En cherchant une façon un tant soit peu scientifique d’exprimer ce qu’une musique peut avoir de bouleversant, Google nous amène rapidement à cette citation d’Emmanuel Kant selon laquelle « la musique est la langue des émotions ». Et c’est bien, cette citation, elle rassure et met en mots simples et clairs la raison pour laquelle on ne ressort pas indemne d’une rencontre musicale avec le phénomène Chassol.

Christophe Chassol est un jeune homme beau et doux. Il est discret. Fils du père, il est entré en musique en égrainant les notes de sa nouvelle langue sur tous les supports à sa portée.  Arrangeur, il a travaillé avec des pointures pop telles que Sebastien Tellier ou Phoenix. Christophe Chassol va même, semble-t-il, sortir un album chez Tricatel. Seulement, pour prendre la mesure de Christophe Chassol, il faut le voir en live. La pièce Nola Chérie, ensemble de morceaux aussi incohérents musicalement que visuellement – on y passe par tous les genres : fanfaro-swing, jazz, blues, tribal, pop – est un ovni. Composée de mélodies illustrant des vidéos, à moins que ce ne soit l’inverse, elle est servie sur scène par les claviers de Chassol et une batterie. Point. D’emblée, le spectateur, pourtant rendu suspicieux par des descriptions aussi pauvres que celle qui vient d’être faite, déconnecte. C’est qu’il est impossible de ne pas se faire happer par l’incroyable alchimie de cette oeuvre magistrale. Là où la surcharge d’informations laisse habituellement de marbre, Chassol a su explorer tous les médias à sa portée pour véhiculer l’essence d’un sentiment si vrai qu’il est impossible à nommer. Seuls le silence et le magnétisme qui parcourent le public à chacune de ses représentations permettent un tant soit peu de l’appréhender.

Le prétexte de la pièce, si tu veux du contexte, c’est la New Orleans. Quand on sait ça, on comprend assez vite qu’il va y avoir quelque chose de jazz. Un truc proche de l’amour. Un truc qui claque et fait plaisir. Et c’est bien ça, dans l’ombre, Chassol sourit. Il n’est pas tellement là pour lui. Il est là pour parler d’autrui et, ce faisant, il s’exhibe. Le public frissonne. Le public sourit et pleure. Le public applaudit. Sous le titre de fanfharmonization, cet étrange objet sensible bouleverse: la caméra filme des gens qui s’expriment et la musique les accompagne. Ces inconnus du lointain, ces inconnus qu’on ne rencontrera jamais et qui jouent du trombone avec passion se retrouvent tout à coup incarnés, moins par la magie de l’écran que par l’oeil et l’oreille de celui qui nous les restitue. On ne lui dira jamais assez merci.

Christophe Chassol, Nola Chérie, Affiche ©

Christophe Chassol, Nola Chérie, Affiche ©

D’une curiosité proche de la boulimie, Chassol explore le monde. La gigantesque banque de données des informations mondiales, il la mastique, la digère et la ressert à sa sauce. Sa musique utilise ces traces visuelles et sonores, électroniques, comme les outils d’une introspection infinie. Généreux, Chassol partage ses découvertes et vient nous apporter les éclairages nouveaux qu’il compose dans son studio. Infatigable travailleur, il copie, coupe et colle. Il démonte et remonte. Aucune prétention, aucun message universel à claironner. Rien que de la musique et des images. On pourrait d’ailleurs le résumer en une seule image et quelques notes: une façon sensible de toucher du piano.

Christophe Chassol, Bertrant Burgalat, Mini concert,exposition Marc Desgrandchamps, Musée d'Art Moderne, Paris © Tricatel

Christophe Chassol, Bertrant Burgalat, Mini concert,exposition Marc Desgrandchamps, Musée d’Art Moderne, Paris © Tricatel

Mini concert au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris à l’occasion de l’expo Marc Desgrandchamps (du 13 mai au 4 Septembre 2011).
Titre interprété : This Summer Night
Réalisation : Parfum de film

Visiteur de cultures autres sans sous-titre, l’artiste restitue des objets visuels envoûtants et doux. Avec ses claviers pour seule arme, il vient enrober le monde de nappes apaisantes. Ce rapport à la vidéo est tellement indissociable de son travail musical que son premier album sera livré avec un DVD. Plus qu’un dialogue entre image et son, la vidéo ici est une façon de capter l’humain en musique, de dépasser les notions de prestation et d’interprétation, de s’approcher peut être de la plus pure forme d’expression. Des yeux, des visages, des doigts. Une bouche. Des mélodies et des gestes. Chassol s’approprie tout, pour notre plus grand bonheur.

Christophe Chassol, il parle aussi. Ici:


L’album à venir:
Christophe Chassol – X-pianos
Sortie le 27 février 2012
Double CD + DVD et version numérique

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