Un entretien Boum! Bang!

Né à Nancy en 1970, Arnaud Rebotini est un compositeur et interprète de musique électronique aussi connu en tant que fondateur du groupe Black Strobe.  Véritable référence dans son domaine, ce puriste du son appartient depuis quelques années déjà à cette mouvance de musiciens électroniques travaillant principalement sur des synthétiseurs analogiques.

B!B!: En 2013 vous faite votre retour avec Blackstrobe ainsi qu’avec un projet solo. Votre approche de la musique est elle différente lorsque vous êtes seul ou en groupe?

Arnaud Rebotini: Ma démarche n’est pas tellement différente. C’est plus le style dans lequel je vais orienter ma musique qui change. Une différence notable c’est que j’écris et je chante dans Blackstrobe alors que mes projets solo sont plus instrumentaux. Il y a tout de même une légère différence de nature et de positionnement . Par contre je garde une ligne directrice, essayer de faire quelque chose de beau tout en me laissant aller à mon humeur.

B!B!: Vous parlez d’une composition au gré de vos humeurs. Il y a pourtant une réelle cohérence dans vos morceaux, dans quelle mesure vos humeurs impactent-elles le rendu final?

Arnaud Rebotini: On trouve des morceaux durs et d’autres plus doux. Je suis comme tout le monde, je ressens des choses différentes, des sentiments différents. A travers mes albums j’essaie d’exprimer ces multiples climats. L’orientation de chaque disque évolue en lien avec l’ état d’esprit du moment.

B!B!: D’ailleurs le disque qui sort prochainement pour votre projet solo, quelle est sa ligne directrice, quelles sont vos intentions?

Arnaud Rebotini: Je sors un maxi sur le label Zone, le label de The Hacker et Gesaffelstein. C’est un maxi techno, électro. Je dirais même plutôt club, bien que je ne sois pas un grand faiseur de djtour. Ce projet demeure assez musical. En parallèle, ce qui arrive c’est le nouveau BlackStrobe . Plus dans une mouvance blues, boogy avec une couleur très disco.

B!B!: Lorsque vous créez votre musique , de quelle manière souhaitez-vous quelle soit écoutée? Est- elle plutôt faite dans l’optique d’un échange via la scène et le live ou bien la concevez-vous plutôt à l’intention d’auditeurs à la pratique plus « intime »?

Arnaud Rebotini: J’aime bien avoir les deux approches. L’approche scénique et le disque qu’on peut écouter chez soi. Si je fais un disque, c’est qu’il est destiné à être écouté à la maison . Après, en musique électronique je vais faire des versions pour les DJ avec quelques remix ou choses comme ça. Mais quand je fais un concert, que ce soit seul ou avec Blackstrobe, je retravaille les morceaux pour le live. C’est d’ailleurs ce que nous sommes en train de faire avec Blackstrobe. J’essaie d’amener une dimension assez musicale, dans Blackstrobe on est tous un peu solistes. Je souhaite que ça devienne démonstratif. Il y a pas mal de parties assez libres, on essaie d’improviser pour avoir un esprit proche du jazz. Faire une version électronique et moderne des Allman Brothers¹ en quelque sorte.

B!B!: Vous avez récemment crée votre label, blackstrobe record. Quel a été l’élément déclencheur de cette évolution dans votre carrière? 

Arnaud Rebotini: C’est un peu lié au changement du marché du disque. J’avais la possibilité d’avoir une bonne distribution par K7 , un distributeur mondial , allemand. Et avec ça je me suis demandé ce qu’un label pouvait m’apporter de plus. A par si je suis chez warp ou Mute , des labels très prestigieux, l’intermédiaire est moins intéressant. Et je voulais tenter cette aventure après le succès du premier CD, sur un autre label. C’était une envie que j’avais depuis un moment. Ça ne m’empêche pas d’avoir des projet pour d’autres labels.

Arnaud Rebotini, BSR008, Ep Cover

Arnaud Rebotini, BSR008, Ep Cover ©

B!B!: En parallèle vous collaborez avec un groupe de recherche.

Arnaud Rebotini: Oui c’est le GRM, le groupe de recherche musicale. Un peu une sorte d’IRCAM mais uniquement électronique.

B!B!: Quelle est votre position par rapport à ce groupe?

Arnaud Rebotini: J’y créé des œuvres, comme on dit dans la musique classique. Avec christian Zanesi, un des principaux compositeurs du GRM, on a monté un projet. On travaille ensemble dans cet esprit de musique concrète.

B!B!: Votre volonté est-elle de compter dans ce que sera la musique de demain ou de préserver quelque chose de la musique d’aujourd’hui?

Arnaud Rebotini: Je ne me pose pas des questions aussi politiques. J’aime l’univers de Christian, il aime le mien bien qu’ils soient assez différents. On fait fonctionner les deux ensemble et on essaie de faire un beau projet. C’est plus ça l’idée. C’est d’abord un plaisir artistique bien plus que l’idée de préserver la musique expérimentale. C’est ce qu’ils font eux, de la musique d’avant garde. Avec tout l’intérêt que ça peut avoir et aussi tous les dangers. S’il y a des questions que je me pose c’est plus celles-ci. A savoir comment être en cohérence avec le monde dans lequel je vis, ne pas s’écarter du public et de la réalité sociale.

B!B!: En matière de musique électronique on ne peut nier votre statut de référence. Les adeptes de votre musique aiment en vous le côté puriste. Qu’en pensez-vous?

Arnaud Rebotini: Je suis puriste dans le sens où je n’aime pas les compromis et que je refuse les choses qui ne me plaisent pas. Je reste libre artistiquement. Cette image est aussi liée à ma démarche qui est d’utiliser très peu d’ordinateurs, ou uniquement comme un magneto à bande. Je préfère utiliser des synthés, un peu vintage. D’autre part il est vrai qu’en live j’utilise mes instruments alors qu’aujourd’hui tout le monde sécurise avec un laptop. J’ai une certaine idée de la musique ainsi que des goûts assez pointus. Quand j’écoute de grands groupes j’ai envie de faire pareil, d’être aussi bon et aussi fort. Je ne me suis jamais posé de questions, quand on n’attend de moi que je fasse telle chose parce que ça marché auparavant si je n’ai pas envie de le faire je ne le fais pas. Les gens le savent , si je suis passé à autre chose je ne leur fournirais pas la même chose que ce qui a pu marcher juste pour répondre à leurs attentes. C’est aussi cette attitude, cette liberté que les gens respectent je crois.

B!B!: Vous en parliez, d’où vient cet amour des machines, des synthés?

Arnaud Rebotini: Chez les gens qui font de la musique aujourd’hui il y en a très peu pour défendre le virtuel. Si on leur donne un vrai synthé ils préfèrent, même si certaines imitations fonctionnent pas si mal que ça . Et on ne peut nier leur aspect pratique. Mais il y a un truc qui est vrai c’est que ces synthés-là ils ont été utilisés pour faire tous les disques qui ont influencé la musique électronique. Il y a bien une raison. Après je pense qu’une musique est liée à sa technologie et parfois quand on change sa technologie elle devient beaucoup moins intéressante . Par exemple, moi qui adore le reggae, je l’adore jusqu’à la fin des années 70 après je trouve que le son a trop évolué. Un style naît avec une technologie et c’est bien de la respecter. Après ce sont aussi des instruments qui ont des qualités musicales bien supérieures à n’importe quel plugin. De même on a pleins de groupes de rock modernes qui jouent avec des guitares de sixties ou des années 50. C’est un peu cette démarche-là que j’ai. Aimer les beaux instruments et les beaux objets.

Arnaud Rebotini, studio

Arnaud Rebotini, Studio ©

Arnaud Rebotini, live, concert

Arnaud Rebotini, Live ©

Arnaud Rebotini, live, concert

Arnaud Rebotini, Live ©

B!B!: Pour finir, vous avez beaucoup tourné, y a t-il un souvenir, un concert qui vous a marqué plus que les autres?

Arnaud Rebotini: Il y en a énormément. La dernière fois, lors d’un un concert de Blackstrobe, j’étais avec les gens de Frustration. On faisait une date ensemble et ils m’ont reparlés d’un concert de Blackstrobe qu’ils avaient vu à la Loco en 2007. C’est vrai que ce soir-là c’était blindé et que le concert avait été vraiment incroyable. Après j’ai de nombreux souvenirs, de festivals surtout. Pantiero en solo deux fois c’était incroyable, récemment Astropolis. Quand ce sont de belles scènes, qu’on est en forme et que le public est là c’est toujours fantastique. Il est vrai que, la nostalgie aidant, je serais tenté de parler de dates plus anciennes. Ça nous arrive d’ailleurs d’ en reparler lors de soirées.

¹ Les The Allman Brothers Band est un groupe de rock américain des années 1970.

Vous aimerez aussi :