, nous n’avons vu que la fin du concert, quand Mathias Malzieu pratique le crawl dans la foule, en aller-retour nage libre, prouvant que le rock c’est aussi du sport et que le groupe français en respecte toutes les règles dans une générosité jamais démentie. À cet instant, la nuit tissait sa toile d’étoiles et il était l’heure de transformer les médailles en platines. Quand le bisontin Näo branche ses machines, c’est un trip-hop industriel nourri d’électro savamment dosé qui délivre un concert musicalement riche, où les boucles et les rythmes fascinent. Devant une foule déjà conquise, C2C, soit 4 DJs dans le vent, présentation scénique alignée à la Kraftwerk, présente assez malicieusement toutes les références de l’électro des années 2000, du scratching hip hop en passant par du deejing qui rime avec clubbing, pour au final un show rafraichissant. Pour ceux qui en voulaient encore plus, le set de Christine n’avait rien d’un banal prénom mais empruntait plutôt à la voiture démoniaque: techno électro travaillée, sur fond d’extraits films de série Z et de culture pop, bref un « Boulevard de la mort » plus qu’efficace. Avant de laisser la place à Shaka Ponk, spéciale dédicace aux jeunes Shana punks, hard rock FM assumé et esthétique Gorillaz singée, musicalement trop linéaire et peu inventif, mais dont le mérite est de jouer à fond la carte de l’entertainment, ce dont le rock français a bien besoin finalement.

Eurockéennes 2012 Eurockéennes 2012 @ Manuel Nardin
Eurockéennes 2012 Eurockéennes 2012 @ Manuel Nardin

Day Two

Alors que tous scrutent le ciel pour des orages annoncés, le punk-rock de Cerebral Ballzy, originaires de Brooklyn et emmenés par un certain Honor Titus, sorte de frère jumeau de Tricky, rappelle qu’il y a de l’électricité dans l’air. Et du courant alternatif, il devait y en avoir sur la plage puisque la soirée s’annonçait comme une immense avenue électro sous la houlette de Pedro Winter et des DJs invités. Mais seul Kavinsky a pu transformer la playa en dance floor avant qu’un déluge de force orange ne modifie l’équilibre climatique. Le festival était donc bien sous les eaux, les pieds dans la boue, et la soirée électro La Plage à Pedro annulée. Après l’œil du cyclone, les Anglais de Murkage, héritiers contemporains d’Asian Dub Fondation, remettent un peu la machine en route et entretiennent des sons dubstep et jungle. Avant que des nappes de brouillard artificiel n’envahissent la Grande Scène où Robert Smith et The Cure ont délivré une prestation de haut vol, associant ligne de basse impeccable, voix parfaite et mélodies crépusculaires et sensuelles pendant près de 2 heures,  « Boys Don’t Cry » mais d’émotion. La nuit s’achevait avec un détour devant le phénomène hip hop électro Die Antwoord, un duo de défricheurs sonores hors normes et de performers uniques venus d’Afrique du Sud.

Eurockéennes 2012 Eurockéennes 2012 @ Manuel Nardin
Eurockéennes 2012 Eurockéennes 2012 @ Manuel Nardin

Day Three

Dans un festival devenu une immense mare de boue, la température Celsius a perdu 15 degrés, la bruine balaie les corps mais les esprits sont là. 1995 entame les hostilités: le jeune collectif parisien maîtrise parfaitement les codes du hip hop et prouve que la flamme du rap old school est entre de bons micros. Sur la plage, l’attendue Lana Del Rey apparaît enfin devant une foule déjà sous le charme: look diva pop 60’s, voix entêtante, attitude mutine, qui demande entre deux clins d’œil si elle peut fumer sur scène et descendre dans la fosse, rit aux éclats quand les plombs sautent alors qu’elle commence à chanter « Blue Jeans » et déambule comme une femme fatale intemporelle: étoile paradoxale et mystérieuse, insaisissable et charmeuse, la new yorkaise vient de marquer les esprits et cette Lana-là, elle est terrible. Formation venant de Minneapolis, Poliça emmenée par Channy Leaneagh, distille une musique entre trip hop et électro originale et travaillée avant que Jack White, dernier grand lord du blues rock, sorte de Tim Burton des scènes, ne débarque sur son hit « Sixtine Saltines » et embarque le public dans une prestation solide, dans son cabaret musical dans lequel il puise des chansons faites pour se déhancher, où les guitares sont rock à souhait et où l’esprit soul n’est jamais bien loin. Orelsan, quant à lui, avait promis un combat de boue: le super Saiyan du rap français a prouvé que son sens du spectacle et son flow en font un entertainer sans faute, nourri de culture rap, pop et urbaine. Pour finir le voyage, direction Los Angeles, et plus précisément le quartier de Cypress Hill. B-Real, Sen Dog et DJ Muggs, en quelques beats, ont ramené le son West Coast dans l’Est de la France, ont enlevé la gadoue qui colle aux chaussures grâce au « jump, jump, jump » et en restant « Insane in the Brain ». Enfin dans la nuit qui se rafraichissait un peu, Carbon Airways, duo sœur-frère de Besançon, enfants terribles d’Atari Teenage Riot, « allait tout lâcher » dans un fracas électro mutant trépidant. Ah au fait, qui a gagné l’Euro de football?

Eurockéennes 2012Eurockéennes 2012 @ Manuel Nardin

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